LE
PROGRAMME ÉLECTRONUCLÉAIRE FRANÇAIS
P.
Reuss
N.B.
: Vous trouverez de
plus amples renseignements dans les rubriques : «Énergie nucléaire»
et «Réacteurs nucléaires» rappelant les principes physiques de
l'énergie nucléaire et le schéma général d'une centrale électronucléaire.
Après
la découverte de la radioactivité par Henri Becquerel
(1896), du radium par Pierre et Marie Curie (1898), puis
de la radioactivité artificielle par Irène et Frédéric Joliot-Curie
(1934), la France s'est investie dans la maîtrise de l'énergie de
la matière. Dès la fin de la guerre de 39/45, le Général
de Gaulle en créant le Commissariat à l'Energie Atomique
a voulu doter le pays de la structure scientifique, technique et industrielle
chargée de développer cette source d'énergie unique. La divergence du
réacteur ZOÉ dès le 15/12/48 permettait de lancer la filière
à l'Eau Lourde (EL) puis, fonctionnant également avec du combustible
à l'Uranium Naturel celle au Graphite Gaz (UNGG). Par leur
dimension ces réacteurs étant limités en puissance, la maîtrise
de l'Enrichissement a permis de franciser la filière américaine
des Réacteurs à Eau Pressurisée (REP), qui constituent la totalité
du parc électronucléaire actuellement exploité par EDF. Ces réacteurs
ne consomment qu'environ 1 % de la capacité énergétique de l'uranium
et produisent du plutonium. C'est pourquoi la France a développé
la filière des surgénérateurs (Phénix) dont elle détenait le
"leader ship" mondial, jusqu'à la malencontreuse décision
politicienne d'arrêter Super Phénix. Toutefois la plupart des
REP de 900 MW utilise du combustible "MOX" (oxyde mixte
d'uranium et de plutonium) ce qui évite de mettre aux
déchets une source d'énergie exceptionnelle.
| 3.
Les travaux précurseurs |
|
Dès
la découverte de la radioactivité par Henri Becquerel, en 1896, ouvrant
une nouvelle science, la physique nucléaire, la France a joué un rôle
actif dans les progrès qui ont suivi. Il suffit, pour s'en convaincre
de se rappeler, par exemple, les travaux de Pierre et Marie Curie (1898
: découverte du polonium et du radium), puis de ceux d'Irène et de Frédéric
Joliot-Curie (1934 : découverte de la radioactivité artificielle).
La
radioactivité avait très vite trouvé des applications en médecine. On
soupçonnait aussi dès cette époque que ces études à caractère fondamental
pourraient peut-être déboucher sur des applications énergétiques car
on savait que les réactions nucléaires mettaient en jeu des énergies
considérables, typiquement un million de fois supérieures aux énergies
mises en jeu dans les réactions chimiques.
Frédéric
Joliot et ses collaborateurs manquèrent de peu la découverte de la fission.
Le mérite en revient, en effet, à l'équipe allemande: la mise en évidence,
par Otto Hahn et Fritz Strassmann, de baryum dans les produits de la
réaction induite par des neutrons bombardant l'uranium fut correctement
interprétée par Lise Meitner en 1938 : ces neutrons avaient provoqué
des fissions de noyaux d'uranium en deux fragments de masse environ
deux fois moindre... et notamment des noyaux de baryum. Et Lise Meitner
expliquait que la fission, si elle se produit, libère une énorme quantité
d'énergie.
Dès
l'annonce de ces résultats, Joliot reprit l'expérience et mit en évidence
un aspect supplémentaire qui va s'avérer fondamental: outre les deux
fragments, la fission libère quelques neutrons, environ 3 en moyenne
(à cause d'un artefact, le résultat de cette mesure fut un peu optimiste,
le chiffre exact étant 2,4). Il comprit très vite que le fait que ce
nombre soit supérieur à un permet d'envisager une réaction en chaîne
de fissions: les neutrons émis par les premières fissions pourront induire
de nouvelles fissions, qui elles-mêmes libéreront des neutrons, pouvant
induire d'autres fissions, et ainsi de suite. Même si une partie des
neutrons est perdue, une telle réaction, après avoir été initialisée,
pourra s'entretenir d'elle-même, voire se développer.
Le
« théoricien» de l'équipe, Francis Perrin, introduisit la notion de
taille critique: toutes choses égales par ailleurs, la probabilité de
fuite des neutrons diminue si la taille du système augmente, donc la
probabilité que le neutron provoque une fission s'améliore; à partir
d'une certaine taille, la réaction en chaîne auto-entretenue est possible.
Les
conclusions de ces recherches furent rapidement tirées: dès le mois
de mai 1939, Joliot et ses collaborateurs déposèrent trois brevets d'un
«dispositif de production d'énergie»,
c'est-à-dire de la machine qu'on appellera plus tard un réacteur nucléaire.
On trouve décrites dans ces brevets les deux applications de l'énergie
nucléaire: l'application pacifique à la production maîtrisée d'énergie
et l'application à un engin explosif susceptible d'atteindre une puissance
très supérieure à celle de toutes les bombes classiques.
Quelques
semaines plus tard, avec l'invasion allemande, l'équipe fut dispersée
et ces brevets restèrent secrets pendant toute la durée de la guerre.
Cela n'empêcha pas, comme on le sait, les recherches de se poursuivre
de façon active ailleurs. Aiguillonnés par la crainte que l'Allemagne
nazie acquière un avantage décisif avec la réalisation d'une arme atomique
(crainte qui, par la suite, s'avéra non fondée), les Américains se lancèrent
dans le programme "Manhattan" qui amènera, en 1945,
à l'explosion expérimentale d'Alamogordo (désert du Nouveau-Mexique)
et aux bombes qui anéantirent Hiroshima et Nagasaki.
Ces
engins utilisaient soit de l'uranium enrichi à une teneur dépassant
90 % en isotope fissile, l'uranium 235, à comparer à 0,7 % dans l'uranium
naturel, soit du plutonium 239 produit par irradiation de l'uranium
238 (non fissile) dans un réacteur. Le réacteur, en effet, c'est-à-dire
le système imaginé par Joliot où se déroule une réaction en chaîne maîtrisée,
fut réalisé, à Chicago, par Enrico Fermi et son équipe: la première
« divergence », à une puissance
de moins d'un watt, eut lieu le 2 décembre 1942. D'autres machines beaucoup
plus grosses furent ensuite construites à Hanford (État de Washington)
pour fabriquer les quantités de plutonium nécessaires aux armes.
La
production d'énergie n'était pas l'objectif assigné à ces machines.
Mais dès la fin des hostilités le savoir-faire ainsi acquis fut valorisé
dans des recherches destinées à la production d'électricité d'origine
nucléaire. C'est ainsi que les principaux pays industriels, les États-Unis,
le Canada, la Grande Bretagne, l'URSS... et, comme nous allons le voir,
la France, se sont lancés dans des programmes ambitieux de développement
de l'énergie nucléaire à usage pacifique.
| 4.
La création du CEA et la Pile ZOÉ |
|
Le
général De Gaulle, alors au pouvoir, en avait perçu l'enjeu considérable
: dès le 15 octobre 1945, il signa une ordonnance créant le Commissariat
à l'Énergie Atomique (CEA), plaça à sa tête un Administrateur Général,
Raoul Dautry, et un Haut-Commissaire, Frédéric Joliot, et lui donna
comme mission de mettre au point cette prometteuse source d'énergie.
Les
chercheurs et techniciens rassemblés par Joliot s'installèrent à Fontenay-aux-Roses
(d'autres centres civils du CEA furent par la suite créés à Saclay,
Grenoble et Cadarache, ainsi que plusieurs centres de la Direction des
applications militaires). Mission: réaliser au plus vite un prototype
de réacteur.
Joliot
savait que l'enrichissement de l'uranium était un objectif hors de portée
à court terme. Il choisit d'utiliser l'eau lourde comme matériau "modérateur",
c'est-à-dire pour ralentir les neutrons, ce qui est nécessaire si l'on
envisage d'utiliser de l'uranium naturel; la France, en effet, disposait
encore du stock d'eau lourde constitué à la fin des années 1930 pour
les expériences que nous avons évoquées. (Le principal autre modérateur
possible est le graphite : ce fut le choix fait par Fermi qui ne disposait
par d'eau lourde.) Le "combustible"
nucléaire sera de l'oxyde d'uranium placé dans des tubes d'aluminium.
La puissance visée était modeste: c'est pourquoi ce projet fut baptisé
«Zoé» comme puissance Zéro, Oxyde d'uranium et Eau lourde. La divergence
eut lieu le 15 décembre 1948, trois ans après la création du CEA, ce
qui est un exploit scientifique et technique remarquable. Cette pile
fut utilisée par les physiciens pendant plus de 25 ans; après qu'on
ait retiré les matériaux radioactifs, elle est aujourd'hui le centre
d'un Musée de l'atome attirant de nombreux visiteurs.
| 5.
Recherches sur les réacteurs à eau lourde |
|
L'eau
lourde est le meilleur modérateur: c'est la raison pour laquelle la
France continua à s'intéresser aux réacteurs à eau lourde. Après Zoé
(ou EL1), deux autres réacteurs de recherche EL2 et EL3 furent construits
à Saclay. Finalement, un réacteur industriel, de 70 MWé (mégawatts électriques),
EL4, fut construit à Brennilis (Monts d'Arrhée) : il y fonctionna de
1967 à 1985. Les études pour des réacteurs de plus forte puissance ne
débouchèrent pas sur des réalisations industrielles.
Astreinte,
à cette époque, à se limiter aux filières à uranium naturel, faute de
maîtriser la technologie de l'enrichissement, la France s'intéressa
aussi, et même davantage, aux réacteurs à graphite. Une filière dite
"UNGG" (uranium naturel-graphite-gaz) fut mise au point: elle
utilise l'uranium sous la forme de barreaux cylindriques métalliques
gainés par du magnésium avec une structure en ailettes pour améliorer
le refroidissement. Ceux-ci sont placés dans des canaux eux-mêmes cylindriques
aménagés dans un empilement de briques de graphite. Le refroidissement
est assuré par du gaz carbonique sous une pression de quelques dizaines
de bars circulant dans les canaux. L'ensemble du coeur est placé dans
un caisson supportant cette pression.
Divers
concepts furent essayés: disposition horizontale ou verticale des canaux,
caisson en acier ou en béton armé précontraint, générateurs de vapeur
(échangeurs de chaleur entre le gaz carbonique et le circuit eau-vapeur)
placés en dehors ou dans le caisson.
Après
la construction à Marcoule (Gard) de trois réacteurs de puissance modeste,
G1, G2 et G3, qui ont permis de mettre au point la technologie UNGG,
six centrales de grande puissance furent érigées sur les rives de la
Loire et à Bugey (Ain). Elles sont aujourd'hui toutes arrêtées (voir
le tableau ci dessous).
| 7.
Les réacteurs à neutrons rapides |
|
Tous
les réacteurs nucléaires sont plus ou moins susceptibles, lorsqu'ils
fonctionnent, de régénérer une certaine quantité de matière fissile
sous forme de plutonium, élément artificiel ayant des propriétés nucléaires
similaires à celles de l'uranium 235, en particulier la capacité de
subir la fission après l'absorption d'un neutron. Le mécanisme est
le suivant: dans une réaction en chaîne équilibrée, une partie des neutrons
doit être capturée sans induire de fission; en particulier, l'uranium
238 (l'isotope non fissile) peut capturer des neutrons et donner l'uranium
239 ; ce dernier se transforme rapidement par radioactivité (environ
deux jours) en plutonium. En pratique, dans la plupart des réacteurs
et, en particulier, dans tous les réacteurs à neutrons thermiques, la
quantité de matière fissile ainsi régénérée est plus petite que celle
qui est consommée dans la réaction en chaîne et, donc, la matière combustible
s'épuise petit à petit.
L'intérêt
des réacteurs à neutrons rapides (sans modérateur) est la possibilité
de les rendre surgénérateurs. Cela signifie qu'ils sont capables, lorsqu'ils
fonctionnent et s'ils sont alimentés avec le combustible plutonium,
de régénérer par conversion de l'uranium 238 plus de plutonium qu'ils
n'en consomment. La plus grosse partie du plutonium régénéré l'est dans
des "couvertures", c'est-à-dire des couches d'uranium 238
placées autour du coeur. Comme dans tous les autres réacteurs, le combustible
proprement dit s'épuise: la surgénération ne se concrétise que si l'on
retraite et les matériaux du coeur pour en récupérer le plutonium résiduel,
et les matériaux irradiés dans les couvertures. Dans ces conditions,
ces réacteurs sont susceptibles, sur le long terme, de consommer tout
l'uranium naturel, et notamment les 99,3 % d'uranium 238 qu'il contient,
et pas seulement, comme le font les réacteurs standards, une partie
des 0,7 % d'uranium 235 et une fraction infinitésimale de l'uranium
238, après conversion.
Cette
particularité séduisante des réacteurs à neutrons rapides était connue
dès les débuts des développements de l'énergie nucléaire. Elle fut,
en particulier en France, souvent soulignée dans les discours officiels
des années 1950 : construisons quelques réacteurs à neutrons thermiques,
à uranium, non surgénérateurs; par retraitement du combustible irradié
dans ces réacteurs, récupérons le plutonium ; avec ce plutonium, constituons
les charges de combustible pour quelques réacteurs à neutrons rapides
; ensuite, grâce à la surgénération, l'inventaire en plutonium pourra
s'accroître, ce qui permettra de démarrer de nouveaux réacteurs à neutrons
rapides... et ainsi de suite jusqu'à équipement complet du pays.
Cette
politique explique les deux grandes orientations prises en France:
1/
Le choix de la filière UNGG qui a un bon taux de conversion et qui s'accommode
d'uranium naturel. (II est clair que la possibilité de produire du plutonium
pour un éventuel programme d'armement nucléaire a aussi joué dans ce
choix; rappelons que la décision d'acquérir l'arme nucléaire fut prise
par Pierre Mendès France en 1954.)
2/
Le retraitement du combustible irradié pour en récupérer les matières
énergétiques recyclables, en particulier le plutonium (par la suite,
l'argumentation d'un tri en vue d'un meilleur conditionnement des déchets
nucléaires a pris aussi une grande importance).
En
pratique, ces orientations conduisirent aux réacteurs à graphite de
Marcoule, à l'usine de retraitement également à Marcoule (plus tard,
de nouvelles installations de retraitement furent construites à La
Hague dans le Cotentin) et à un programme de recherche et développement
sur les réacteurs à neutrons rapides. Après le réacteur d'essai, Rapsodie,
à Cadarache, non destiné à produire de l'électricité, deux centrales
électronucléaires à neutrons rapides furent construites: Phénix (250
MWé) à Marcoule, couplée au réseau en 1973 et destinée à fonctionner
encore quelques années; Superphénix (1200 MWé) à Creys-Malville (Ain),
couplée au réseau en 1986, puis arrêtée en 1998 pour des raisons non
pas techniques ni économiques, mais politiques (pour ne pas dire électoralistes).
| 8.
Le programme des réacteurs à eau sous pression |
|
La
France avait aussi tenu à acquérir une certaine compétence technologique
sur la filière des réacteurs à eau, celle qui est mise en oeuvre non
seulement pour des réacteurs électronucléaires, mais aussi pour la
plupart des navires à propulsion nucléaire (sous-marins lanceurs d'engins,
sous-marins d'attaque, porte-avions...). C'est la raison pour laquelle
fut construit le réacteur Chooz A-1 dans les Ardennes (300 MWé) qui
fonctionna de 1967 à 1991. La France eut aussi une participation aux
réacteurs belges de Tihange. Elle se lança également dans un programme
de réacteurs navals que nous n'évoquerons ici que pour mémoire.
Cet
acquis fut un des arguments en faveur de la décision prise par Charles
de Gaulle en 1968 de l'abandon de la filière UNGG au profit des réacteurs
à eau, puis du lancement de l'ambitieux programme d'équipement en centrales
à eau sous pression, sous le gouvernement de Pierre Messmer (1972-1974).
Il fut, au départ, décidé de développer les deux sous-filières pressurisée
et bouillante, mais la commande de deux REB (réacteurs à eau bouillante)
en 1973 fut annulée deux ans plus tard et seuls des REP (réacteurs à
eau sous pression) seront construits en France.
Ce
tournant important fut parfois mal vécu par les techniciens qui avaient
mis au point la filière UNGG. La décision fut prise au vu d'argumentations
techniques, économiques et industrielles:
1/
Techniques: avec Bugey-1, la technologie UNGG avait sans aucun doute
atteint une limite sur la puissance unitaire (environ 500 MWé).
2/
Économiques: les réacteurs UNGG sont, pour une puissance fixée, beaucoup
plus gros que les réacteurs à eau, ce qui grève le coût de construction
et handicape la filière au-delà, probablement, du surcoût venant de
la nécessité d'enrichir l'uranium des réacteurs à eau alors que les
réacteurs à graphite fonctionnent à l'uranium naturel.
3/
Industrielles: la filière PWR (en français: REP) s'appuyait sur le savoir-faire
de puissants industriels américains, en particulier Westinghouse dont
la jeune société Framatome acquit la licence avant de s'en dégager plus
tard avec l'aide technologique du CEA pour proposer un produit purement
français. Par ailleurs, la France avait maintenant, grâce au programme
militaire, maîtrisé la technologie de l'enrichissement de l'uranium
par diffusion gazeuse et put entreprendre la construction de l'usine
Eurodif à Tricastin (Drôme).
Ajoutons
aussi un argument lié à la sûreté: on sait que, pour les réacteurs
à eau sous pression, trois barrières sont interposées entre les produits
radioactifs et l'environnement: les gaines des éléments de combustible,
!'enveloppe du circuit du caloporteur, l'enceinte du bâtiment du réacteur.
Pour les réacteurs à graphite, cette troisième barrière n'existe pas
à proprement parler, car le bâtiment du réacteur n'est pas conçu pour
résister à un accident grave. (Rappelons que cette absence d'enceinte
de confinement est la raison des conséquences dramatiques de l'accident
de Tchernobyl; c'est aussi pour cette raison que les réacteurs UNGG
ont été arrêtés prématurément alors que technologiquement et économiquement
leur exploitation aurait pu être poursuivie.)
A
la suite des décisions du gouvernement Messmer, le premier réacteur
REP de grande puissance (900 MWé) démarra à Fessenheim (Haut-Rhin) en
1977. Cinquante-sept autres commandes d'EdF de réacteurs de 900 MWé,
puis 1 300 MWé, et 1 450 MWé (modèle N4) pour les dernières, suivirent
celles de Fessenheim-1. La société Framatome, et EdF elle-même, surent
efficacement répondre à cet ambitieux programme: le tableau suivant
montre qu'il y a eu jusqu'à huit couplages au réseau par an.
| 9.
Gestions améliorées du combustible |
|
A
l'origine, les REP ont été conçus pour fonctionner avec un uranium enrichi
à 3,25 % (réacteurs de 900 MWé) ou 3,10 % (réacteurs de 1 300 MWé) capable
de fournir 33000 MWj/t (1 mégawatt-jour par tonne (MWj/t) = 86 400 000
000 joules par tonne d'uranium) en gestion par tiers de coeur avec une
durée de campagne approximativement annuelle: chaque année, le réacteur
est arrêté pendant quelques semaines pour renouveler le tiers des assemblages
de combustible (et faire les opérations de maintenance de la centrale)
; chaque assemblage est donc irradié dans le coeur pendant trois années.
Cette
gestion a été aujourd'hui améliorée: avec un combustible un peu plus
enrichi (environ 4,5 %), on obtient une énergie de l'ordre de 45 000
MWj/t, soit sur trois campagnes plus longues (environ dix-huit mois),
soit sur quatre campagnes restant approximativement annuelles.
Par
ailleurs, presque tous les REP de 900 MWé sont aujourd'hui "moxés" : le tiers des assemblages standards à uranium
enrichi est remplacé par des assemblages de combustible dit MOX constitué d'un
mélange d'uranium naturel, voire appauvri, et de plutonium à raison
de quelques pour cent de façon à obtenir l'équivalence énergétique ;
le plutonium est celui qui est récupéré au retraitement du combustible
standard usagé. Actuellement, environ 8,5 tonnes de plutonium sont ainsi
recyclées chaque années par EdF; elles proviennent du retraitement
de quelque 850 tonnes de combustible à uranium irradié, soit la quasi-totalité
de ce qui provient des centrales. Les assemblages MOX ne sont pas aujourd'hui
retraités; autrement dit, le plutonium n'est recyclé qu'une seule fois.
A
plus long terme, on peut penser que la combustion sera poussée jusqu'à
60 000 MWj/t et qu'un multirecyclage du plutonium sera possible.
Dans
les statistiques mondiales, la France se trouve aujourd'hui détachée
en tête en terme de pourcentage de nucléaire dans la production d'électricité
et en deuxième position en terme de puissance installée, juste après
les États-Unis.
Ce
très conséquent effort aura conduit à une réduction de la dépendance
énergétique de notre pays, et de la facture associée; la réduction de
l'émission de gaz à effet de serre également associée au passage des
énergies chimiques fossiles à l'énergie nucléaire est aussi très significative.
Ce
programme s'est réalisé sans réelle opposition; aujourd'hui, il est
avalisé par la majorité, si l'on en croit les sondages. La durée de
vie des centrales nucléaires sera vraisemblablement plus longue que
celle qui avait été envisagée (30 ans). La question du renouvellement
du parc se pose, certes, mais donc pas à très court terme: il est important
d'utiliser ce délai pour élaborer les solutions les plus satisfaisantes
sur les plans techniques, économiques et environnementaux, et pour expliquer
les orientations de façon à obtenir l'adhésion indispensable de l'opinion.
|
Parc
des réacteurs à eau sous pression français
(première partie)
|
Unité
|
P
électrique
(MW)
|
Couplage réseau
|
|
Fessenheim-1
|
900
|
06/04/1977
|
|
Fessenheim-2
|
900
|
07/10/1977
|
|
Bugey-2
|
900
|
10/05/1978
|
|
Bugey-3
|
900
|
21/09/1978
|
|
Bugey-4
|
900
|
08/03/1978
|
|
Bugey-5
|
900
|
31/07/1979
|
|
Gravelines
B-1
|
900
|
13/03/1980
|
|
Dampierre-1
|
900
|
23/03/1980
|
|
Tricastin-1
|
900
|
31/05/1980
|
|
Tricastin-2
|
900
|
07/08/1980
|
|
Gravelines
B-2
|
900
|
26/08/1980
|
|
Dampierre-2
|
900
|
10/12/1980
|
|
Gravelines
B-3
|
900
|
12/12/1980
|
|
St
Laurent B-1
|
900
|
21/01/1981
|
|
Dampierre-3
|
900
|
30/01/1981
|
|
Tricastin-3
|
900
|
10/02/1981
|
|
St
Laurent B-2
|
900
|
01/06/1981
|
|
Blayais-1
|
900
|
12/06/1981
|
|
Tricastin-4
|
900
|
12/06/1981
|
|
Gravelines
B-4
|
900
|
14/06/1981
|
|
Dampierre-4
|
900
|
18/08/1981
|
|
Blayais-2
|
900
|
17/07/1982
|
|
Chinon
B-1
|
900
|
30/11/1982
|
|
Cruas
Meysse-1
|
900
|
29/04/1983
|
|
Blayais-4
|
900
|
16/05/1983
|
|
Blayais-3
|
900
|
17/08/1983
|
|
Chinon
B-2
|
900
|
29/11/1983
|
|
Cruas
Meysse-3
|
900
|
14/05/1984
|
|
Paluel-1
|
1300
|
22/06/1984
|
|
Gravelines
C-5
|
900
|
28/08/1984
|
|
Cruas
Meysse-2
|
900
|
06/09/1984
|
|
Paluel-2
|
1300
|
14/09/1984
|
|
Cruas
Meysse-4
|
900
|
27/10/1984
|
|
Parc
des réacteurs à eau sous pression français
(deuxième partie)
|
Unité
|
P
électrique
(MW)
|
Couplage réseau
|
|
Gravelines C-6
|
900
|
01/08/1985
|
|
Saint Alban-l
|
1 300
|
30/08/1985
|
|
Paluel-3
|
1300
|
30/09/1985
|
|
Flamenville-l
|
1300
|
04/12/1985
|
|
Paluel-4
|
1300
|
11/04/1986
|
|
Saint Alban-2
|
1 300
|
03/07/1986
|
|
Flamenville-2
|
1300
|
18/07/1986
|
|
Chinon B-3
|
900
|
20/10/1986
|
|
Cattenom-l
|
1300
|
13/11/1986
|
|
Cattenom-2
|
1300
|
17/09/1987
|
|
Belleville-l
|
1 300
|
14/10/1987
|
|
Nogent-l
|
1 300
|
21/10/1987
|
|
Penly-l
|
1 300
|
04/05/1990
|
|
Golfech-l
|
1 300
|
07/06/1990
|
|
Cattenom-3
|
1300
|
06/07/1990
|
|
Cattenom-4
|
1300
|
27/05/1991
|
|
Penly-2
|
1 300
|
04/02/1992
|
|
Go lfech-2
|
1300
|
18/06/1993
|
|
Chooz B-l
|
1450
|
30/08/1996
|
|
Chooz B-2
|
1 450
|
10/04/1997
|
|
Civaux-l
|
1 450
|
24/12/1997
|
|
Civaux-2
|
1 450
|
24/12/1999
|
Centrales
du type UNGG
construites en France
|
Unité
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P
électrique
(MW)
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Couplage réseau
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Marcoule G-1
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2
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1956-1968
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Marcoule G-2
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38
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1959-1980
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Marcoule G-3
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38
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1960-1984
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Chinon A-1
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70
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1963-1973
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Chinon A-2
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210
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1965-1985
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Chinon A-3
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480
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1966-1990
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St Laurent A-1
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480
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1969.-1990
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St Laurent A-2
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420
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1971-1992
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Bugey-1
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540
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1972-1994
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[Source..
ELECNUC:
les centrales nucléaires dans le Monde (CEA)]