GAZ A EFFET DE SERRE
H. Nifenecker

1. POUVOIR DE RECHAUFFEMENT GLOBAL
2. PROPRIETES DES GAZ A EFFET DE SERRE
    2.1. LA VAPEUR D’EAU
    2.2. LE GAZ CARBONIQUE
    2.3. LE METHANE
    2.4. LE PROTOXYDE D’AZOTE
    2.5. L’OZONE
3. LA MARQUE DE L’HOMME
 


1. POUVOIR DE RECHAUFFEMENT GLOBAL                     


Pour comparer les effets des différents gaz à effet de serre on définit un Pouvoir de Réchauffement Global (PRG) du gaz mesuré en kilogramme équivalent carbone. Le PRG d’un kilogramme de carbone est, par définition le même que celui correspondant à l’émission de 3,66 kg de CO2 contenant 1 kg de carbone. Les différents gaz ayant des durées de vie variables, il s’ensuit que leur PRG dépend du temps au bout duquel l’effet est mesuré. Le Tableau 1 donne des exemples de PRG à différentes époques pour 1 kilogramme de gaz émis. Par convention le PRG du gaz carbonique est indépendant du temps. Les différences de comportement dans le temps du gaz carbonique et des autres gaz expliquent que les PRG de ces derniers augmentent ou diminuent selon les cas.

Gaz
PRG 20 ans
PRG 100 ans
PRG 500 ans
CO2
0,273
0,273
0,273
CH4
16,9
6,3
1.9
N2O
75,1
81
42,6
HFC
12-2550
3-3300
1-2700
CFC
1350-2800
1250-3800
437-4450

Pouvoirs de Réchauffement Global pour l’émission d’un kilogramme de différents gaz à effet de serre mesurés en kg équivalent carbone. Les HFC (Hydrofluorocarbures) et les CFC (Chlorofluorocarbures) correspondant à une famille de molécules on indique une plage de valeurs des PRG.
Ce sont, en général, les PRG à 100 ans qui sont retenus dans les discussions sur les émissions de gaz à effet de serre.


2. PROPRIETES DES GAZ A EFFET DE SERRE                     

2.1. LA VAPEUR D’EAU

Le cas de la vapeur d’eau est particulier car sa concentration s’adapte rapidement à la température. La vapeur d’eau rejetée par des éruptions volcaniques ou par l’industrie humaine se condense rapidement sans avoir le temps de modifier la température. Inversement, si la température augmente pour une raison ou une autre, la concentration de la vapeur d’eau augmente également et amplifie l’augmentation de la température (c’est une rétroactivité positive). Il faut, toutefois, remarquer que l’augmentation de la nébulosité peut aussi se traduire par une réflexion accrue de la lumière solaire (augmentation de l’albédo1 ), et, donc, une diminution de la température. Le traitement de l’influence de la vapeur d’eau sur le climat est un des points difficiles des modèles théoriques du climat.

1Fraction de l'énergie reçue que diffuse ou réfléchit un corps non lumineux.

2.2. LE GAZ CARBONIQUE


Le gaz carbonique était présent en abondance dans l’atmosphère primitive de la terre. La puissance du soleil était de plusieurs dizaines de pour cent plus faible à cette époque qu’à présent. Le climat aurait donc dû être froid. Mais la teneur en CO2 de l'atmosphère primitive de la planète étant très élevée, il y avait un effet de serre très fort. Ceci a permis à notre planète d'avoir une bonne température, favorable à l'apparition, puis au développement, de la vie sur la Terre. Avec l'apparition de la vie, le CO2 a été progressivement absorbé et sa teneur a diminué dans l'atmosphère, le carbone disparu étant stocké dans des roches sédimentaires ou sous forme de charbon ou de pétrole, l'oxygène ainsi libéré devenant un constituant important de l'atmosphère. Avec la diminution du CO2 dans l'atmosphère et donc de l'effet de serre, la terre avait tendance à se refroidir. Mais ce refroidissement a été heureusement compensé par une augmentation en puissance du rayonnement solaire.

En absence de perturbation humaine, la concentration du gaz carbonique dans l’atmosphère résulte essentiellement des interactions entre l’atmosphère, l’océan et la biosphère. Les végétaux fixent le carbone du gaz carbonique pendant leur phase de croissance, tout en relâchant de l’oxygène. C’est la photosynthèse. Tous les autres êtres vivants se construisent grâce au carbone des végétaux, et servent donc à stocker ce dernier. Ce stockage peut être à très long terme comme dans les gisements fossiles et surtout dans les carbonates (les roches calcaires), comme indiqué ci-dessus. Inversement, presque tous les êtres vivants utilisent l’oxygène et rejettent du gaz carbonique pour leurs besoins en énergie. La décomposition des êtres vivants après leur mort produit aussi, à la fois, du gaz carbonique et du méthane.

Globalement, en dehors de l’intervention humaine, la biosphère absorbe plus de carbone qu’elle n’en émet, le complément de production de gaz carbonique provenant des éruptions volcaniques (80 millions de tonnes par an). Le Tableau 2 montre l’importance des échanges de carbone sous forme de gaz carbonique entre la biosphère, l’atmosphère et l’océan. Le tableau est fait dans l’hypothèse d’un équilibre. On note que chaque année la biomasse absorbe 120 Giga tonnes de carbone et perd une moitié de cette quantité par respiration et l’autre par l’arrêt du processus vital. De son côté la décomposition de la biomasse émet 60 Giga tonnes annuelles.

Tableau 2
Stocks de Carbone et flux de gaz carbonique (exprimés en Giga-tonnes de Carbone).
Stock (GtC)
Flux entrant (GtC/an)
Flux sortant (GtC/an)
Atmosphère
750
210
210
Biomasse
610
120
60
Sol
1700
-
60
Océan superficiel
1020
90
90

Le Tableau 2 ne traite pas des principaux réservoirs de Carbone dont l’importance même entraîne que toute évolution doit être lente. L’océan à lui seul contient presque 40000 Giga tonnes de carbone, mais la lithosphère2 en contient près de 10 millions. L’évolution du carbone de la lithosphère se fait à des échelles de temps géologiques et nous n’en parlerons pas davantage. Par contre une description plus complète du cycle du carbone océanique est importante dans la mesure où, nous le verrons, l’océan joue un rôle important dans le contrôle de la concentration du gaz carbonique dans l’atmosphère. Cette description est faite dans le Tableau 3. Les stocks de chaque réservoir sont indiqués sur la diagonale du Tableau.

Tableau 3
Stocks (GtC) et flux de carbone (Gt/a) dans l’océan. Les stocks (chiffres gras) sont indiqués sur la diagonale du tableau.
Océan superficiel
vers
Plancton
vers
C organique dissous
vers
Océan Profond
vers
Sédiments
vers
Océan superficiel
1020
40
-
100
-
Plancton
50
3
-
-
-
C organique dissous
-
6
1000
-
-
Océan Profond
90
4
6
36900
-
Sédiments
-
-
-
0,04
150

Ce qui précède concerne le cycle du carbone en absence de l’intervention humaine. Or, depuis la révolution industrielle l’homme rejette des quantités croissantes de gaz carbonique dans l’atmosphère, conséquence de l’utilisation massive de combustibles fossiles. Ces rejets excédentaires sont d’environ 6 milliards de tonnes de Carbonne (GtC) chaque année. La déforestation et le changement d’occupation des sols augmentent encore ces rejets d’environ 1 GtC. On estime que près de 4 GtC restent dans l’atmosphère, augmentant donc progressivement la concentration atmosphérique du gaz carbonique. Environ 2 GtC seraient absorbés par l’océan et 1 GtC par une croissance de la biomasse.

2 Partie solide du globe terrestre.


2.3. LE METHANE


Le méthane est produit par la décomposition de la matière vivante. Il est détruit par oxydation dans l’atmosphère ou photo dissociation dans la stratosphère. Du fait de ces processus la durée de vie du méthane dans l’atmosphère est de l’ordre d’une vingtaine d’années. Les émissions naturelles de méthane se montent à environ 200 millions de tonnes par an (dont 30 dues aux termites !). Les émissions anthropiques (dues à l’homme) sont plus importantes : 100 millions de tonnes liées à l’utilisation des combustibles fossiles (fuites de gaz, émissions de grisou), 100 millions de tonnes à l’élevage des ruminants, 80 millions de tonnes émises par les rizières, 40 millions de tonnes par la combustion de la biomasse et environ 60 millions de tonnes émises par les décharges d’ordures ménagères.

2.4. LE PROTOXYDE D’AZOTE


Le protoxyde d’azote, N2O, est le plus stable des oxydes d’azote. Il est produit naturellement par des bactéries du sol qui fixent incomplètement l’azote des nitrates. Cette production est accrue d’environ 5 millions de tonnes par an par l’emploi des engrais azotés. Environ autant est produit, avec d’autres oxydes d’azote (NO, NO2), par les moteurs thermiques où se produisent à haute température des réactions d’oxydation de l’azote de l’air.
Le protoxyde d’azote, très stable, est détruit par oxydation dans la haute atmosphère, par exemple en réagissant avec l’ozone. La durée de vie du protoxyde d’azote atteint 120 ans

2.5. L’OZONE


L’ozone stratosphérique est le résultat d’un équilibre entre production et destruction contrôlées par des réactions photochimiques. Le rôle essentiel de l’ozone est de filtrer le rayonnement ultra-violet.
L’ozone atmosphérique résulte de réactions photo-chimiques entre produits de la combustion soit de la biomasse, soit de combustibles fossiles. L’ozone est fragile et a une très faible durée de vie dans l’atmosphère.


3. LA MARQUE DE L’HOMME                     


La mesure de la concentration des principaux gaz à effet de serre depuis plus de deux siècles montre, comme on peut le voir sur la figure 1, une augmentation très rapide. Il est clair que cette augmentation est due aux différentes facettes de l’activité humaine. La concentration du CO2 est passée de 280 à 360 parties par millions (ppm), une valeur jamais atteinte depuis au moins 500000 ans. Les autres gaz ont augmenté encore plus vite.


Cette augmentation des concentrations de gaz à effet de serre a-t-elle provoqué une augmentation de la température ? La figure 2 semble, en effet, le démontrer. Mais la question est encore débattue. Il semble qu’une partie de l’augmentation soit due à une augmentation de l’activité solaire marquant la sortie du petit âge glaciaire des 17 et 18ème siècles. De plus la stabilisation de la température entre 1940 et 1980 semble aller à l’encontre de ce que laisserait prévoir l’évolution des concentrations des gaz à effet de serre.
La compréhension du comportement de la température requiert l’utilisation de modèles climatiques complexes tels ceux utilisés par le GIEC (Groupe Intergouvernemental d’Etude du Climat).


La figure 3 est un exemple du type d’accord obtenu entre les observations et les calculs des modèles. En particulier on voit qu’un accord satisfaisant ne peut être obtenu que si les modèles incluent à la fois les conséquences des variations naturelles (niveau de l’insolation et effets des éruptions volcaniques) et de émissions anthropiques. Depuis le début du siècle la température moyenne a cru de 1 degré environ. La contribution de l’activité humaine est estimée d’après ces calculs à environ 0,6 degrés.

Figure 3
Comparaison entre l’évolution observée de la température et les résultats des modèles du GIEC incluant ou non l’effet des émissions de gaz à effet de serre d’origine anthropique et les variations de l’insolation.


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Association des Retraités du groupe CEA, indépendante de l'Etablissement Public de Recherche             haut de page —>>haut de page