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                Il y a 50 ans dans le journal
Marcoule entre en service
Hommages unanimes
L'espoir atomique
 

LE GENERAL De Gaulle visitera samedi le centre atomique de Marcoule, marquant ainsi l'intérêt qu'il porte de longue date à cette importante réalisation du Commissariat à l'énergie atomique. La création de ce centre, situé sur la rive gauche du Rhône, au nord d'Avignon, a une triple préoccupation : expérimenter de grands réacteurs de puissance, étudier le problème posé par la production d'énergie électrique d'origine nucléaire et, surtout, obtenir du plutonium. La production de ce dernier élément, qui constitue un explosif nucléaire mais sera aussi justifiable d'applications pacifiques vient de débuter dans l'usine construite à cet effet, sans d'ailleurs qu'il soit possible de déterminer la date précise à laquelle elle est entrée en activité. Son démarrage en effet se poursuit progressivement, l'uranium avec lequel les derniers essais étaient effectués cédant peu à peu la place à une matière d'où sera tiré le plutonium : l'uranium irradié, extrait du réacteur G-1.

C'est la première fois en France qu'est effectuée une telle opération à l'échelle industrielle Le coût de l'usine peut être fixé approximativement à 12 milliards de francs

Dans le monde occidental, il existe déjà plusieurs usines de ce genre, dont deux aux États-Unis et une en Grande-Bretagne. L'URSS dispose vraisemblablement d'installations analogues. Cependant, un secret jaloux a été gardé sur le procédé choisi, et, dans ces conditions, les chimistes français devraient trouver eux-mêmes les solutions aux problèmes posés.

Nicolas Michelet
(1er août 1958.)

 

FRÉDÉRIC JOLIOT-CURIE, mort jeudi 14 août à l'hôpital Saint-Antoine, restera comme l'un des quelques savants qui permirent au monde de conquérir en un demi-siècle à peine l'énergie atomique.

Deux des plus grands principes d'application de l'énergie atomique qui lui sont dus : d'une part, la radioactivité artificielle qui, sans parler de son extrême importance théorique, a dans le domaine des applications pratiques aboutit à la production en série de radio-isotopes ; de l'autre, la réaction en chaîne dont la découverte a permis la libération de l'énergie atomique dans les piles ou dans les bombes.

L'activité de Frédéric Joliot-Curie entre 1930 et 1940 a mis la science française au premier rang de la physique nucléaire. La plupart des découvertes de cette époque ont été soit faites par les époux Joliot-Curie, soit précisée par peux. Mais Frédéric Joliot-Curie n'a pas été qu'un savant. Il a toujours refuséde se laisser enfermer dans un laboratoire sans fenêtre. Poussé par ses idées généreuses, il a participé aux luttes politiques. Si, ayant choisi de militer dans des organisations de gauche, puis au PC, il ne fut pas exempt de critiques sinon d'attaques, jamais sa sincérité et sa loyauté ne furent mises en doute

Aucune note discordante dans la presse française ce matin ; les regrlets et l'admiration de l'étranger sont eux aussi unanimes. Une si rare unanimité est le plus grand hommage qu'on puisse rendre à l'inventeur des « machines à uranium », qui allait devenir les piles atomiques

(17-18 août 1958.)

 

LA SECONDE CONFÉRENCE internationale sur les applications pacifiques de l'énergie atomique, qui s'ouvre aujourd'hui à Genève, baigne dans une atmosphère euphorique Aucun effort en effet n'a été ménagé pour la placer, sitôt le début des travaux, sous le signe de la coopération entre savants et de la bonne entente entre puissances participantes. Une saine émulation semble animer les délégations et il y a dès à présent tout lieu de penser que, plus encore peut-être que la première conférence tenue en 1955, la deuxième réunion des « atomistes » se soldera par des résultats positifs.

L'annonce par les Anglo-Saxons de la levée du secret relatif aux recherches concernant la fusion thermonucléaire a, d'entrée, donné à la conférence son style. L'URSS pour une fois a fait aussitôt chorus et, bien que le porte-parole soviétique se soit borné à une déclaration de bonnes intentions, les discours d'ouverture n'en ont pas pas moins mis avec ensemble l'accent sur l'importance de la décision prise par les États-Unis et la Grande-Bretagne.

Ainsi dans le double domaine des expériences nucléaires à des fins militaires et de l'utilisation pacifique de l'énergie atomique des possibilités sont aujourd'hui ouvertes et des voies sont tracées Elle donne l'espoir que l'Est et l'Ouest parviendront peut-être un jour prochain à limiter leur dangereuse compétition atomique et à trouver ainsi le chemin d'une collaboration pacifique dans ce domaine pour la satisfaction de tous les besoins d'énergie de la planète.

(2 septembre 1958.)

Énergie atomique de poche
Coopération atomique
Se protéger des radiations atomiques

 

La MAQUETTE d'un générateur atomique de petite dimension, destiné à produire de l'électricité, a été présenté à la presse, vendredi, à la Maison-Blanche, par le président de la
Commission nationale de l'énergie atomique.
Ce générateur, qui utilise un isotope du polonium, pourra fonctionner environ un an sous sa forme définitive. La chaleur fournie servira à la production d'électricité. Son avantage essentiel sur les systèmes de batteries et accumulateurs employés, par exemple, dans les satellites artificiels réside à la fois dans sa longévité et dans sa légèreté. Le nom officiel de cet appareil est : générateur thermo-électrique alimenté par radio-isotopes. Ce générateur, qui pèse environ 1400 grammes, a la forme d'un cylindre de 14 cm de hauteur et de 10 cm de diamètre, a précisé le porte-parole des firmes constructrices.
L'appareil n'offre aucun danger de radiation, a ajouté un porte-parole. L'utilisation d'autres isotopes permettrait de fournir de l'électricité « pour plus d'un siècle ».
La mise au point avait commencé en avril 1958. Le prix de revient du prototype est de 15 000 $ ; mais, une fois produit en série, le générateur pourra être vendu 200 $, non compris le prix du combustible.
L'appareil, baptisé Snap-3, est une réalisation de grande valeur. Outre sa légèreté et sa durée de fonctionnement, qui le rende particulièrement utilisable dans l'espace, il aura d'autres applications dans le domaine pacifique, partout où sont nécessaires des sources réduites d'électricité.

(19 janvier 1959.)

 

LES ÉTATS-UNIS ont annoncé la conclusion d'accords de coopération atomique dans le domaine militaire avec six de leurs alliés de l'OTAN. Ces accords, qui sont de trois types, illustrent bien la différence de statut qui existe en fait entre les puissances européennes sur le plan nucléaire.
La Grande-Bretagne, entrant dans la première catégorie, est habilitée à recevoir des renseignements sur les armes nucléaires considérées comme « secrets ». L'amendement, signé hier, aux accords anglo-américains porte sur des échanges d'informations relatives aux armements. Il précise de plus les conditions dans lesquelles les armes nucléaires américaines pourront être mises à la disposition des forces britanniques en cas d'urgence. D'autre part, la coopération anglo-américaine se traduira par des livraisons mutuelles d'uranium enrichi et de plutonium. Enfin, les Américains donneront des informations relatives à la construction d'un sous-marin atomique britannique.
L'accord franco-américain est plus limité. Il vise essentiellement à faciliter la construction par la France d'un sous-marin atomique ; il porte sur la livraison par les États-Unis de 440 kg d'uranium enrichi.
Quant aux accords conclus avec l'Allemagne fédérale, les Pays-Bas, la Grèce et la Turquie, il concerne la communication d'informations non pas sur la fabrication des armes atomiques, mais sur leurs effets, la manière de les utiliser et de se prémunir contre elles. Quoi qu'il en soit de ces accords, tous - sauf celui qui a été conclu avec Londres - soulignent l'extrême méfiance qui continue de guider le Congrès, dans tout ce qui concerne le domaine atomique militaire.

(9 mai 1959.)

 

HIER se sont achevés les travaux de la première
Conférence internationale sur la protection contre les radiations atomiques, qui s'est tenue durant quatre jours dans les locaux de la station atomique de Risoe, à une trentaine de kilomètres à l'ouest de Copenhague.
120 experts ont discuté, loin des foules, à l'abri de toute publicité sensationnelle, de divers problèmes d'ordre pratique. Comment assurer la protection directe du personnel des installations atomiques et des populations, quel taux fixer aux doses radioactives supportables sans inconvénient, quelle limite établir à la pollution de l'atmosphère et des eaux, comment contrôler les radioactivités et les mesurer, comment purifier les zones polluées par accident ? C'est en somme, on le voit, l'avenir physique de l'humanité qui a été discutée à Risoe, mais à huis clos.
Tandis qu'hier après-midi les délégués, au terme de leur conférence, pouvaient enfin visiter les installations de la station atomique danoise et contempler sans mauvaise conscience l’idyllique paysage d'affiche touristique qui les entourait, avec les eaux si bleues du fjord, nous ne savions toujours rien.
Pourquoi tant de secrets alors que chacun de nous se sent directement intéressé ? L'opinion publique et la presse ont protesté ici, rappelant qu'elles avaient le droit d'être tenues au courant de l'un des problèmes essentiels de notre temps. Les savants réunis au Danemark se défendent en faisant état de la complexité des problèmes techniques abordés : les révéler, disent-ils, risquerait de provoquer des malentendus et des interprétations erronées, tant parmi les foules que dans les salles de rédaction des journaux, trop souvent à la chasse de la sensation.

D. Birmann
(30 mai 1959.)