L'accident de Tchernobyl et ses conséquences en France   (fiche n° 5A)

Roger Rzekiecki


En 2006, vingt ans après l’accident, il faut s’attendre à un déchaînement des diverses associations qui cherchent à ternir l’image du nucléaire et qui seront relayées dans leur action par des médias en quête de sensationnel. Il est du devoir du GASN de préparer les adhérents de l’ARCEA et leur cercle d’influence. La révision de la fiche 5 a pour but de fournir les éléments nécessaires pour répondre aux questions.

Les références se trouvent en fin de texte. Les toutes dernières informations sont attendues dans les publications que préparent pour 2006 les organismes institutionnels comme, par exemple, l’UNSCEAR (United Nations Scientific Commitee on Effects of Atomic Radiation) ou encore des personnalités connues du monde nucléaire, mais les attaques n’attendront pas.

L’ACCIDENT     

La reconstruction du scénario de l’accident fait bien ressortir deux types de causes :

· des défauts de conception théoriques et techniques de la filière RBMK (réacteurs de grande puissance à canaux) à laquelle appartenaient les 4 unités de Tchernobyl. Dans certaines conditions, ce type de réacteur est instable. Au cours d’une expérience, dans une situation aggravée par la défaillance du système d’arrêt d’urgence, la perte du contrôle de la puissance a été totale. Elle a entraîné une élévation brutale des températures allant jusqu’à provoquer la fusion du combustible nucléaire. La vapeur d’eau surchauffée a engendré des explosions dites de vapeur et des explosions dues à l’hydrogène produit par la décomposition de l’eau. Le tout s’est accompagné d’incendies de toute nature. Le couvercle de la cuve a été soulevé et les structures sérieusement endommagées. Par le trou béant ainsi créé, des quantités très importantes de matières radioactives se sont échappées et ont contaminé l’atmosphère.

Les réacteurs RBMK modérés au graphite et refroidis à l’eau légère présentent un coefficient de vide positif. Quand la température augmente, une plus grande production de vapeur d’eau a pour résultat d’augmenter la puissance : c’est une situation instable. Dans certaines conditions, cela débouche sur un accident de criticité. Par comparaison, dans les mêmes conditions, les réacteurs de la filière REP sont stables. De plus, pour les RBMK, par construction, la chute des barres d’arrêt d’urgence (relativement lente : 20 s) a pour premier effet l’éjection d’un bouchon d’eau (modérateur). Celle-ci provoque une augmentation passagère de la réactivité qui va en sens inverse d’un arrêt de l’excursion de puissance.
Un de nos lecteurs précise qu’un certain nombre de défauts de la filière avaient déjà été signalés mais n’avaient pas été corrigés, en partie à cause de la difficulté à mener des calculs dans ce domaine.
Il signale aussi que contrairement à ce qui a été écrit dans la précédente fiche, sur le site de Tchernobyl, le seul objectif des RBMK à cette période était de fournir de l’électricité.

Les réacteurs REP (réacteur à eau pressurisée) couramment utilisés en Europe occidentale sont d’une conception très différente : ils sont stables, et, dans les mêmes conditions, la perte de contrôle de la puissance du réacteur aurait été évitée.


De plus, l’existence d’une enceinte de confinement résistant aux agressions internes et externe aurait empêché tout rejet de matières radioactives à l’extérieur.
Pour empêcher le transfert de la radioactivité vers l’homme et son environnement, le principe des barrières est appliqué : la première est la gaine du combustible, la seconde est le circuit primaire et l’ultime est l’enceinte de confinement. Dans le RBMK, les barrières sont locales et il n’y a pas d’enceinte de confinement.

· des erreurs humaines graves touchant à la sûreté dans la préparation et l’exécution de l’expérience.

Le personnel n’a pas su anticiper ni stopper le processus destructeur mais l’a amplifié par exemple en ignorant des signaux d’alerte et en ne s’assurant pas que tous les dispositifs de sûreté étaient opérants.

· Ceci met en évidence le retard en matière de sûreté à cette époque dans les pays de l’EST.

Depuis l’accident, des arrangements économiques et financiers ont été trouvés avec la communauté internationale pour arrêter une douzaine de réacteurs RBMK sur les 23 exploités et pour améliorer fortement la sûreté des autres en attendant leur fermeture. La dernière tranche en fonction sur le site de Tchernobyl a été arrêtée en décembre 2000.
En France, la confiance dans le degré de sûreté et de fiabilité des réacteurs électronucléaires, ainsi que dans la qualité des opérateurs n’a pas été entamée. Elle est largement justifiée : en plus de vingt ans de fonctionnement de l’ensemble du parc nucléaire, il n’est arrivé aucun accident ou incident mettant en jeu les populations.
Même les opposants ne se manifestent pas sur ce point. Ils se focalisent sur les conséquences sanitaires de l’accident où ils trouvent un domaine plus propre à stimuler la crainte du nucléaire.

Three Miles Island ‘TMI’ : un accident oublié.    

En raison de sa gravité et de sa portée internationale, l’accident de Tchernobyl a fait tomber dans l’oubli celui de TMI survenu en mars 1979. Pourtant cet évènement est exemplaire à plus d’un titre :

· le réacteur est un précurseur des REP actuels,

· les températures avaient été aussi élevées que dans l’accident de Tchernobyl.

· Elles avaient entraîné aussi la fusion du combustible et la libération d’autant de matières radioactives dans le cœur du réacteur. Mais, l’enceinte de confinement avait joué son rôle de barrière et éviter les rejets extérieurs non contrôlés.

· après une grande agitation des médias, les opposants au « nucléaire » ont dû se résoudre à accepter que les doses reçues par la population avoisinante avaient été largement inférieures aux doses naturelles et que les conséquences sanitaires avaient été nulles.

Dans le cas de TMI, le système d’arrêt d’urgence a fonctionné par contre le refroidissement nécessaire n’a pas été assuré avec pour conséquence l’élévation des températures. Si le niveau atteint avait été aussi élevé que dans le RBMK, son évolution a été plus lente ce qui, à
terme, a permis une correction.

Les rejets    

L’énorme quantité de chaleur libérée a créé par convection naturelle un panache d’environ 1000 m de hauteur. La vitesse ascensionnelle des gaz chauds dans le panache a entraîné toutes sortes de matières et de poussières radioactives. Les plus lourdes se sont déposées sur place ou dans les environs proches, les plus fines (aérosols) et les gaz se sont dispersées dans l’atmosphère, au cours du temps et au gré du vent. Ces poussières se sont déposées au sol à plus ou moins grande distance selon les conditions météorologiques (vitesse et turbulence, force, direction des vents, pluviométrie) et les conditions topographiques des régions traversées. En France, les départements de l’Est et de la Corse, soumis à un régime de fortes pluies ont été les plus contaminés. Le rabattement des aérosols par la pluie explique pour une bonne part, l’hétérogénéité de la contamination des sols : il en résulte l’éparpillement des taches ; leur dimension va du millier de m2 à moins du m2. L’image d’une peau de léopard est souvent utilisée.

Sauf quelques exceptions, en chaque point, une relation (mesurée sur plus de 140 échantillons de sol) lie les concentrations surfaciques (dépôt au sol) au lessivage des masses d’air par la pluie c'est-à-dire à la hauteur d’eau mesurée par les piézomètres. Les stations météorologiques, étant équipées par principe d’un piézomètre, il est possible de calculer, à partir de la hauteur d’eau relevée, la contamination surfacique du point d’observation. Etendue à tout le territoire, cette méthode augmente considérablement le nombre de points d’observation. De même, il existe une relation de proportionnalité entre les concentrations atmosphériques et surfaciques. Le facteur de proportionnalité varie avec les conditions atmosphériques. Il peut atteindre 40 voire 60 en cas de pluie forte ou de brouillard. C’est une deuxième méthode pour affiner la cartographie de la contamination d’un territoire.

A plus de 2000 Km de Tchernobyl, le Césium137 (élément représentatif de la contamination) a eu largement le temps de diluer. Sa concentration dans l’atmosphère a été faible (de l’ordre de 1 Bq/m3). De nos jours, elle se confond avec le bruit de fond.

Le becquerel, Bq, est une unité qui traduit la quantité de rayonnement ionisant émise par une source radioactive.
La radioactivité des isotopes du Césium décroît avec le temps. Le césium137 dont la période est de 30 ans a gardé la trace des retombées des anciens essais militaires. Avant l’accident, il perdurait un bruit de fond en césium137. Le césium134 de même origine avait disparu. L’accident de Tchernobyl a relâché à nouveau du césium137 et du césium134. La mesure du rapport entre les radioactivités du césium137 et du césium134 a permis de distinguer la part de césiums137 due à l’accident.
La contamination des sols en césium137 a évolué au gré des lessivages ou des enrichissements. Dans les zones les plus exposées et sur des surfaces de quelques m2, le dépôt en césium137 a pu atteindre 100000 Bq/m2 en 86 pour retomber à 30000 Bq/m2 de nos jours. Sur tout le territoire, il est en moyenne, de 1000 Bq/m2. Par comparaison, l’homme est une source de radioactivité de l’ordre de 8000 Bq (100 Bq/Kg). Autre réalité : une source de 100000 Bq de césium137 pèse 0,0000001 g.

Les doses reçues en France    

La France était située dans la zone d’exposition qualifiée de faible à très faible.
La quantité de rayonnement reçue (Gray) est différente de la quantité émise (Bq) . La dose efficace appelée ici dose (Sievert, Sv) exprime la dangerosité induite par la quantité reçue. Elle tient compte en particulier de l’organe récepteur ou de la qualité du rayonnement. Elle ne dépend ni de la nature ni de l’origine de la contamination. Que le radioélément soit d’origine naturelle ou artificielle ne change rien au résultat.
Les masses d’air contaminées ont traversé les régions, avec un retard de 3 à4 jours et sur la dizaine de jours du rejet. Par rapport à une durée de vie humaine, l’exposition due à la concentration en aérosols radioactifs de l’atmosphère été très courte. Elle a diminué rapidement pour quasiment s’annuler après le passage des masses d’air (il ne reste plus que les remises en suspension).
La concentration surfacique (dépôt) a augmenté par accumulation pendant le passage des masses d’air et pendant leur traîne puis elle a évolué en fonction des conditions locales. La contamination des sols et du biotope entraîne pour l’homme une exposition externe propre au sol et une exposition interne par les voies respiratoires et digestives (échanges de masse entre les différents composants de la chaîne alimentaire, réactions éventuelles dans le métabolisme humain ou animal)
Les premiers prélèvements et les premières mesures ont été fournis par les points systématiques de surveillance de la radioactivité de l’atmosphère, du sol et de la chaîne alimentaire et les points de veille autour des installations nucléaires. A partir de ces données, le calcul des doses reçues par la population a confirmé l’effet de dilution avec la distance. Sur la durée d’une existence soit 70 ans, les doses étaient en général inférieures ou de l’ordre de la dose naturelle (3 à 4 mSv/an, en France).
La dose naturelle varie selon les régions ou les pays. Sur des terres très riches en minerai, elle peut être 70 fois plus grande qu’en France.
Pour le niveau de dose obtenu, la CIPR (Commission Internationale de Protection Radiologique) et les accords internationaux laissent libres les décisions nationales concernant la conduite à tenir.
La CIPR est un organisme international qui émet des recommandations en matière de radioprotection des travailleurs et du grand public. En cas d’accident avec une exposition du public, elle a établi des seuils dont le dépassement implique des actions définies. Celles-ci peuvent aller de l’interdiction de consommation ou de commercialisation jusqu’à l’établissement de zone d’exclusion. En dessous du premier seuil de 10 à 100 mSv, cas de la France, les décisions nationales concernant la conduite à tenir sont libres.

Pour les rendre plus pratiques, les seuils sont traduits, denrée par denrée en Bq/l ou en Bq/Kg. L’échelle globale s’exprime en Bq/m2 de sol.

En France, les diverses actions menées ont porté sur

· la multiplication des mesures, la fiabilité de leur représentativité et de leur interprétation, la validation des modèles mathématiques. A terme, seules les valeurs de dépôt sont exploitables. La carte des concentrations surfaciques en Cs137 pour la France et l’Europe a été publiée en 2003.

Dans un schéma global de diminution de la contamination de l’Est à l’Ouest de la France et de l’arc alpin aux plaines, toutes sortes d’effets ponctuels peuvent se superposer. A cette difficulté vient se rajouter la variabilité des dimensions des taches et de leur dispersion.


Ainsi, pour le Cs137, les dépôts varient de 1000 jusqu’à plus de 30000 Bq /m2 selon la hauteur de pluie pour des points proches. D’une commune à l’autre, il peut exister un facteur de l’ordre de 100. En montagne, l’enneigement, l’exposition au vent d’une zone et l’ entraînement par les eaux de ruissellement vers le fond des vallées ou encore la simple présence d’arbres au point d’échantillonnage, peuvent entraîner des valeurs de dépôts ponctuelles de 350000 à 500000 Bq /m2.
En 2003, il subsiste, dans les zones les plus exposées, quelques sites au niveau de 30000 Bq /m2. Ailleurs et pour l’essentiel, les valeurs en Cs137 tournent autour de quelques milliers de Bq /m2, radioactivité des sols mesurée avant l’accident.

· le suivi de l’évolution de la contamination soumise aux phénomènes de lessivage et de concentration.

En mai 1986, la plupart des productions agricoles, fruitières et céréalières se trouvaient à un stade de développement très précoce et donc peu exposées au dépôt. Les produits d’élevage (prairies) et les légumes de saison (plein champ aux larges feuilles) l’étaient davantage L’évolution suit les saisons.

A titre indicatif, dans l’Est de la France, la radioactivité du lait de vache en Césium 137 a suivi celle de l’avancement saisonnier des pâturages, passant d’ une centaine de Bq/l en mai 86 à moins de 10 Bq/l à la fin de l’été pour remonter d’un facteur de l’ordre de 5 pendant l’hiver et revenir à 10 Bq/l jusqu’au printemps et repasser ensuite à quelques Bq/l à l’été 87. De nos jours, la radioactivité du lait de vache en Césium 137, dans la même région est de l’ordre de 1 Bq/l. En dehors des régions les plus touchées, la moyenne est de l’ordre du mBq/l. L’effet de la décroissance biologique est particulièrement net : plus d’un facteur 100 en quelques années au lieu d’un facteur 4 en 60 ans en ne tenant compte que de la seule décroissance radioactive.

En parallèle, toujours dans cette région, la radioactivité en Césium 137 de la viande de bœuf d’une centaine de Bq/kg en mai 86 a augmenté à l’été pour redescendre à une dizaine de Bq/Kg à l’entrée de l’hiver. Ces valeurs sont à comparer à la radioactivité naturelle d’un homme de 80 Bq/Kg et une norme de commercialisation acceptée à 300 Bq/Kg.

· la surveillance de la chaîne alimentaire et de l’importation de produits étrangers à nos frontières. Des dizaines de milliers de prélèvement ont été pratiqués par les services sanitaires. De nos jours, les niveaux de radioactivité des produits de consommation ou de commercialisation, déjà satisfaisants, ont encore baissé.

Quelques produits (champignons, gibier, thym..) ont concentré les éléments radioactifs et ont décru beaucoup moins rapidement. De nos jours, la radioactivité du thym est largement inférieure à la norme, celle des champignons et du gibier a peu décru. Pour ceux-ci, les 600Bq/Kg de la norme de commercialisation (qui inclut des considérations autres que celle de l’alimentation) peuvent être dépassés très localement. .Une consommation normale n’implique pas de mesures particulières.

· l’identification et l’étude des groupes d’individus ou des activités susceptibles d’être les plus touchés sur un site donné. De la fin des années 90 à nos jours, un maillage plus serré des mesures a été demandé sur des zones particulières à des fins sanitaires (Corse, Mercantour), économiques (côtes du Rhône), d’expertise (Sisteron), ou d’étude de cas particuliers (bas Rhône, Mercantour).

Un forestier dont le régime alimentaire serait basé sur une consommation exclusive des produits locaux pourrait recevoir une dose efficace de 1,5 mSv la première année et si l’on excepte les éléments de courte période qui interviennent les premiers mois. Ce niveau est tout à fait comparable à la dose naturelle engagée de 3 mSv par an.
Le régime particulier à base de lait et de produits laitiers rend les enfants sensibles aux iodes radioactifs captés par la thyroïde. Le calcul de dose a été effectué pour un enfant de la partie orientale de la Corse. En portant tous les paramètres à leurs valeurs les plus défavorables, la dose reçue serait de l’ordre de 50 mSv à comparer avec une dose moyenne pour les enfants corses de l’ordre de 10 mSv. La dose seuil déterminée par l’ICRP couvre la plage de 50 à 100 mSv.
Cette démarche a fait l’objet de critiques dés les premières annonces faites par le Directeur du SCPRI (service chargé à cette époque de la protection contre les rayonnements ionisants). Le principal auteur d’une critique infâmante a été jugé et condamné malgré ses recours en justice.

Les conséquences sanitaires    

Les conséquences des doses élevées sont bien connues. Pour des valeurs supérieures à environ 500 mSv, les effets vont en fonction de la dose reçue du décès rapide, des brûlures, des leucémies, à la perte des défenses immunitaires et aux cancers de toute nature. Le cancer d’origine radioactive ou d’autres facteurs cancérigènes n’est pas spécifique. Lorsque le facteur cancérigène dominant ne peut être trouvé, le cancer est dit « spontané ».
Dans la plage de 500 à 100 mSv, les relations de cause à effet sont encore observées mais avec un facteur de risque plus faible.
En dessous de 50 à 100 mSv, il s’agit de doses faibles à très faibles. De grandes discussions opposent les spécialistes entre eux au sujet d’un seuil d’innocuité et au sujet de l’extrapolation des relations observées pour les doses plus fortes.
Les outils à la disposition des radiobiologistes et des médecins sont les registres du cancer et les études épidémiologiques.

A ce jour, tous les documents concernant l’accident et publiés en Europe et dans le monde par les organismes médicaux indiquent clairement qu’à ce niveau de dose, le nombre de cancers spontanés continue de progresser sur le même rythme qu’avant l’accident donc sans augmentation anormale. Ce rythme est le même que le pays ait été exposé ou pas.

Il en est de même pour les trisomies 21, les malformations génétiques et autres anomalies génétiques. Dans ce domaine, le suivi des générations successives de descendants des irradiés d’Hiroshima et de Nagasaki a déjà montré qu’il n’y a pas de relation avec les doses reçues par leurs parents.
Pour un accident de degré 7 sur une échelle qui en compte 7, le syndrome d’Hiroshima et de Nagasaki revient et laisse imaginer quelques milliers de décès dans l’immédiat et à proximité de l’installation, puis, comme les cancers ont un temps de latence de quelques dizaines d’années, à une hécatombe dans les populations plus ou moins éloignées et à plus ou moins long terme. La réalité est toute autre : le nombre de décès, dans l’immédiat a été limité (33 dans les premiers jours, puis une centaine au cours des années suivantes) ; cette constatation montre bien la différence entre une bombe et un réacteur. Les dégâts économiques sont toujours en cours d’évaluation ( par définition toujours trop élevés, de l’ordre de millions de dollars) ; les conséquences sanitaires à plus ou moins long terme restent sujettes à tous les phantasmes.
Les prévisions à plus ou moins long terme, peuvent être effectuées avec les différents modèles de calcul existants. Portant sur des millions d’individus, le moindre changement d’hypothèse sur une loi physique ou sur un des paramètres de cette loi peut donner des résultats extravagants.

Cette incertitude est exploitée pour créer ou renforcer un sentiment de défiance vis-à-vis du scientifique soupçonné de je ne sais quel complot pour masquer une situation grave.

Par exemple, des calculs prévisionnels ont été effectués pour les 500000 personnes plus ou moins exposées qui résidaient dans les pays de l’ancienne CEI de Russie par le NRBP (National Radiological Protection Board du Royaume Uni). Le tableau des résultats indiquerait en fonction des doses calculées sur la vie entière des personnes exposées :
· environ 700 décès, par cancer chez les personnes évacuées de la zone interdite des 50 Km (2% des décès par cancer spontané)
· 2500 à 75000 décès par cancer pour la partie occidentale de la CEI,
· 1000 à 3000 décès par cancer pour les pays de l’Europe occidentale (moins de 0,02% des décès par cancer spontané).
En septembre 2005, l’UNSCEAR donne des chiffres plus fiables fondés en grande partie sur l’étude des habitants d’Hiroshima et de Nagasaki :

· 50 décès au premier semestre 2005 pour les intervenants des premiers jours avec une prévision de 4000 à terme pour une population de 600000 individus soit environ 3% des décès spontanés prévus
· quelques leucémies de nos jours pour les 5000000 de personnes exposées
De nos jours, 4000 cas déclarés de cancers de la thyroïde et 9 décès chez les enfants avec une prévision à long terme de 4000 cas supplémentaires.

Les méfaits d’une médiatisation outrancière    

Comme après tout accident grave, quelles qu’en soit les origines, et, surtout dans les zones à forte exposition une des principales manifestations sanitaires est d’ordre psychologique et sociétal. Les populations sont extrêmement sensibles aux informations et aux rumeurs. Ainsi, le taux de suicides a significativement augmenté et dans certains pays européens comme la Grèce ou l’Italie, sous la pression des informations apocalyptiques que des associations irresponsables ont propagées, le taux d’IVG a augmenté drastiquement.

Ce phénomène est plus marqué lorsque les populations n’ont pas été informées ou l’ont mal été et surtout lorsqu’elles n’ont pas été préparées avant l’accident. Toutes sortes de rumeurs circulent et augmentent le désarroi.

Le cancer thyroïdien en France

La thyroïde est une glande qui utilise l’iode pour sécréter des hormones indispensables à la croissance et au développement de l’enfant. En milieu contaminé, elle s’enrichit en iode radioactif comme l’I131.Le cancer de la thyroïde observé chez les enfants dans l’environnement et sous le vent de Tchernobyl a produit un effet sur les médias d’autant plus marqué qu’il s’agit d’enfants et que les images des enfants traités en France ont circulé abondamment.
Les effets de l’iode radioactif sont nettement apparus en 1990, pour les enfants de moins de 15 ans au moment de l’accident, avec une augmentation des cancers de la thyroïde sensible en Russie, nette en Ukraine et déjà importante en Biélorussie. Le suivi de ces enfants montre en Biélorussie des pointes de 80 à 90 cas déclarés par an pour une occurrence de 2 à 3 cas avant l’accident. Le suivi de la tranche d’âge située entre 15 et 29 ans indique que l’effet se poursuit chez les enfants devenus des adultes.

Pour tous les pays de la CEI, tous âges confondus, le nombre total des cas déclarés en 2005 était proche de 4000 (dont 9 décès à cause d’une prise en charge mal assurée).

Pour la population française, tous âges confondus, les registres du cancer du réseau Francim indiquent une augmentation continue des cancers depuis 1975. Sur la période de 1975 à 1995, l’incidence est passée de 0,6 à 3,1 pour 100000 habitants chez les hommes et de 2,1 à 5,7 pour 100000 habitants chez les femmes sans que cette croissance ne présente d’accélération particulière depuis 1990. Il faut donc s’attendre à une faible incidence de l’accident. Comme pour l’ensemble des cancers, le même taux de croissance est observé dans tous les pays même dans ceux qui n’ont pas été exposés comme les U.S.A. Ce phénomène est attribué d’une part au progrès technique et d’autre part à la politique de prévention. Ils permettent tous deux une détection précoce sur un nombre sans cesse plus grand de personnes.

Concernant les enfants, les études sont basées sur les registres de Franche –Comté et du Doubs, zones les plus touchées. Pour une population de 2,27 millions d’enfants de moins de 15 ans en 1986, le nombre de cas déclarés est trop petit pour autoriser un résultat significatif.

Un calcul de risque a été effectué sur les périodes 1991-2000 et 1991-2015 à partir de 6 modèles différents sans plus de résultats.

Bien d’autres éléments convergent vers une absence d’effet en France


· les doses à la thyroïde sont faibles même dans les régions les plus touchées de l’EST de la France et de Corse (en moyenne plus de 100 fois inférieures à celles des enfants des régions touchées autour de Tchernobyl) et très largement plus faibles que celles subies dans une radiothérapie,
· dans nos régions, l’occurrence est parfois plus forte à l’Ouest alors que la dose est de 10 à 100 fois plus faible qu’à l’Est,
· l’occurrence devrait être plus grande chez les enfants ce qui est contraire aux observations,
· en 2005, le temps de latence est largement dépassé : un phénomène significatif aurait déjà été repéré et une apparition tardive et soudaine d’un nombre élevé de cancers est peu plausible.

Conclusion    

Quelques points clé :

· insister sur le niveau de sûreté des réacteurs en Europe de l’Ouest et le savoir faire de nos agents,
· ne pas se laisser impressionner par les milliers, millions voire milliards de Bq,
· ne pas oublier l’accident de TMI,
· dissiper la fable du nuage ; il s’agit d’atmosphères contaminées par diffusion,
· bien montrer qu’en France et dans les autres pays peu exposés, les doses reçues ont été de 100 à 1000 fois plus faibles qu’autour de Tchernobyl. Laisser donc la discussion sur l’effet des faibles doses aux spécialistes. Retenir qu’il s’agit en général de très faibles doses souvent bien inférieures aux doses de provenance naturelle dont les effets n’ont jamais pu être observés.
· aligner les éléments contraires à une imputation des cancers thyroïdiens à l’iode radioactif relâché pendant l’accident.

Ceci n’a pas empêché le dépôt de 400 plaintes contre x pour manque de protection de la population contre les rayonnements ionisants. 230 ont été jugées recevables.

Cette fiche se veut une contribution à l’effort des mouvements de défense du nucléaire qui luttent contre l’information défectueuse voire orientée de certains médias.

La majorité des enfants de moins de 15 ans ignore tout de l’accident jusqu’au nom même de Tchernobyl, ceux qui sont plus âgés ont de vagues notions qui sont vite oubliées en entrant dans le monde du travail. Ensuite, d’une manière générale, le français s’intéresse peu à la politique et aux problèmes de l’énergie. Ne resteront dans les esprits que les connaissances apprises à l’école. Les façons d’aborder à l’école ces questions de sûreté et d’énergie et de poursuivre l’information de la population sont primordiales : soit sera entretenue la grande peur irraisonnée du nucléaire, soit se développera une vision plus responsable, basée sur des connaissances scientifiques et sur la réalité des faits. La prévention et la sûreté ne peuvent qu’être gagnantes.

REFERENCES    

Mêmes références que dans la précédente fiche 5
Comme indiqué en introduction, une des sources les plus importantes est le forum UNSCEAR de septembre 2005.
Une partie des références qui ont été ajoutées sont indirectement basées sur le rapport de l’UNSCEAR 2000 (2 tomes de 2 à 3 milliers de pages). Les autres sont tirées d’articles, de revues, de compte rendus de conférence et de travaux français, qui sont souvent accessibles sur Internet (plusieurs milliers d’articles, pour la seule année 2004). Les rapports des diverses commissions chargées en France de renseigner le pouvoir public et dirigées par des personnalités internationalement reconnues, et le rapport « 17 ans après » de l’IRSN contiennent des données et des analyses particulièrement intéressantes.
Consulter les fiches GASN 2, 5, 12
IRSN Tchernobyl 16 ans après, avril 2002
IRSN Tchernobyl 17 ans après, avril 2003
UNSCEAR 2000 Résumé par N.Priollaud
Les risques Tubiana
Dossier Tchernobyl GR21 mai 2001
Que doit on craindre d’un accident nucléaire ? R.Masse

Quelques questions sur les conséquences de l’accident de Tchernobyl A.Gourod

Enquêtes en Franche Comté Union régionale des médecins libéraux de FC 4/10/2001
Tchernobyl AEPN J.Frot
Tchernobyl : quelles conséquences sanitaires A.Aurengo
Calculs et modèles à l’épreuve des faits A.Aurengo
Radioactivité et santé Conf-Débat 6/11/2003 A.Aurengo
Evaluer les risques pour la santé des choix énergétiques Conf A.Aurengo
Tchernobyl des risques maîtrisés Priolhaud, Tubiana
Les silences de Tchernobyl Rencontre débat Sortir du nucléaire
Nucléaire et santé 15/01/04 JL Weneau
Revue Contrôle 01/04 F De Vathaire
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