24 février 2009


Quand 4 écolos vantent le nucléaire...

 

Voilà une belle prise de guerre! Quatre écologistes britanniques réputés ont pris la plume hier pour vanter les mérites de l'énergie nucléaire. Ils font la Une du quotidien britannique The Independent , et lancent un vibrant plaidoyer en faveur de l'atome. Qui sont-ils? Chris Smith est le patron de l'Agence environnementale britannique ; Chris Goodall est un auteur prolifique spécialiste du business vert; Stephen Tindale a quitté la direction de Greenpeace depuis quelques années, et Mark Lynas est un journaliste scientifique, auteur de plusieurs ouvrages sur le réchauffement.


Un traduction de la page de l'INDEPENDENT

L'énergie nucléaire ? Oui s'il vous plaît...
Exclusivité
: Quatre des principaux Verts regroupent leurs forces dans un virage à 180°
By Steve Connor, Science Editor


Nous nous sommes réveillés quant à la nature très sérieuse du problème du changement climatique.
C.S., président d'une agence de l'environnement.

C'est comme une conversion religieuse. L'anti-nucléaire était à part entière dans l'essence de l'environnementaliste.
S.T., ancien directeur de Greenpeace

Pour un environnementaliste, c'est comme admettre que vous êtes gay pour vos parents.
M.L., auteur vert et gourou.

L'énergie nucléaire a ses inconvénients mais les conséquences de ne pas y souscrire sont bien pire.
C.G., activiste d'un parti vert



L’Energie Nucléaire ? Oui s’il vous plaît…

Exclusivité : Quatre des principaux Verts regroupent leurs forces dans un virage à 180°
By Steve Connor, Science Editor

L’Angleterre doit adopter l’énergie nucléaire s’il lui faut appliquer ses engagements sur le changement climatique. C’est qu’ont annoncé aujourd’hui 4 des principaux écologistes du pays, qui ont passé la plupart de leur vie à s’opposer contre l’énergie atomique. Les opposants d’un temps à l’énergie nucléaire, qui incluent l’ancien chef de Greenpeace, ont dit à L’Indépendant qu’ils ont maintenant changé d’avis envers l’énergie atomique à cause du besoin urgent de réduire les émissions de dioxyde de carbone. Ils adoptent tous le point de vue que la constructions de centrales nucléaires est désormais impérative et que retarder le processus avec des querelles publiques consommatrices de temps et avec des défis légaux saperait sérieusement la promesse britannique de diminuer de 80% ses émissions de carbone d’ici 2050.

Le volte-face est arrivé au moment où le Gouvernement a soulevé son moratoire auto-imposé sur la construction de centrales nucléaires de nouvelle génération et recherche activement le soutien publique pour sélectionner les importants sites stratégiques où elles seront construites d’ici 2025. L’intervention est importante car c’est la 1ère fois que des militants seniors environnementalistes brisent la chape de plomb et publiquement soutiennent le pouvoir nucléaire. Cela va donner un coup de fouet bienvenu au Gouvernement, qui attend de fortes protestations à propos de la nouvelle génération des centrales nucléaires au stade de la planification. Les 4 principaux écologistes qui mènent maintenant le plaidoyer en faveur du pouvoir nucléaire sont : Stephen Tindale, ancien directeur de Greenpeace ; Lord Chris Smith de Finsbury, président de l’Agence de l’Environnement ; Mark Lynas, auteur du livre de l’année de la Royal Society’s science ; et Chris Goodall, activiste d’un parti vert et candidat à la députation.

Mr Tindale, qui a dirigé Greenpeace pendant 5 ans jusqu’à son départ à la retraite en 2005, a pris une position véhémente anti-nucléaire tout au long de sa carrière en tant qu’écologiste. “Ma position était que nécessairement l’énergie nucléaire était une erreur, en partie pour des raisons de pollution et de déchets nucléaires mais principalement à cause des risques de prolifération des armes nucléaires,“ a dit Mr Tindale. “Mon changement d’état d’esprit ne s’est pas fait soudainement, mais graduellement au cours des 4 dernières années. Mais le moment-clé quand je me suis dit que nous devions être extrêmement sérieux a été lorsqu’il a été rapporté que la banquise en Sibérie fondait énormément, produisant du méthane, ce qui pose un très sérieux problème pour le monde, “ dit-il. “Cela était un peu de l’ordre d’une conversion religieuse. Etre anti-nucléaire était une partie essentielle de l’essence écologiste pendant longtemps, alors que maintenant où je parle de cela avec de nombreux écologistes, il est réellement assez courant de considérer que le pouvoir nucléaire n’est pas l’idéal mais que c’est mieux que le changement climatique,“ a-t-il ajouté.

Aucun des 4 n’était en faveur de la puissance nucléaire lors de la précédente décennie, mais leur vision des choses a été transformée par l’évidence scientifique récente de comment les seuls graves changements climatiques pourraient résulter de la combustion du pétrole, du gaz et du charbon dans les centrales conventionnelles.

“La question qui a en 1er lieu changé mon état d’esprit est celle de l’absolu impératif de la réduction des émissions de dioxyde de carbone. Il y a 15 ans nous savions peu à propos du changement climatique. Nous savions que cela devrait probablement arriver, nous n’avions pas bien réaliser sa vitesse, “ disait Lord Smith, qui se présente lui-même comme un sceptique de longue date à propose de la puissance nucléaire. “Ce qui s’est passé c’est que nous nous sommes réveillés s’agissant de la nature très sérieuse du problème du changement climatique, de la question essentielle de la réduction des émissions de dioxyde de carbone et du besoin de dé-carbonniser la production électrique pendant les 20 et 30 prochaines années, “ disait-il. “Les énergies renouvelables, telles que le vent, les marées, et le solaire, sont toujours nécessaires dans la lutte contre le réchauffement mondial, mais atteindre une génération électrique à bas-charbon est de loin beaucoup plus difficile sans la puissance nucléaire,“ a dit Lord Smith.

Mark Lynas a dit que son changement d’état d’esprit s’est également réalisé progressivement, découlant du besoin de faire quelque chose concrètement pour contrer les émissions grandissantes de dioxyde de carbone créées par la production électrique à partir des combustibles des fossiles. “J’ai été équivoque sur cela pendant de nombreuses années ; cela n’est pas comme si cela avait été une conversion soudaine, mais cela prend longtemps pour sortir du cloisonnement. Pour un écologiste, c’est un peu comme faire admettre que vous êtes gay par vos parents parce que vous êtes comme inquiet d’être rejeté, “ dit Mr Lynas. “J’ai été de façon standard anti-nucléaire au cours de la majeure partie de ma carrière d’écologiste. Je supposais avec certitude que l’incantation standard était exacte à propos de sa nature sale, dangereuse, et non utile,“ dit-il. “Ce qui m’a poussé au tout début a été de voir combien serait long et difficile le chemin menant à 100% d’économie renouvelable. Et de réaliser que si nous sommes réellement sérieux pour nous attaquer au réchauffement climatique pendant la prochaine décennie ou les deux prochaines décennies, alors nous devons absolument prendre en considération une nouvelle génération de centrales nucléaires. “

“Le long moratoire sur la construction des centrales nucléaires en Angleterre a largement découlé du plaidoyer intensif des écologistes dans les années 70 et 80 – une campagne qui pourrait avoir causé plus de tort que de profit“ a dit Mr Lynas. “Rétrospectivement, nous arriverons à la considérer comme une énorme erreur dont le climat de la planète paye le prix maintenant. Pour donner un exemple, les écologistes ont stoppé le démarrage d’une centrale nucléaire en Australie, colossal gâchis d’argent, et à la place l’Australie a construit 2 centrales à charbon, “ dit-il.

. Les 4 vont maintenant rallier les rangs de ceux comme Sir David King, l’ancien conseiller scientifique en chef du Gouvernement et actuellement directeur du Smith Centre à Oxford, qui était sceptique sur le pouvoir nucléaire jusqu’à ce qu’il ait présenté des données sur l’étendue du problème du changement climatique.

Chris Goodall : Le mouvement des Verts doit apprendre à aimer l'Énergie nucléaire

Le débat public sur les options énergétiques a besoin d’être réaliste

Le pays fait face à une crise énergétique grave. Dans une décennie, une grande part de la capacité productive énergétique vieillotte britannique, à la fois de combustion de charbon et nucléaire, devra être fermée. Si elle n’est pas remplacée, nous ferons face à un futur cauchemar de coupures de puissance et de blackouts (plongées dans l’obscurité). Dans le même temps, nous avons désespérément besoin de réduire les émissions de gaz à effet de serres de ce pays : 90% de notre énergie actuelle provient des combustibles fossiles. Les émissions actuelles et passées de ce pays dépassent de loin notre quote-part de la population mondiale. A moins que nous ne réduisions urgemment notre pollution au carbone, nous serons en rupture de nos obligations morales, aussi bien envers l’Union Européenne que les Nations Unies. Ces immenses défis jumelés signifient que nous devons devenir réalistes à propos de l’énergie. La discussion publique encours est intensément émotionnelle, polarisée et méfiante. C’est particulièrement le cas de la puissance nucléaire ; trop souvent les gens se divisent entre des positions ultra pour ou anti-nucléaire, sans position intermédiaire. Chaque option est farouchement opposée : le public semble être anti-vent, anti-charbon, anti-perte d’énergie, anti-barrage marémoteur, anti-pétrole, et anti-nucléaire. Nous ne pouvons pas être anti-tout et le temps courre. Les grands projets prennent de nombreuses années à construire.

Il importe de comprendre le niveau du défi. Oui l’Angleterre a d’énormes ressources renouvelables, mais selon le nouveau et excellent livre de David MacKay, « L’énergie durable –sans air chaud », nous aurons besoin d’investissements énergétiques à la dimension du pays pour extraire ces ressources. Vous entendez beaucoup parler de marée et de vent, mais si 1000 km du littoral atlantique étaient totalement couverts de machines Pélamis à vagues, cela génèrerait assez d’électricité pour couvrir moins de 10% de notre consommation actuelle. Assurer les deux tiers de notre demande électrique actuelle à partir du vent nécessiterait de recourir à une augmentation de 30% de la puissance de vent anglaise. Ces deux options sont techniquement faisables, mais nécessiteraient un investissement massif et durable ainsi que des prix plus forts pour l’électricité.

Au contraire, de discrètes installations renouvelables à petite échelle, telles que des panneaux solaires photovoltaïques sur les maisons résidentielles, apportera seulement une contribution minime à notre demande énergétique générale, bien que les panneaux produisant de l’eau chaude solaire sont d’ores et déjà un bon investissement. En général, les implications pour l’utilisation des sols des ressources ( ?) renouvelables sont critiques, car leur densité énergétique est très faible. Par exemple, produire un quart de notre consommation énergétique actuelle en cultivant pour produire des biocarburants, nécessiterait que la moitié de l’Angleterre soit couverte de plantations de biomasse. Même des centrales à énergie solaire concentrée dans le désert du Sahara nécessitera beaucoup d’espace – au moins 15 000 km2 - à peu près autant que le Yorkshire et l’Humberside mis ensemble. De toute évidence, quiconque veut vivre d’énergie renouvelable mais espère que les infrastructures associées ne soient ni grandes ni intrusives s’illusionne lui-même.

Deux tiers de la consommation énergétique anglaise aujourd’hui partent en chauffage et transports. De fortes économies de capacité sont possibles aux deux niveaux. Par le chauffage électrique utilisant des pompes à chaleur, on pourra obtenir 4 fois plus de rendement ; les voitures électriques sont également beaucoup plus rentables énergétiquement que les voitures à combustible fossile. Bien sûr, faire ces changements technologiques requièrera une augmentation significative dans la production énergétique anglaise, qui devra entièrement être à bas carbone. Tandis que consommer moins d’énergie en général est certainement une option, consommer moins d’électricité ne l’est pas.

Le débat public sur les options énergétiques doit être réaliste. Des dispositifs énergétiques peuvent être établis pour s’ajouter de différentes manières en différencier les contributions de sources énergétiques en compétition. Mais une décision doit être prise rapidement à propos de la proportion qui devra être fournie par chaque technologie. Inclure l’énergie nucléaire dans cet ensemble facilitera la construction d’un avenir sécurisé pour l’énergie à bas carbone. L’énergie nucléaire a d’importants inconvénients, mais les conséquences de ne pas y recourir sont probablement nettement pires.

L’Allemagne fournit une édifiante histoire utile. Malgré d’énormes revenus tirés des panneaux solaires, le photovoltaïque n’a pas encore remplacé 1% de la production énergétique à combustible fossile. En fait, parce que l’Allemagne – sous la pression d’écologistes bien-pensants – supprime progressivement sa puissance nucléaire, elle se retourne inexorablement vers le charbon polluant : 30 nouvelles centrales thermiques ont été prévues, incluant 4 brûlant de la lignite (charbon marron), le combustible le plus polluant de tous.

Réduire le besoin énergétique en même temps que diminuer progressivement l’usage des combustibles fossiles ne sera pas facile. Pour réussir avec ce choix, nous avons besoin de développer un soutien clair et crédible d’une large partie de la population de Grande Bretagne – pas seulement de quelques politiciens qui ne seront peut-être plus en place dans 5 ans, ou d’un cercle restreint de lobbyistes écologistes ou industriels. A ce stade, le public n’a pas encore été pleinement engagé. Néanmoins la question est vitale ; l’une des questions tenant dans une petite poignée de questions sur le véritable consensus informé est maintenant désespérément nécessaire. Nous n’avons pas de temps à perdre.

Tony Juniper, ancien directeur des Amis de la Terre, candidat du Parti des Verts à l’élection législative à Cambridge : Oublier le nucléaire et se concentrer sur les énergies renouvelables

Une analyse très prudente est encore nécessaire avant d’aller vers l’option nucléaire. En faisant ce choix nous gaspillerions par inadvertance du temps et de l’argent et de ce fait nous n’accomplirions pas ce que nous pourrions faire en choisissant d’autres options, par exemple la capacité énergétique, des voitures propres et l’énergie renouvelable.
La première question est la portée que le nucléaire peut atteindre. Aujourd’hui, le nucléaire fournit seulement l’électricité et ne peut donc (au moins à court-terme) que peu réduire les émissions à partir d’autres secteurs tels que le chauffage et le transport, qui sont essentiellement consommateurs respectivement de gaz et de pétrole. En raison de cette contrainte, même le doublement de la capacité nucléaire britannique réduirait nos émissions de gaz à effet de serre que de 8%. Il s’agit, bien sûr, d’une proportion significative mais qui doit être mesurée par rapport à ce que nous pourrions réaliser en dépensant autant d’effort et d’argent sur les options durables crédibles.

Ensuite, il y a la vision économique plus large. La nouvelle construction nucléaire serait basée sur une technologie importée, de France probablement. Alors que ceci pourrait profiter en France à l’emploi et à l’industrie, nous pourrions tirer plus profit en emploi et dans l’économie pour le Royaume Uni à travers le développement des énergies renouvelables, telles que le vent offshore, la force marémotrice et des vagues. Utiliser la capacité de l’ingénierie dans nos réserves décroissantes en pétrole et gaz provenant de la Mer du Nord et les industries navales pour le faire, pourrait améliorer à la fois notre sécurité énergétique et la création d’emplois. Plus d’emplois pourraient également provenir de la modernisation de notre logement extrêmement insuffisant et d’un programme massif de trains à grande vitesse.

Personne n’espère sérieusement que des centrales nucléaires soient construites sans subventions publiques (aucune ne l’a été). On doit donc se demander si l’argent du contribuable aura un meilleur impact par cette voie. Une étude américaine a montré qu’1 dollar investi dans la capacité énergétique produit 7 fois moins de réduction de carbone qu’1 dollar dépensé dans le nucléaire.

La combinaison la meilleure est celle d’avoir des énergies renouvelables et à côté de cela d’utiliser l’énergie de façon plus efficiente, des voitures plus propres, des niveaux de circulation plus faibles, des systèmes micro-énergétiques pour les bâtiments, et en rendant l’énergie fossile plus rentable et plus propre. A côté de cette approche, nous avons besoin d’une nouvelle dimension culturelle en politique énergétique par laquelle la population admet la nécessité de la réduction de la consommation générale.

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