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LA FUSION PAR CONFINEMENT
INERTIEL (Marc NOVARO)
Cet article a été rédigé en
s’appuyant sur un rapport préparé par
l ‘Académie des Sciences, sur demande du Conseil
Interministériel de la Recherche, intitulé "La
Fusion Nucléaire, de la recherche fondamentale à
la production d'énergie", qui est sorti
en 2007.
1. INTRODUCTION 
La production d'énergie est au cœur des préoccupations
de tous les États avec d’une part, la pénurie
prochaine de certaines ressources, comme le gaz naturel et
le pétrole et d’autre part, les effets des émissions
de gaz carbonique qui pourraient bouleverser le climat trop
rapidement pour que l’humanité ne puisse s’y
adapter dans de bonnes conditions.
Le monde, et les scientifiques en particulier, se trouvent
donc face à un défi majeur :
• soit permettre à tous d'accéder à
l'énergie selon les modalités existantes,
• soit inventer un nouveau mode de production énergétique
indispensable au développement.
Dans cette deuxième hypothèse la fusion est
une voie prometteuse sur le long terme.
A son avantage, les ressources en combustibles de fusion sont
facilement accessibles et pratiquement inépuisables
et les déchets radioactifs ne posent pas de problème
environnemental insupportable.
Par contre, pour que la fusion contribue massivement un jour
à la production d’électricité,
le chemin reste long et escarpé car de très
nombreux défis tant scientifiques que technologiques
sont encore à lever.
Si l'énergie issue de la fission d'éléments
lourds est maîtrisée depuis un demi-siècle,
il en va différemment de l'énergie issue de
la fusion des éléments légers (hydrogène,
deutérium et tritium). En effet, cette fusion ne peut
intervenir qu'à des températures très
élevées (plusieurs millions de degrés)
et pose des problèmes inédits tels que par exemple
la mise en œuvre de matériaux résistants
à des flux très élevés de neutrons
et de photons.
Sur le plan international, les recherches sur l’énergie
de fusion se structurent aujourd’hui autour de trois
grands projets expérimentaux :
• d’une part, la machine ITER (le «chemin»
en latin) pour la fusion dite « magnétique »,
fruit d’une coopération internationale qui sera
implantée à Cadarache (voir la fiche n°
16 du GASN),
• d’autre part, les Laser Mégajoule (LMJ)
et National Ignition Facility (NIF) pour la fusion «
inertielle », qui sont en cours de construction respectivement
à Bordeaux et à Livermore (États-Unis).
Un projet Hiper (High Power laser Energy Research) en phase
de démonstration de la faisabilité est lancé
dans le cadre de la Communauté Européenne.
L’Europe est très présente autour de la
voie du confinement inertiel avec les projets LMJ (construit
actuellement en région bordelaise et financé
entièrement par la France) et HIPER (en phase de pré-étude
financée par l’Europe).
2. LE PHENOMENE DE FUSION 
La fusion se produit lorsqu’on crée les conditions
pour que la collision de deux noyaux d’atomes légers
entraîne la création d’un noyau plus lourd
avec diminution de la masse totale du système. La masse
perdue se retrouve dans l’énergie cinétique
des produits de la réaction, comme le prédit
la relativité et par là libère une grande
quantité d’énergie.
La réaction la plus facile à réaliser
est la fusion des noyaux de deutérium (D) et de tritium
(T), les deux isotopes de l’hydrogène. Au cours
d’une fusion sont créés un noyau d’Hélium
4 de très grande énergie cinétique et
un neutron contenant à lui tout seul 80 % de l’énergie
produite par la réaction. Ce phénomène
est celui qui est la source d’énergie dans notre
étoile solaire.
Pour atteindre cela il faut chauffer le mélange de
gaz à des températures supérieures à
100 millions de degrés.
Cette réaction très exothermique présente
l’intérêt supplémentaire de n’impliquer
que des produits abondants et bon marché. En effet,
le deutérium existe dans l’eau de mer à
une concentration de 33 mg par litre et le tritium se fabrique
à partir du lithium, élément bon marché
et présent en grande quantité dans l’écorce
terrestre.
La fusion complète d’un gramme de mélange
DT équimoléculaire libère environ 94
MWh, soit l’équivalent de la combustion d’une
dizaine de tonnes de charbon.
3. L’IMPLOSION PAR EFFET FUSEE 
L’idée à la base de la fusion par confinement
inertiel (FCI) est de faire imploser une capsule sphérique
(également appelée cible) contenant un mélange
de deutérium (D) et de tritium (T) gelé a des
températures très basses (à quelques
degrés Kelvin seulement soit autour de – 230
degrés Celcius).
On place cette cible dans le vide et on l’attaque par
des faisceaux laser très intenses et de courtes durées
(quelques milliardième de seconde). Sa paroi externe
absorbe le rayonnement laser et est transformée en
plasma très dense sous l’effet de l’élévation
de température. Celui-ci se détend rapidement
vers le vide ce qui, par effet fusée, entraîne
l’implosion de la capsule et la compression du mélange
D-T fusible.
Sous certaines conditions, par l’effet de la coalescence
d’ondes de choc, la densité, la température
et la pression atteignent simultanément, au centre
de la cible comprimée, les valeurs requises pour que
démarrent les réactions de fusion :
• température de l’ordre de 100 millions
de degrés Celcius,
• densité de la matière compressée
de l’ordre de 100 g/cm3, soit environ 100 fois la densité
de l’eau,
• pression de l’ordre d’une centaine de
milliard de Bars.
On dit que l’on a créé un point chaud.
Tant que cette situation se maintient, c’est-à-dire
avant que la cible se désagrège, l’énergie
thermonucléaire se dégage (d’où
le terme de confinement inertiel).
L’objectif est donc de maintenir ces conditions le plus
longtemps possible pour « brûler » tout
le combustible D-T contenu dans la cible. Pour que le gain
(rapport de l’énergie thermonucléaire
dégagée à l’énergie initialement
délivrée à la cible) puisse être
supérieur à l’unité, il est souhaitable
de ne porter aux conditions d’allumage qu’une
partie du combustible pour permettre au reste du combustible
de brûler et donc de fournir de l’énergie.
C’est le concept d’allumage par point chaud, sorte
d’allumette à partir de laquelle le reste de
la cible s’enflamme.
Les installations construites actuellement (LMJ – NIF)
visent justement à atteindre ce seuil de rentabilité
(gain unitaire ou Break-even en Anglais), voire le dépasser
d’un ordre de grandeur.
Comment atteindre 100 millions de degrés avec
le confinement inertiel ? Deux voies sont actuellement
testées :
• La méthode traditionnelle par la création
d’un point chaud central dans la cible :
Le point chaud se forme au centre de la cible et le laser
doit assurer simultanément la compression du combustible
cryogénique en créant le minimum de pertes
dans la cible (minimum d’entropie) et le chauffage
du point central aux températures requises.
• L’ignition rapide avec la création
d’un point chaud par un laser annexe :
Une variante récente et innovante consiste à
utiliser deux types de laser, l’un pour comprimer
la matière comme dans la méthode traditionnelle,
l’autre, très intense dans le domaine des pétawatts
(1015 Watts), pour créer un point chaud
en fin de compression de la cible. L’avantage essentiel
de la nouvelle méthode réside dans la dissociation
des phases de compression et de chauffage ce qui permettrait
d’augmenter le rendement des réactions d’un
ordre de grandeur et par là réduire d’autant
la puissance des lasers à mettre en oeuvre.
4. LE PRINCIPE D’UNE INSTALLATION LASER
Une installation pour le confinement inertiel comporte
deux parties principales :
4.1. LE LASER IMPULSIONNEL
Alimenté par son banc d’énergie, il
est chargé d’apporter l’énergie
requise pour imploser la cible. Dans le cas d’une installation
visant d’obtenir le Break-even, il doit pouvoir délivrer
des impulsions ayant les caractéristiques suivantes
:
• Energie laser : quelques MJ (millions de joules) ;
• Intensité lumineuse sur cible : quelques centaines
de pétawatts/cm2 ,
• Durée de l’impulsion laser très
courte : quelques 10 ns (milliardièmes de seconde),
• Rendement : quelques millièmes,
• Cadence de tir : 1 à quelques tirs par jour.
Pour passer d’une installation de démonstration
(telle que le LMJ ou le NIF) à un réacteur visant
à produire de l’énergie, il faudra améliorer
le rendement du laser jusqu’à 10% et porter la
cadence de tir à 1, voire 10 tirs par seconde. Pour
ce faire, le verre dopé au Nd, qui constitue à
ce jour le matériau amplificateur le plus efficace,
pourrait laisser la place à des cristaux dopés.
On devrait également envisager des techniques complètement
différentes, comme les accélérateurs
d’ions lourds ou les strictions magnétiques,
si la fragilité des optiques aux flux laser intenses
dans les lasers s’avérait difficile à
contourner.
4.2. LA CHAMBRE DE REACTIONS
De forme sphérique (d’un diamètre de l’ordre
de 10 m), en son centre ont lieu les micro-implosions produisant
l’énergie de fusion thermonucléaire. Elle
assure en outre, une triple fonction :
• Elle permet de maintenir un vide suffisant autour
de la cible pour que l’énergie du laser puisse
se propager jusqu’à la cible ;
• Elle constitue la première barrière
de confinement entre le foyer thermonucléaire que l’on
peut considérer comme ponctuel, et son environnement
(protection contre les bouffées très rapides
de quelques dizaines de picosecondes, des rayonnements émis
: neutrons, rayonnement X , particule ??…) ;
• Elle maintient les équipements de mesure qui
permettent de qualifier la performance des micro-explosions.
A ces unités de base il faut ajouter des unités
de maintenance et de production des cibles ainsi qu’un
ensemble informatique puissant pour commander et enregistrer
les résultats des tirs.
5. LE PROJET MEGAJOULE
Le LMJ est conçu pour obtenir l’ignition
et la combustion d’un mélange de deutérium-tritium
avec un gain supérieur à un.
Le laser a été dimensionné pour délivrer
une énergie de 1 à 2 MJ en sortie du laser.
Pour l’obtenir, avec une marge de sécurité
raisonnable, 240 faisceaux laser ont été prévus.
Le verre dopé au néodyme a été
conservé comme milieu actif, pour ses qualités
de stockage d’énergie et parce que sa technologie
est maîtrisée et bien développée.
Les 176 faisceaux du LMJ sont constitués en fait
de 22 chaînes comportant chacune huit faisceaux. Ces
22 chaînes sont implantées dans deux halls
laser situés de chaque coté de la salle d’expériences
contenant la chambre de réactions.
La réalisation du bâtiment de plus de 400 m
de long, est à ce jour terminée et la chambre
de réaction est en place au centre d’une salle
d’expérience. Les chaînes lasers, dont
la conception a été validée en grandeur
réelle en construisant, par avance, un prototype
industriel appelé la ligne d’intégration
laser (LIL), sont en cours de construction et devront commencer
à tirer autour de 2012- 2013.
6. LES ATTRAITS DE LA FUSION PAR CONFINEMENT INERTIEL
L’extrapolation des moyens mis en place actuellement
pour construire un réacteur basé sur cette
filière permet de mettre en avant des avantages sérieux
:
Tout d’abord, comme nous l’avons déjà
noté, le combustible potentiel n’est pas limité.
Le plus remarquable est aussi qu’au plan de la sécurité
nucléaire, il n’y a aucun risque d’emballement
comme dans les réacteurs à fission, car en
cas d’incident, l’interruption de l’alimentation
en cibles ou l’arrêt du laser stoppe le fonctionnement
de l’installation. De plus, le fonctionnement de ces
installations n’induirait pas de transports de matières
radioactives (déchets en particuliers).
La construction modulaire présente l’avantage
de limiter la présence de matériaux sensibles
à la chambre de réactions et à l’unité
de traitement des matériaux et de fabrication cibles.
C’est une facilité pour la maintenance du laser
ou même sa modification pour tenir compte d’avancées
technologiques.
Enfin, la quantité de matière nucléaire
présente dans le réacteur est très
faible, il s’agit du tritium localisé essentiellement
dans les cibles (quelques milliardième de gramme
de tritium par cible).
Malgré ces avantages, les travaux sur le confinement
inertiel n’ont pas encore débouché sur
une machine extrapolable jusqu’au réacteur.
Le rayonnement laser remplit les conditions de souplesse
et de précision demandées par l’implosion
d’une cible, mais le taux de répétition
comme le rendement doivent être considérablement
améliorés. De plus, la mise en œuvre
de matériaux optiques transparents aux longueurs
d’onde laser et résistants à des flux
très élevés de neutrons et de photons
est encore à développer.
Les accélérateurs d’ions lourds pourraient
prendre le relais, mais il n’existe encore aucune
donnée expérimentale permettant de jauger
leurs capacités réelles. Ils présenteraient
l’avantage de n’avoir aucun des deux handicaps
des lasers. Mais, ils manquent de souplesse, de précision
et nécessitent un investissement financier très
important.
Aussi, les réflexions actuelles sur les prototypes
de réacteurs industriels sont plutôt conçues
avec un laser comme source d’énergie. Elles
impliquent des développements importants sur des
nouvelles générations de lasers (solides pompés
par diodes, lasers UV).
L’enjeu est important et si les défis tant
scientifiques que technologiques sont actuellement bien
cernés, ils sont loin d’être résolus.
La démonstration expérimentale de l’obtention
d’un gain de fusion par la voie laser est pour bientôt
(durant la prochaine décennie avec le NIF et le LMJ)
mais, dans l’hypothèse actuelle d’une
évolution du besoin énergétique mondial
« normale », la mise en service d’un réacteur
prototype devra attendre beaucoup plus longtemps !
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