1. PRINCIPES PHYSIQUES DE L'ENERGIE NUCLEAIRE 
1.1. Constitution des atomes et des
noyaux
Toute la matière qui nous entoure est constituée d'atomes.
Très approximativement, mais l'image nous suffira, un atome
peut être imaginé comme un minuscule système solaire,
formé d'un noyau tout petit mais où se trouve concentrée
presque toute la masse de l'atome, entouré d'un très
léger nuage d'électrons.
Le noyau est composé de deux sortes de particules appelées
nucléons : d'une part des protons portant chacun une charge
électrique élémentaire positive, d'autre part
des neutrons très semblables, hormis le fait qu'ils ne portent
pas de charge électrique. Les électrons, eux, près
de deux mille fois plus petits, portent chacun une charge électrique
élémentaire négative.
Comme l'atome est normalement électriquement neutre, il
y a le même nombre Z de protons dans le noyau que d'électrons
autour. Ce nombre, appelé numéro atomique, peut aller
de 1 à 92 et définit l'élément chimique
; par exemple, les atomes d'hydrogène ont un proton et un
électron ; à l'autre extrême de la table des
éléments naturels qu'avait établie Mendeleïev,
se trouve l'uranium : 92 protons et 92 électrons.
Pour un même élément caractérisé
par Z, on peut souvent repérer des atomes différant
par le nombre N de neutrons associés aux Z protons du noyau
: dans ce cas, on parle d'isotopes et on les distingue par le nombre
A = Z + N de nucléons, appelé nombre de masse car
il caractérise approximativement la masse de l'atome. Par
exemple, l'hydrogène naturel a deux isotopes, l'hydrogène
1 (1 proton, 1 électron, 0 neutron) et l'hydrogène
2, également appelé deutérium (1 proton, 1
électron, 1 neutron) ; de même, l'uranium naturel a
deux isotopes principaux, l'uranium 235 (92 protons, 92 électrons,
143 neutrons) et l'uranium 238 (92 protons, 92 électrons,
146 neutrons). |
1.2. Énergie de liaison des noyaux
La cohésion de l'atome est assurée par des forces de
liaison. Les électrons restent liés au noyau grâce
aux forces électriques attractives entre charges positives
(les protons du noyau) et négatives (électrons). Ces
mêmes forces électriques, répulsives entre les
charges toutes positives des protons, auraient tendance à faire
exploser le noyau ; mais sa cohésion est assurée par
une autre force, dite « nucléaire », qui a pour
caractéristiques, comme une forte colle, d'être extrêmement
intense mais à très courte portée, c'est-à-dire
intervenant seulement au contact entre deux nucléons.
Grâce à cette force nucléaire, le noyau, tel
une goutte d'eau, prend une forme à peu près sphérique.
Pour assurer le meilleur compromis entre les forces attractives
et répulsives, il faut que la proportion neutron/proton soit
adéquate, environ 50/50 pour les petits noyaux et 60/40 pour
les gros. C'est la raison pour laquelle chaque élément
n'a qu'un petit nombre d'isotopes stables ; les autres isotopes,
ceux pour les quels la proportion n'est pas optimale, sont radioactifs,
c'est-à-dire se transforment spontanément, selon une
loi probabiliste exponentielle et à un rythme variable selon
les exemples, pour se transformer en un noyau stable. De même,
les noyaux trop gros se désintègrent par radioactivité
(généralement en éjectant quatre nucléons)
pour réduire leur masse. Les noyaux sont d’autant plus
stables que l’énergie de liaison est grande (voir la
courbe ci-dessous quand on va de A vers B)
La stabilité se traduit par un maximum de l'énergie
de liaison (l'énergie de liaison est l'énergie qu'il
faudrait fournir pour casser la liaison) : si un processus peut
accroître l'énergie de liaison, il libère de
l'énergie s'il se produit. C'est comme un rocher qui chute
du sommet d'une montagne : en se rapprochant du sol, il accroît
sa liaison avec la Terre et libère de l'énergie lui
permettant d'acquérir une vitesse de plus en plus grande.
|
2. FISSION
ET FUSION
2.1. Principes
De même que l'amitié au sein d'une bande de copains est
plus chaleureuse s'ils sont ni trop nombreux ni trop peu nombreux,
de même l'énergie de liaison des noyaux est plus intense
pour les noyaux de masses intermédiaires que pour les noyaux
très gros ou très petits. On accroît l'énergie
de liaison, en libèrant donc de l'énergie contenue dans
les noyaux, soit en cassant un gros noyau pour en faire de plus petits
- c'est la fission -, soit en en réunissant deux petits noyaux
pour en faire un plus gros - c'est la fusion -. Ces
deux processus, s'ils se sont réalisés, produisent
une quantité phénoménale d'énergie,
typiquement, à masse égale, un million de fois plus
qu'une réaction chimique telle la combustion du charbon.
PUF – Que sais-je ? n° 317, 1999
– Paul Reuss
Courbe de libération d'énergie par fusion et fission
|
2.2. Fission induite par neutron et réaction en chaîne
L'histoire a voulu que les premières applications de l'énergie
de fission soient associées aux bombes qui anéantirent
Hiroshima et Nagasaki en août 1945. Malgré les spectaculaires
réalisations pacifiques pour la production d'électricité
qui ont suivi les années de guerre, ce "péché
originel" est resté attaché aux mots "atomique"
et "nucléaire".
Le neutron va s'avérer le "projectile" adéquat
pour provoquer la fission : ne portant pas de charge électrique,
il peut s'approcher sans difficulté d'un noyau "cible"
; sensible à la force nucléaire, il peut se lier aux
autres nucléons et, ce faisant, dégager dans le noyau
l'énergie de la liaison et ainsi le déstabiliser ; si
cette perturbation est suffisante, la fission se produit. Il se trouve
que la fission libère quelques neutrons à l'état
libre, en moyenne deux ou trois : au cours de leur pérégrination
dans le système, l'un ou l'autre de ces neutrons ira peut-être
percuter un autre noyau lourd, provoquant sa fission, libérant
quelques nouveaux neutrons, susceptibles d'induire de nouvelles fissions
et ainsi de suite : c'est la réaction en chaîne.
Cette réaction en chaîne peut être explosive
: c'est ce qui sera réalisé dans une bombe. Dans un
réacteur, au contraire, la réaction est maîtrisée,
et même autocontrôlée, ce qui conduira à
un rythme constant de fissions, donc à une puissance délivrée
constante. Par construction, un réacteur ne peut pas devenir
une bombe.
En pratique, parmi les noyaux de la nature, seul l'isotope 235
de l'uranium subit facilement la fission, et peut donc être
utilisé soit dans une bombe, soit dans un réacteur.
Il faut y ajouter quelques noyaux artificiels pouvant jouer le même
rôle : les principaux sont le plutonium 239, l'uranium 233.
|
2.3. Fusion
Comparativement à la fission, la fusion est plus difficile
à obtenir car il faut mettre en contact deux noyaux pour que
la force nucléaire les réunisse ; mais la répulsion
électrique s'oppose à ce rapprochement. La seule solution
connue pour réaliser la fusion est de porter les réactifs
à une très haute température, de l'ordre de cent
millions de degrés, de façon que les collisions entre
les noyaux alors dépouillés de leurs électrons
soient suffisamment violentes pour surpasser la répulsion.
En utilisant deux isotopes de l'hydrogène, le deutérium
(naturel) et le tritium (radioactif, artificiel), on sait faire cela
dans les bombes dites "à hydrogène" où
une bombe à fission sert d'"allumette" pour chauffer
les réactifs ; les physiciens tentent de maîtriser la
réaction dans des machines à plasma (matière
à très haute température) et espèrent
aboutir un jour à des réacteurs industriels producteurs
d'énergie.
|
3. PLACE DE L’ELECTRONUCLEAIRE 
3.1. Historique des développements
de l'énergie nucléaire
La saga de l'énergie nucléaire de fission démarra
avec les travaux de Fermi et son équipe en 1942, puis la construction
de réacteurs à graphite destinés à produire
le plutonium nécessaire aux bombes. Dès la fin des
hostilités, de nombreux pays se sont lancés dans d'ambitieux
programmes de développement de l'énergie nucléaire
à usage pacifique. En France, par exemple, le Commissariat
à l'énergie atomique (CEA) fut créé
dès le 18 octobre 1945 par une ordonnance signée par
le général De Gaulle. Trois ans plus tard, les chercheurs
du CEA faisaient « diverger » (démarrer) à
Fontenay-aux-Roses le petit réacteur à eau lourde
appelé « Zoé » (aujourd'hui transformé
en musée). Un effort de recherche et développement,
puis d'industrialisation des filières UNGG , à neutrons
rapides et REP suivit. La plupart des pays industrialisés
menèrent également des recherches et, pour beaucoup
d'entre eux, des constructions de réacteurs de puissance.
La France, cependant, mena l'effort le plus notable à la
suite de décisions politiques volontaristes, prises au début
des années 1970, pour engager un vaste programme d'équipement
en réacteurs à eau sous pression, avec les usines
associées, de façon à pallier l'absence quasi
totale de sources d'énergie fossiles sur le territoire national.
Aujourd'hui la France se détache nettement en terme de pourcentage
de nucléaire dans la production d'électricité
: environ 75 %. Les 25 % restant sont assurés par l'hydraulique
(18 %) et les énergies renouvelables). Cela lui assure une
indépendance énergétique sans laquelle elle
serait dépendante d’autres nations.
|
3.2. Place de l'électronucléaire, aujourd'hui, dans
le Monde
Bien que relativement loin dans le classement en terme de pourcentage
de nucléaire pour la production d'énergie électrique,
et bien que n'ayant pas démarré de centrale nucléaire
depuis plus de vingt ans, les États-Unis restent en tête
si l'on considère le nombre de réacteurs ou la puissance
installée. Dans le peloton de tête, on peut aussi repérer
le Japon (qui, comme la France, ne dispose pas d'énergie fossile)
ainsi que la Russie et ses anciens satellites ; plusieurs pays d'Extrême-Orient
(Corée du Sud, Taïwan, Chine...) ont aussi des programmes
ambitieux. La situation des pays de l'Union européenne est
très contrastée : certains (Royaume-Uni, Belgique, Finlande,
Espagne...), comme la France, ont développé la technologie
nucléaire ; d'autres (Italie) ont renoncé au nucléaire,
ou parlent de le faire (Suède, Allemagne...) ; enfin, d'autres
(Danemark, Irlande, Portugal, Grèce...) ne s'y sont pas lancés.
|
| Pays |
Installée
GWe (Nbre) |
Enconstruction
GWe (Nbre) |
Commandée
GWe (Nbre) |
Elect.
Nuclé.
% |
| Etats - Unis |
98,1 (104) |
- - |
- - |
20 |
| France |
63,2 (59) |
- - |
- - |
76 |
| Japon |
43,5 (53) |
4,5 (4) |
5,8 (5) |
35 |
| Allemagne |
21,3 (19) |
- - |
- - |
31 |
| Russie |
19,8 (29) |
10,6 (12) |
3,8 (4) |
15 |
| Canada |
14,9 (21) |
- - |
- - |
12 |
| Corée du Sud |
12,9 (16) |
3,8 (4) |
3,8 (4) |
41 |
| Royaume-Uni |
12,5 (33) |
- - |
- - |
23 |
| Ukraine |
11,2 (13) |
>3,8 (4) |
- - |
45 |
| Suède |
9,4 (11) |
- - |
- - |
40 |
| Espagne |
7,5 (9) |
- - |
- - |
28 |
| Belgique |
5,7 (7) |
- - |
- - |
55 |
| Taiwan |
4,9 (6) |
2,6 (2) |
- - |
25 |
| Bulgarie |
3,5 (6) |
- - |
- - |
49 |
| Suisse |
3,2 (5) |
- - |
- - |
38 |
| Lituanie |
2,8 (2) |
- - |
- - |
74 |
| Inde |
2,7 (15) |
0,9 (1) |
3,6 (8) |
4 |
| Finlande |
2,6 (4) |
- - |
- - |
30 |
| Rép. Tchèque |
2,5 (5) |
0,9 (1) |
- - |
20 |
| Slovaquie |
2,4 (6) |
0,8 (2) |
- - |
53 |
| Chine |
2,1 (3) |
6,3 (9) |
- - |
1 |
| Brésil |
1,9 (2) |
- - |
- - |
1 |
| Afrique du Sud |
1,8 (2) |
- - |
- - |
7 |
| Hongrie |
1,8 (4) |
- - |
- - |
5 |
| Mexique |
1,3 (2) |
- - |
- - |
5 |
| Argentine |
0,9 (2) |
0,7 (1) |
- - |
7 |
| Roumanie |
0,7 (1) |
2,5 (4) |
- - |
10 |
| Slovénie |
0,6 (1) |
- - |
- - |
24 |
| Pays-Bas |
0,5 (1) |
- - |
- - |
4 |
| Pakistan |
0,4 (2) |
- - |
- - |
2 |
| Arménie |
0,4 (1) |
- - |
- - |
33 |
| Corée du Nord |
- (-) |
1,9 (2) |
- - |
- |
| Iran |
- (-) |
1,0 (1) |
- - |
- |
| Monde |
357,2 (444) |
40,2 (48) |
17 (21) |
16 |
| Si l'on examine la répartition par filières, on voit que les réacteurs
à eau sont largement majoritaires (les deux tiers en technologie pressurisée
et un tiers en technologie bouillante) ; l'essentiel du reste vient
des CANDU et des RBMK ; ces derniers, ainsi que les Magnox et AGR,
sont en fin de vie ; les réacteurs à neutrons rapides et les autres
filières n'apportent que des contributions aujourd'hui négligeables. |
Filières |
Puissance
Installée
(Gwe) |
Nombre d'unité |
Parc
électronucléaire au 31/12/2000
Ventillation par filières
Source : ELECNUC, 2001 |
| Magnox et AGR |
11,3 |
32 |
| RBMK |
13,0 |
17 |
| Eau lourde |
21,6 |
41 |
| REP (PWR) |
199,1 |
208 |
| VVER |
31,8 |
50 |
| BWR |
79,1 |
91 |
| Rapide |
1,1 |
4 |
| Divers |
0,2 |
1 |
Total |
357,2 |
444 |
|
4. ASPECTS INDUSTRIELS DE L'ENERGIE
ELECTRONUCLEAIRE 
4.1. Le cycle du combustible nucléaire
Outre les réacteurs eux-mêmes, la mise en place de l'énergie
électronucléaire suppose tout un ensemble d'usines et
d'installations nécessaires pour ce qu'on appelle le «
cycle du combustible ». |
Il s'agit, en amont, de tout ce qui va de la mine d'uranium jusqu'aux
éléments de combustible à charger en coeur
: extraction et purification du minerai, enrichissement, conversion
en oxyde et fabrication du combustible. En aval, après quelques
années de « refroidissement » en piscine pour
laisser baisser le niveau de radioactivité, le combustible
est entreposé et, s'il y a lieu, retraité avant le
stockage définitif soit des assemblages en l'état,
soit des déchets non recyclables.
Les pays qui ont le plus développé l'énergie
nucléaire, tels la France, ont aussi mis en place tout ou
partie des installations du cycle ; d'autres, préfèrent
acheter à l'extérieur leur combustible et, éventuellement,
font retraiter les éléments irradiés.
|
PUF – Que sais-je ? n° 317,
1999 – Paul Reuss
Le cycle du combustible nucléaire pour les réacteurs
à eau |
4.2. Économie du nucléaire
Le choix d'une source d'énergie fait intervenir de nombreux
aspects : technologiques, politiques, environnementaux... ; le premier
critère est évidemment celui du coût de l'électricité
produite. Ce coût dépend des conditions locales, notamment
du niveau de développement technologique du pays concerné,
et des hypothèses de calcul économique, notamment du
taux d'intérêt des capitaux. En ce qui concerne le nucléaire,
on peut retenir trois idées essentielles : 1/ dans la conjoncture
française actuelle, l'électricité d'origine nucléaire
est compétitive avec celle obtenue à partir des autres
sources fossiles, charbon et gaz, surtout pour un fonctionnement «
en base » ; 2/ comme la technologie est plus délicate,
la part « investissement » est sensiblement plus élevée
; 3/ en revanche, la part « combustible » est faible et,
dans cette part, le poste « uranium naturel » est lui-même
faible : contrairement à celui des autres énergies fossiles,
le coût du kilowatt-heure nucléaire est donc très
peu sensible aux fluctuations éventuelles des cours de l'uranium
et serait peu affecté en cas de crise sur ce marché.
|
5. NUCLEAIRE ET SOCIETE 
5.1. Les risques associés à
l'exploitation des réacteurs
Comme toute industrie, l'industrie nucléaire présente
des risques et a eu à déplorer des accidents. Aux risques
usuels (chutes, incendies, inondations, séismes...), s'ajoute,
dans ce cas, le risque lié à la radioactivité.
En particulier, il faut tout faire pour éviter que les produits
confinés au sein du combustible nucléaire (produits
de fission et noyaux lourds transmutés) ne se répandent
dans l'environnement.
Les spécialistes ont, dès l'origine, été
extrêmement sensibles aux risques que présentent les
réacteurs et les autres installations du cycle du combustible
nucléaire, notamment le retraitement : cela les a amenés
a mettre en oeuvre des actions de prévention tout à
fait exceptionnelles par rapport à ce qui se fait dans la
plupart des autres branches industrielles. Les statistiques montrent
que cet effort a été payant, même si quelques
accidents se sont produits, en particulier Three Miles Island en
1979, qui n'a pas fait de victime, et Tchernobyl en 1986, dont le
bilan complet n'a pas pu être établi (la « cohorte
» des « liquidateurs », notamment, n'a pas été
suivie médicalement).
La sûreté du nucléaire passe par la prévention
(éviter un accident) et par la protection (réduire
les conséquences d'un accident s'il se produisait en dépit
de toutes les actions de préventions). Cela se décline
sur différents modes : la connaissance physique approfondie
des systèmes, notamment en séquence accidentelle,
la conception, l'exploitation, la maintenance, la sensibilisation
et la formation du personnel, la mise au point de plans d'intervention
grâce à des exercices... Le principe général
est une « défense en profondeur » : en cas de
défaillance à un certain niveau, le relais est assuré
à un autre niveau ; ainsi, trois barrières, au moins,
sont interposées entre les produits radioactifs et l'environnement
: par exemple, pour les réacteurs à eau sous pression,
les gaines des crayons combustibles, le circuit primaire, puis l'enceinte
(voire la double enceinte) de confinement du bâtiment du réacteur.
(C'est parce qu'il n'y a pas d'enceinte de confinement pour les
réacteurs RBMK que l'accident de Tchernobyl fut si dramatique
; a contrario, cette enceinte a montré son efficacité
dans le cas de Three Mile Island.)
En pratique, la sûreté est contrôlée
par l’Autorité de Sûreté Nucléaire
(ASN) constituée par la Direction Générale
de Sûreté Nucléaires et de Radioprotection (DGSNR)
pouvant seule délivrer l'autorisation de mise en fonctionnement
d'une installation nucléaire ; cette Autorité regroupe
les anciennes structures de l'Institut de Protection et Sûreté
Nucléaire (IPSN) et de l’Office de Protection contre
les Rayonnements Ionisants (OPRI). L’ASN, organisme interministérielle,
surveille les Installations Nucléaires de Base (INB) durant
toute son existence, notamment en effectuant de nombreuses inspections.
|
5.2. Le recyclage des matières fissiles
Le retraitement en vue du recyclage des matières fissiles est
aussi une question qui suscite des interrogations dans l'opinion.
En particulier, on peut se demander, d'une part, si l'opération
est économiquement rentable, d'autre part, si la gestion de
masses relativement importantes de matières sensibles ne présente
pas un risque de détournement par des organisations mal intentionnées.
En ce qui concerne le premier point, nous avons vu qu'une saine utilisation,
à long terme, des ressources naturelles que sont l'uranium,
puis le thorium, passe par la surgénération, donc par
un retraitement systématique. On peut arguer, toutefois, qu'il
n'y a pas urgence, puisque les réserves sont suffisantes pour
une utilisation de l'uranium, sans recyclage et au rythme actuel,
pendant un siècle. En ce qui concerne le second point, le risque
paraît limité ainsi que cela est expliqué plus
loin. Il paraît clair, en tout cas, que l'utilisation du plutonium
en réacteurs n'engendre guère plus de risque d'accident
que l'uranium. 5.3. La gestion des
déchets nucléaires
Le problème du devenir des déchets nucléaires
préoccupe également fortement les citoyens sensibilisés.
Ce problème se présente à deux niveaux.
La plus grosse partie des déchets des réactions nucléaires
sont des produits de fission pour la plupart de périodes
courtes ou moyennes (au maximum 30 ans) : ces produits sont stockés
en surface et surveillés ; au bout de trois siècles
environ, leur radioactivité se sera quasi complètement
éteinte, ce qui aura résolu spontanément et
totalement le problème.
L'autre partie, essentiellement des noyaux lourds transmutés
mais non fissionnés, est constituée de produits de
beaucoup plus longues périodes, jusqu'à des millions
d'années, mais d'activité relativement modeste. Ce
sont ces produits, « légués » à
nos lointains descendants, qui posent un problème éthique.
La solution la plus évidente consisterait à les stocker
à grande profondeur dans des formations géologiques
adéquates, en attendant leur lente décroissance radioactive.
Une solution plus radicale consisterait à les incinérer.
Des réacteurs spécialisés pour cela ou, mieux,
des machines produisant des flux intenses de neutrons par des réactions
dites de « spallation » sont étudiés.
La loi de 1991 adoptée par le Parlement français a
sagement préconisé une période de quinze années
de recherches avant que ne soient prises les décisions sur
la gestion de ces déchets (ces décisions ne sont pas
urgentes car les masses qu'il faut entreposer en attendant sont
modestes et faciles à surveiller).
5.4. Le risque de prolifération
Après la guerre et les explosions nucléaires au-dessus
de deux grandes villes japonaises, puis la « course aux armements
», le risque de prolifération a été très
vivement perçu par l'opinion. En particulier, c'est essentiellement
pour contrôler ce risque qu'a été créée
l'Agence internationale à l'énergie atomique (AIEA)
: il fallait éviter que l'arme nucléaire puisse être
acquise par de trop nombreux pays, en particulier par ceux qui n'auraient
pas hésité à s'en servir.
Ce risque de prolifération est réel, certes, comme
l'ont montré, les exemples de l'Irak, de la Corée
du Nord et d'autres. Acquérir l'arme nucléaire n'est
cependant pas une opération aisée : d'une part, il
faut se procurer la matière (pour une bombe, une dizaine
de kilogrammes de matière fissile de haute qualité
isotopique), soit par enrichissement de l'uranium naturel, soit
par conversion de l'uranium 238, voire du thorium, une opération
difficile, vu les contrôles de l'AIEA ; d'autre part, la technologie
d'une explosion efficace est loin d'être simple, même
si les principes généraux sont connus - et même,
aujourd'hui, disponibles sur Internet ! -, surtout si l'on veut
mettre en oeuvre la fusion thermonucléaire.
|
6. CONCLUSIONS 
Pour un développement durable : l'énergie nucléaire
est-elle inévitable ?
L'énergie nucléaire de la fission, et peut-être
un jour de la fusion, n'est pas la solution unique que certains ont
cru y voir. Au contraire, les autres sources d'énergie méritent
toutes d'être prises en considération et développées
: il est clair que chacune à son « créneau »
privilégié d'application.
Cependant, compte tenu des réserves limitées des
sources classiques, des potentialités également limitées
des énergies renouvelables et des besoins de l'humanité
qui ne peuvent que croître, il paraît impensable - sauf
à imaginer une source d'énergie totalement inconnue
aujourd'hui - de voir l'avenir lointain sans la fission et la surgénération.
|
7. REFERENCES
[EN] Paul REUSS, L'énergie nucléaire, PUF, Que sais-je
n° 317, 1999.
[Ne] Paul REUSS, La neutronique, PUF, Que sais-je n° 3307, 1998.
[IU] CEA, Informations utiles, édition 2001.
[Élecnuc] CEA, Les centrales nucléaires dans le monde,
édition 2001.
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