L'accident de Tchernobyl et ses conséquences en France

3. LES CONSEQUENCES RADIOLOGIQUES ET SANITAIRES

3.1 Sur le site à court terme
Nous nous référons ici aux dossiers de l'IPSN [4] et aux conclusions de la conférence internationale organisée, après 10 ans de travaux et analyses approfondies, par l'A.I.E.A. [9] (cette conférence a rassemblé 845 scientifiques représentant 71 pays et 20 organisations internationales en présence de 280 journalistes).
Les conséquences à court terme concernent essentiellement les personnels de l'installation et des équipes de secours présents (soient environ 1000 personnes) sur le site pendant les premières heures de l'accident. 134 personnes ont reçu des doses supérieures à 1 Sievert (Sv). 28 d'entre elles ayant reçu les doses les plus élevées sont décédées. On déplore aussi 2 morts dans l'explosion, 1 par crise cardiaque et 7 dans la chute d'un hélicoptère. En relation avec le syndrome d'irradiation aigu, 14 décès sont intervenus ultérieurement. Au cours des 10 années qui ont suivi, 14 autres décès seraient intervenus, sans être en relation avec ce syndrome.
Pour les autres populations directement concernées, y compris celle des liquidateurs, les effets à court terme n'ont pas été observés significativement à l'exception des effets psychologiques : fatigue, dépression, troubles neurovégétatifs.
3.2 En ex-URSS à long terme
Dans les zones les plus touchées d'Ukraine, de Biélorussie (Gomel) et de Russie (Briansk), la principale conséquence clairement imputable à l'accident est l'augmentation du nombre de cancers à la thyroïde chez les enfants exposés en 1986. Apparu en 1990, le taux habituellement très faible (0,5 par million ) a été multiplié selon les localités par un facteur 10 à 200. Le nombre absolu déclaré était de l'ordre de 1400 en 1997. La cause en est l'iode radioactif de période 8 jours relâché avec les gaz pendant l'accident. Le taux de mortalité résultant de ce type de cancer est faible par rapport aux autres cancers, il dépend de la forme, de la précocité du diagnostic et de l'efficacité thérapeutique. Ces deux derniers points ne semblent pas avoir été à la hauteur des circonstances, les moyens médicaux n'étaient pas adaptés à l'importance de l'événement.
Parmi les "liquidateurs", la détresse psychologique a conduit à un nombre élevé de suicides ; l'augmentation sur le nombre "habituel" de cancers déclarés pourrait atteindre de l'ordre de 5% (heureusement pas tous mortels). Les leucémies sont les premiers cancers que l'on attendait, mais jusqu'à présent aucune augmentation n'a été constatée.
Il convient de ne pas oublier les conséquences "classiques" d'une telle situation accidentelle : ruine de l'économie, déplacement et éclatement des familles, précarisation, etc.
3.3 Conséquences en France
Les dizaines de milliers de prélèvements et de mesures qui ont été effectués et continuent à être effectués, en France et en Europe, donnent une bonne connaissance d'ensemble du niveau de contamination du territoire français ainsi qu'une estimation des doses reçues par la population (y compris les cas particuliers).
Pour la France, une quarantaine de publications étaient disponibles entre 1986 et 1997 à l'Institut de Protection et de Sûreté Nucléaire qui avait mis ses laboratoires au service de l'OPRI*, la DGS* et la DSIN*. Des dossiers sont régulièrement fournis à la presse [4] ; les conférences, les débats, et les expositions ne manquent pas. Hélas, trop souvent, un climat conflictuel entre autorités scientifiques et milieux médiatiques avec la diffusion d'informations excessives, voire fantaisistes, a accru l'inquiétude du grand public. Qu'en retenir ?
Quelques jours après l'accident , l'arrivée par le Nord-Est et le Sud-Est de la France des masses d'air contaminées, dont les concentrations décroissaient en avançant vers l'ouest, s'est traduite par des retombées au sol. Les pluies localisées et abondantes du début mai 86 ont conduit à des zones affectées en taches de léopard. Les zones les plus radioactives sont de peu d'ampleur (quelques dizaines de m2). Il se trouve qu'elles se situent en général dans des zones montagneuses peu peuplées et peu fréquentées.
On peut obtenir une bonne approximation des effets par deux produits :
- A court terme, l'Iode 131 : Selon l'OPRI [10], au début mai 86, l'activité en iode 131 des surfaces agricoles était 10 fois plus faible dans l'ouest de la France que dans l'est où elle atteignait 30 000 à 60 000 Bq/m2. Dans le lait, le seuil de 2000 Bq/l n'était pas atteint ; seuil défini par l'OMS en dessous duquel aucune mesure de précaution sanitaire n'est nécessaire [11]. La décroissance très rapide était due à la conjonction des effets de la période de 8 j de l'iode 131 et de la croissance rapide des végétaux.
- A plus long terme, le césium 137 (période 30 ans) : selon l'OPRI, les moyennes régionales des activités en 137Cs des surfaces agricoles variaient entre 160 Bq/m2 en Basse Normandie et 5400 Bq/m2 en Rhône-Alpes ; les valeurs basses étant identiques à celles mesurées avant Tchernobyl.
Dix ans après l'accident le niveau est le plus bas enregistré en France, depuis 40 ans, inférieur à celui des années 60 dû aux essais nucléaires dans l'atmosphère. Pour les sols et les produits agricoles, le césium 137, lorsqu'il est décelé, n'est présent qu'à de très faibles concentrations. Les taches les plus significatives [4] subsistent dans le Haut Var et la Corse (fonds de vallées glaciaires, sols forestiers, prairies riches en matières organiques) et dans la vallée de la Moselle ou les Vosges (sols forestiers).
Par exemple, dans les productions locales, des champignons ont été mesurés au niveau de 200 Bq/kg, de la viande de sanglier à 2000 Bq/kg. En général, dès 1987, le césium est à peine décelable. Ainsi dans le Sud-Est, le thym aux propriétés bien connues d'adsorbant de poussières ne contient plus aujourd'hui que quelques Bq/kg, Ces chiffres peuvent être utilement comparés à la radioactivité naturelle moyenne du corps humain (100 Bq/kg).

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