1. UN BREF RAPPEL HISTORIQUE:
Dès l'expérience de Fermi en novembre 1942, confirmant la faisabilité de la réaction
en chaîne, naissait l'espoir de la production d'énergie nucléaire aux applications
nombreuses et peu coûteuses. La réalisation des premiers réacteurs nucléaires
expérimentaux allait alors conduire à la production d'électricité d'origine nucléaire
aux Etats-Unis en 1951, en URSS en 1954, au Royaume-Uni et en France en 1956.
Quelques années plus tard allait naître dans plusieurs pays un foisonnement de
prototypes de centrales nucléaires. Leurs caractéristiques très variées étaient
liées aux combinaisons possibles d'utilisation des matériaux combustibles et modérateurs
constituant le coeur du réacteur nucléaire, et à la nature du fluide caloporteur
chargé d'évacuer l'énergie produite dans ce dernier sous forme de calories.
L'analyse des résultats d'essais de ces
prototypes allait permettre, au cours de la décennie des années 1960, d'en faire
le tri par élimination et regroupement et de constituer approximativement six
familles de types de centrales nucléaires appelées "filières électronucléaires".
Le développement de ces filières au milieu des années 1960 est décidé dans plusieurs
pays du monde occidental et en URSS, compte tenu de la diffusion des connaissances
dans le domaine des applications civiles de l'énergie nucléaire, et peut-être
aussi de l'évaluation optimiste du prix du kWh d'origine nucléaire.
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Le retour sur l'histoire de ce développement industriel dans le monde, au cours
des trois décennies qui vont suivre le début des années 1970, ne manque pas d'intérêt
pour souligner les difficultés de prévision sur le long terme causées par : les
événements politiques, les aléas de l'économie, l'évolution de la consommation
d'énergie, le coût et les réserves dans le monde des combustibles fossiles et
aussi les ébranlements dus aux accidents de grande ampleur d'installations nucléaires.
L'histoire de ce développement dans les principaux
pays du monde analysée un peu plus loin présente des ombres dans la majeure partie
des pays : d'Amérique, d'Europe, de l'ex-URSS, du Moyen-Orient et des lumières
dans les pays d'Asie de plus en plus gourmands d'énergie.
Quelques grands traits de cette histoire
méritent d'être soulignés : la maîtrise de la technologie nucléaire, qui a entraîné
rapidement une augmentation des puissances unitaires des installations, l'abandon
ou la mise en réserve de développement des filières électronucléaires très prometteuses
d'avenir utilisant des réacteurs à gaz haute température ou des réacteurs rapides
surgénérateurs, l'ébranlement dans les programmes de construction et de mise en
service de centrales nucléaires de la plupart des pays, causés par les accidents
bien connus aux Etats-Unis « TMI 2 » et en URSS « TCHERNOBYL »,
l'acceptation par le public contrariée par la montée en puissance des écologistes,
avec l'arrivée aux postes clés des gouvernements de leurs chefs de parti dont
les politiques notamment aux Etats-Unis et en Europe n'hésitent pas à mettre l'option
nucléaire sous le boisseau.
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2. LE
PARC MONDIAL DES CENTRALES NUCLÉAIRES DÉBUT 2004 
En 2004, le nombre de "tranches nucléaires"(1)
des centrales couplées aux réseaux électriques nationaux est de 439 pour une capacité
de puissance de 360,6 GWe (2). 31 tranches sont en construction, 104 se trouvent
à l'arrêt définitif. Depuis le début des années 1960, environ 250 commandes de
tranches ont été annulées. Quelques unes de ces commandes ont donné lieu à des
débuts de construction, dont les chantiers ont été définitivement arrêtés. Un
très petit nombre de tranches entièrement construites n'ont pas été mises en service.
La majorité des tranches en fonctionnement
ou en construction peuvent être réparties entre 5 filières électronucléaires principales
(3): uranium enrichi-eau ordinaire, pressurisée REP ou WWER, bouillante REB (355
tranches), uranium enrichi-graphite-eau bouillante RBMK (17 tranches), uranium
naturel-graphite-gaz UNGG, MAGNOX (12 tranches), uranium enrichi-graphite-gaz
(AGR 14 tranches),uranium naturel-eau lourde pressurisée PHWR, CANDU (38 tranches).
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Parmi les 104 tranches arrêtées définitivement, en cours de démantèlement, environ
la moitié sont des prototypes mis en service au cours des années 1950. Les premières
tranches de la filière MAGNOX mises en service à Calder Hall sont les seules à
totaliser une durée de fonctionnement supérieure à 40 ans.
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3. SITUATION
ET PERSPECTIVES DANS LE MONDE ET PAR PAYS
3.1. L’Amérique du nord:
3.1.1. Les États-Unis:
Pays, jusqu'à aujourd'hui, premier producteur au monde d'électricité
d'origine nucléaire : 104 tranches en fonctionnement totalisant une puissance
de 98 GWe . Et pourtant l'euphorie de la fin des années 1960 et du début des années
1970 s'estompe vite. Dès 1974, plus aucune commande de tranche n'est faite et
au contraire dans les années qui suivent près de 90 des commandes passées sont
annulées, dont certaines ont conduit à des débuts de construction.
Sous l'influence des écologistes, le développement
de l'énergie nucléaire s'enlise dans un marais de procédures administratives et
réglementaires complexes qui n'améliorent pas la sûreté, mais qui augmentent les
délais de construction, le coût des installations et celui de leur exploitation.
Dans la décennie des années 1980, la filière
d'avenir des surgénérateurs est abandonnée après un débat interminable sur la
décision de construction de la centrale prototype de Clinch River, dont plusieurs
gros composants ont déjà été fabriqués. La société Gulf Atomic disparaît de la
scène des constructeurs de centrales, après l'abandon de la filière des réacteurs
nucléaires à haute température. La société Westinghouse, devant la léthargie du
marché intérieur, ferme ses usines de Tempa et de Pensucola en Floride. La société
Babcock et Wilcox, à la suite de l'accident de TMI 2, s'oriente vers la propulsion
navale. Seule la société General Electric se maintiendra à la fin des années 1990,
en collaborant activement avec l'industrie japonaise. Malgré les intentions des
présidents des Etats-Unis qui se succèdent après Carter et qui souhaitent tous
réhabiliter le développement de l'énergie nucléaire, les intentions de commandes
fermes de nouvelles tranches nucléaires ne se manifestent pas à moyen terme.
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Néanmoins au début de 2004, le "Départment of Energy" attribue 13 millions
de $ de crédit à deux consortiums afin de tester le processus de licence de construction
et d'exploitation pour trois projets de nouvelles tranches. Et si ces projets
devaient déboucher sur des commandes, les tranches concernées pourraient fonctionner
en 2014.
3.1.2. Le Canada
Les Canadiens poursuivent avec méthode et
obstination le développement de la filière "CANDU" depuis le début des
années 1950. Et dès la fin 1993, 33 tranches construites par l'''Atomic Energy
of Canada Limited" d'une puissance de 16,7 GWe étaient en fonctionnement,
exploitées en grande partie par "ONTARIO HYDRO". A partir de 1997 l'exploitant
procède à l'arrêt d'une durée de l'ordre d'une année pour mise en conformité de
leur niveau de sûreté et ensuite mise sous cocon des plus anciennes tranches de
Pickering A et de Bruce A, compte tenu de l'apport sur le réseau, d'énergie électrique
en provenance des grands barrages du nord de Québec. C'est ainsi que seules 16
tranches sont en fonctionnement à la fin de 2004, totalisant une puissance de
12 GWe, et qu'aucune nouvelle tranche n'est commandée. AECL a aussi exporté 10
tranches en Argentine, Chine, Corée du Sud, Inde et Roumanie.
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3.2. Les pays de l'ex-Comecon
Les pays dont il est question sont : l'ex-URSS,
la Bulgarie, la Hongrie, l'ex-République Démocratique Allemande, l'ex-Tchécoslovaquie
(République Tchèque et Slovénie), la Roumanie.
En dehors de la Roumanie, qui dès 1982 a
choisi la filière CANDU et qui dispose actuellement d'une tranche de 650 MWe en
fonctionnement fournie par AECL et d'une deuxième tranche en construction, les
tranches des centrales des pays de l'ex-Comecon sont du type "Soviétique".
La volonté politique du développement de
l'énergie nucléaire a souvent été proclamée par les dirigeants de l'ex URSS. Et
dès 1984, un plan de 100 GWe de tranches fonctionnant en 1995 avait été établi,
avec la disponibilité d'une panoplie de 3 filières : WWER (REP), RBMK, SURGÉNÉRATEUR
(Réacteur rapide refroidi au sodium).
A la fin de l'année 2003, dans l'ex-Comecon,
62 tranches: 13 RBMK, 49 WWER, 1 SURGÉNÉRATEUR, totalisant une puissance de 45,7
GWe, sont en fonctionnement et 9 tranches : 1 RBMK, 8 WWER sont en construction.
En dehors de l'évolution politique et de l'éclatement de l'URSS en Républiques
indépendantes, le décalage par rapport au plan a de nombreuses causes, à savoir
: l'utilisation de technologies dépassées, la bureaucratie, les hésitations de
choix entre RBMK et WWER, le financement, les difficultés industrielles aggravées
en 1983 par l'accident de génie civil qui paralyse pendant de très longs mois
l'usine Atommach de ROSENERGOATOM où sont fabriqués les principaux composants
des tranches, l'accident de Tchernobyl et ses conséquences sur la sûreté et l’opposition
des populations au nucléaire.
A l'aube de l'indépendance des pays de l'Europe
de l'Est, avec l'éclatement de l'URSS en républiques indépendantes et jusqu'à
la fin de la période de la Perestroïka en 1987, les commandes de 32 tranches en
URSS d'une puissance de 23,4 GWe sont annulées. La plupart d'entre elles ont entraîné
des travaux d'aménagement de sites et même des débuts de construction. Dès la
réunification de l'Allemagne, le gouvernement de la République Fédérale Allemande
décide de mettre à l'arrêt définitif dans l'ex-Allemagne de l'Est, les 5 tranches
WWER en fonctionnement et l'arrêt des travaux des tranches suivantes de la centrale
de Greeiswald et des deux premières tranches de la centrale de Stendal. À la même
époque, dans les pays de l'est : Bulgarie, Hongrie,Tchécoslovaquie, 17 tranches
WWER d'une puissance totale de 8 GWe fonctionnent et 7 tranches WWER d'une puissance
totale de 4,8 GWe sont en construction.
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Alors que dans l'ex-URSS, 40 tranches d'une
puissance totale de 34,3 GWe fonctionnent et que 2 tranches d'une puissance totale
de 2 GWe sont en construction. Le potentiel de production d'énergie nucléaire
(tranches en fonctionnement et en construction) pour l'ensemble des pays de l'ex-Comecon
passe de 58,1 au début de 1990 à 53,5 GWe à la fin 2003, à peine un peu plus de
50% du plan de 1984.
Pour le futur, la stratégie de développement des centrales
nucléaires est définie par chaque pays ou république indépendante.
En 2000, Minatom, ministère de l'énergie
nucléaire de la Russie a prévu pour 2010 une puissance de tranches en fonctionnement
de 31,2 GWe et pour 2020 une puissance comprise entre 33 et 48 GWe, alors que
le potentiel de production d'énergie nucléaire en 2003 s'élève à 23,9 GWe. Dans
la panoplie de types de tranches, le RBMK ne semble pas être abandonné, un nouveau
WWER à sécurité passive d'une puissance de 640 MWe a été étudié. Le développement
de la filière des surgénérateurs est toujours d'actualité avec des projets de
tranches de 800 MWe. Le retour d'expérience de l'exploitation sur une durée de
25 ans des deux prototypes BN 350 et BN 600 est sans doute une base solide pour
la définition de ces projets.
En 1997, le gouvernement du Kazakhstan envisage
l'installation de 5 tranches du type WWER en 2020. La mise en service de la première
est prévue en 2006 (?). En Bulgarie, depuis 2002, les travaux de construction
de 2 tranches WWER d'une puissance de 1000 MWe sur le site de Belene ont repris.
Ils avaient été arrêtés en 1990 sous la pression des écologistes. La République
Tchèque envisage de relancer en 2009 la construction des tranches 3 et 4 de Temelin
d'une puissance chacune de 1000 MWe.
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3.3. L'Europe occidentale:
En-dehors
de la France, plus aucun début de construction et de connexion au réseau électrique
de tranche n'a lieu, depuis respectivement 24 et 15 ans. Le vent de plus en plus
violent de la contestation écologique a commencé à souffler sur Europe au milieu
des années 1970 et a fini par paralyser le développement des programmes électronucléaires
de la plupart des pays en dehors de la France et de la Finlande.
En Autriche, où siège l'Agence Internationale de l'Énergie
Atomique, l'unique tranche de Zwentendorf REB de 730 MWe, dont la construction
a été achevée en 1977, n'a jamais été mise en service à la suite d'un référendum
de la population. L'Italie qui en 1990 a arrêté ses deux dernières tranches encore
en exploitation disparaît de la scène nucléaire.
3.3.1. L'Allemagne : (L’ex-République Fédérale Allemande,
le cas de la RDA est englobé dans les pays de l'ex Comecon) le programme de développement
électronucléaire basé sur les filières REP et REB était ambitieux. Il prévoyait
en 1979 50 GWe de puissance électronucléaire installée pour l'an 2000. Au cours
du temps son réajustement a ramené cette espérance à 24 GWe en 1991. Et déjà le
ravage de la contestation s'est manifesté. Le REP 1300 MWe de Mulheil-Kaerlich
est arrêté définitivement en 1988, après une seule année de fonctionnement et
le surgénérateur de Kalkar 300 MWe dont la construction est terminée n'est pas
mis en service et va rejoindre le REB de Zwentendorf en Autriche. En 1998, sous
la pression du parti des "Verts", alors que 19 tranches sont en fonctionnement
totalisant une puissance de 22,2 GWe qui contribuent pour 33% à la production
d'électricité nationale, le gouvernement fédéral décide de retirer progressivement
le nucléaire de la production électrique. En 2002, un accord signé entre le gouvernement,
les exploitants de centrales et le parti des "Verts", conduit à la mise
en vigueur d'un amendement à la loi sur l'énergie atomique. Désormais aucune licence
pour la construction ou l'exploitation de nouvelles centrales nucléaires ne peut
être accordée et la durée moyenne des 19 tranches est limitée à 32 ans à compter
de leur mise en service. En 2003, la tranche de la centrale de Stade d'une puissance
de 640 MWe est déconnectée du réseau, elle sera suivie en 2005 de celle d'Obrigheim
360 MWe.
3.3.2. La Belgique : Alors que 7 tranches REP sont
en fonctionnement depuis 1985 et ont contribué en 2001 à 58% de la production
nationale d'électricité, en 2002, le gouvernement approuve un projet de loi qui
vise à l'abandon du nucléaire et qui va être promulgué par le parlement et le
sénat. La durée de vie des tranches est limitée à 40 ans et leur arrêt définitif
est prévu en 2015 pour les plus anciennes et 2025 pour les plus récentes. Toutefois
cet abandon pourra être suspendu par le gouvernement en cas de force majeure.
3.3.3. L'Espagne :
Dès 1979, le parlement fixe un objectif ambitieux au programme
électronucléaire : 2 GWe installés à la fin des années 1980 et contribuant pour
au moins 45% à la production nationale d'énergie électrique. Mais le terrorisme
qui vise le nucléaire va contrarier cette ambition et dès 1984 , les travaux engagés
à hauteur de 25% de 5 tranches totalisant 4,9 GWe sont arrêtés. Après la mise
en service en 1987 et 1988 des tranches Trillo 1 REP de 1000 MwWe et Vandellos
UNGG de 500 MWe fournie par la France, le programme électronucléaire fait la pause.
Et en 2002, alors que 9 tranches (2 REB et 7 REP) sont en
fonctionnement et contribuent pour plus de 25% à la production nationale d'énergie
électrique, le gouvernement adopte un plan énergétique qui propose une décroissance
du nucléaire devant se traduire par une limitation de sa contribution à l'aune
des années 2010, sans pour autant procéder à la fermeture prématurée des centrales
nucléaires.
3.3.4. La Finlande : Déjà en 1982, 35% de la production
nationale de l'énergie électrique est d'origine nucléaire. 4 tranches : 2 REB,
2 WWER d'une puissance totale de 2,8 GWe sont connectées au réseau et sont toujours
en fonctionnement en 2004 avec une disponibilité remarquable. Fin 2003, la Finlande
est le premier pays d'Europe à relancer la construction d'une tranche nucléaire
en commandant à l'association franco-allemande AREVA-SIEMENS, le premier EPR,
REP de 1500 MWe dont la mise en service est prévue en 2009. Ce qui permettra à
la contribution du nucléaire dans la production nationale d'énergie nucléaire
de retrouver sa valeur de 1982.
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3.3.5. Le Royaume-Uni :
Le parc de tranches du
Royaume-Uni a été pendant longtemps le premier au monde. En 1983, 32 tranches
du type MAGNOX et AGR sont connectées au réseau. Mais la mise en service des 14
tranches de la filière AGR, dont la construction a commencé au milieu des années
1960 est très retardée par des difficultés techniques et d'organisation industrielle.
Par ailleurs la découverte de gisements de gaz et de pétrole va influencer les
politiques de plus en plus enclins à garder sous le coude le dossier nucléaire.
En 1994, le surgénérateur PFR (Prototype Fast Reactor) 250 MWe, analogue à Phénix
est arrêtée définitivement et le rêve du développement de la filière des surgénérateurs
à partir de l'an 2000, s'estompe. Début 2004, 26 tranches MAGNOX et AGR et une
tranche REP de 1250 MWe totalisant une puissance de 13 GWe sont connectées au
réseau et ont contribué à 32% de la production nationale d'énergie électrique,
le gouvernement publie un livre blanc sur la politique énergétique qu'il compte
mettre en oeuvre d'ici 2050. Le nucléaire est reconnu comme une source importante
de production d'électricité sans apport de gaz carbonique, mais le gouvernement
n'envisage pas dans l'immédiat la construction de nouvelles tranches et ne demande
pas pour autant l'arrêt du nucléaire.
3.3.6. La France :
À la fin des années 1960, le développement de la filière UNGG est temporisé,
en partie à la suite des avatars de la centrale de Chinon. Mais au moment où la
plupart des pays européens se lamentent sur le premier choc pétrolier de 1973,
la France décide sereinement de s'engager à fond dans le développement de l'électricité
d'origine nucléaire, sans se laisser détourner de cet objectif par les craintes
du public, ou par les mouvements antinucléaires. Le résultat est que de 1977 à
1997, 58 tranches REP d'une puissance totale de 65,5 GWe sont connectées au réseau.
La politique des paliers qui conduit à la standardisation et la limitation des
sauts technologiques sont à la base de cette réussite qui fait de la France un
chef de file dans le domaine énergétique exportateur en Europe d'énergie et le
deuxième producteur mondial d'électricité d'origine nucléaire après les Etats-Unis.
Le renouvellement à terme de ce parc de tranches relativement jeunes en âge est
déjà envisagé par la décision, attendue depuis plusieurs années et enfin prise,
de construire le REP de deuxième génération l'EPR dont la mise en service est
prévue en 2010.
Néanmoins une ombre plane sur la réussite du programme nucléaire
français: le décret du 31 décembre 1997 qui stipule l'arrêt définitif de Super-Phénix,
surgénérateur européen de 1200 MWe de conception française et dont la sûreté n'est
pas en défaut. Cette prise de décision au nom d'arrangements politiques et en
l'absence de tout débat parlementaire, va entraîner le démantèlement de cet outil
expérimental exceptionnel et faire perdre à la France et à l'Europe l'avance qu'elles
avaient dans le domaine du développement des surgénérateurs.
3.3.7. La Suède :
Début 2004, 11 tranches : 8 REB et 3 REP, d'une puissance totale de 9,8 GWe
sont toujours en fonctionnement et ont contribué à près de 50% de la production
d'énergie électrique nationale en 2003, alors que le résultat du référendum de
1980 portant sur l'arrêt définitif des centrales nucléaires à partir de 2010 n'a
pas été remis en cause. Situation paradoxale, d'autant plus qu'en 1985, un plan
d'action aurait été défini par le gouvernement pour parvenir à la mise hors service
des tranches du parc au début du 21ème siècle. Depuis, seule une tranche REB de
650 MWe Barseback 1 située à une vingtaine de kilomètres de Copenhague a été arrêtée
définitivement fin 1999 à la demande des Danois, qui depuis des années, ont renoncé
au nucléaire. Aussi les experts suédois en énergie estiment que l'utilisation
du nucléaire doit se poursuivre encore 20 ou 30 ans, dans leur pays, avant de
trouver une solution de remplacement.
3.3.8. La Suisse :
Cinq tranches: 2 REB et 3 REP d'une puissance de 3,3 GWe sont en fonctionnement
depuis 1983 et ont contribué en 2003 à 40% de la production nationale d'électricité.
En 1986, le projet de construction de la tranche de Graben REP de 1200 MWe a été
annulé, malgré le début de chantier lancé en 1975. Et en 1988, le projet de la
tranche de Kaiseraust REB de 1000 MWe est abandonné après 20 ans de gestation.
En 1990, un moratoire décidé par le gouvernement fédéral interdit pendant une
période de 10 ans la construction de toute autre tranche, mais maintient l'ouverture
du pays au nucléaire.
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3.4. L'Asie
Les pays gourmands d'énergie : c'est dans cette région
du monde que le développement des centrales nucléaires a été le plus rapide depuis
la décennie des années 1970, d'abord en Inde, au Pakistan, au Japon et en Taiwan,
ensuite en Corée du Sud, enfin en Chine.
3.4.1. L'Inde: L'intérêt porté à la production d'électricité
d'origine nucléaire s'est manifesté dés le début des années 1960 avec la commande
de deux tranches REB d'une puissance de 160 MWe à Général Electric et destinées
à la centrale de Tarapur. Par la suite, l'Inde développe seule les tranches de
la filière "CANDU", en dehors des deux premières commandées à "AECL"
et destinées à la centrale de Rajasthan. Malgré l'embargo conséquence de l'explosion
de sa bombe atomique en 1974, l'Inde réussit à réaliser l'autonomie totale du
cycle combustible avec sa production d'eau lourde et à poursuivre son important
programme de construction de tranches de "CANDU". L'intérêt dans le
monde porté à la filière : uranium enrichi- eau ordinaire conduit aussi à commander
en Russie 2 tranches WWFR d'une puissance de 1000 MWe.
Au début de 2004, 14 tranches d'une puissance totale de 2,7
GWe sont en fonctionnement et 10 tranches d'une puissance de 3,9 GWe sont en construction.
L'objectif du gouvernement est d'atteindre une puissance de tranches connectées
au réseau de 20 GWe en 2020, dont un surgénérateur de 470 MWe. Cette filière d'avenir
est étudiée en Inde depuis le début des années 1970 et a conduit avec la collaboration
du CEA, à la construction d'un réacteur expérimental à Kalpakkam d'une puissance
de 15 MWe connecté au réseau depuis 1997 et utilisant un combustible d'avant-garde
à base de carbure de plutonium et d'uranium. Par ailleurs un projet de réacteur
eau lourde-thorium d'une puissance de 300 MWe baptisé "Advanced Heavy Water
Reactor" est en cours d'étude. Car à terme le pays souhaiterait explorer
ses réserves de thorium qui représentent le tiers des réserves mondiales.
3.4.2. Le Pakistan continue à exploiter depuis 1971
Kanupp, vieille tranche nucléaire "CANDU" d'une puissance de 140 MWe
fournie par le Canada. Dès 1982, un appel d'offres est envisagé pour la fourniture
d'un REP de 900 MWe. Mais les difficultés économiques et politiques bloquent la
poursuite du projet. Le président Mitterrand envisage, au cours d'un voyage au
Pakistan en 1992, la fourniture de 2 REP de 900 MWe fabriqués par Framatome. Mais
finalement une commande d'un REP de 300 MWe Chasma 1 est passée à la Chine en
1992. Sa mise en service prévue en 2000 est toujours retardée.
3.4.3. Le Japon Un peu plus de 10 ans après les terribles
explosions nucléaires d'Hiroshima et de Nagasaki, le Japon qui, comme la France,
ne dispose pas de combustibles fossiles, porte intérêt à l'énergie nucléaire civile
et décide dès 1960 d'importer des Etats-Unis un prototype expérimental REB de
13 MWe. Assez vite, une collaboration s'instaure entre les industriels du nucléaire
japonais et américains, qui va conduire dès 1967 au développement d'un parc de
tranches REB et REP qui propulse le Japon au troisième rang mondial de la production
d'électricité d'origine nucléaire, après la France et devant la Russie. Au début
de 2004, 54 tranches d'une puissance de 46 GWe sont en fonctionnement, 3 tranches
REB d'une puissance de 3,7GWe sont en construction et 5 autres d'une puissance
de 6,4 GWe sont programmées de 2004 à 2010. Par ailleurs, le Japon est le premier
pays à exploiter depuis 1997 2 tranches du type ABWR (Advanced Boiling Water Reactor),
"REB AVANCÉ" d'une puissance de 1350 MWe comparable à l'EPR franco-allemand,
dont la première unité ne sera mise en service qu'en 2009 en Finlande.
3.4.4. Taiwan (Chine nationaliste) :
La vocation industrielle exportatrice (textiles, plastiques,
matériels électriques et électroniques) qui s'est manifestée dès les années 1960,
conduit Taiwan au cours des années 1970 à importer des Etats-Unis, 4 tranches
REB General Electric et 2 tranches REP Westinghouse. Leur mise en service s'est
échelonnée de 1978 à 1985, totalisant une puissance de 5,1 GWe qui contribue à
la fourniture de 22% de l'énergie électrique consommée en 2003. Par ailleurs,
2 tranches ABWR General Electric d'une puissance de 1350 MWe sont en construction
depuis 1999. Leur mise en service est prévue prochainement.
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3.4.5. La Corée du Sud
Le développement du nucléaire depuis 1971 est basé sur les
filières "CANDU" et "REP". La construction des premières tranches
a été faite par importation, puis pour les suivantes, par l'industrie coréenne
en collaboration avec les sociétés étrangères qui ont exporté dans le pays les
premières tranches. C'est ainsi que la première tranche "CANDU" 700
MWe a été commandée à AECL qui a collaboré ensuite à la construction des 3 suivantes
avec l'industrie coréenne. Le reste du parc est constitué uniquement de REP. 2
tranches d'une puissance de 950 MWe ont été fournies par Framatome, 6 tranches
par Westinghouse, 2 de 650 et 4 de 950 MWe, alors que 8 tranches d'une puissance
de 1000 MWe ont été construites en collaboration avec Combustion Engineering.
Début 2004, 20 tranches d'une puissance de 17,7 GWe sont donc
en fonctionnement et ont contribué à 40% de l'énergie électrique consommée en
2003. 4 autres tranches d'une puissance de 1000 MWe ont été commandées en 2003,
alors que la commande de 2 autres est en cours. Aussi le plan du programme à moyen
terme du gouvernement prévoyant en 2015 la disponibilité d'une puissance électrique
d'origine nucléaire de 28 GWe a toutes les chances de se réaliser.
Il faut mentionner aussi que l'industrie de la Corée du Sud
collabore activement, depuis septembre 2002, avec la Corée du Nord à la construction
d'une tranche REP de 1000 MWe.
3.4.6. La Chine Les applications militaires de l'énergie
nucléaire ont été la priorité de la Chine après la dénonciation par l'URSS, en
1959, des accords nucléaires entre les deux pays. Et il n'est pas sans intérêt
de rappeler que l'explosion de la première bombe H chinoise le 17 juin 1967 a
précédé d'un an celle de la France, le 24 Août 1968.
A partir de 1976, la politique de réformes économiques et d'ouverture
sur l'étranger vont conduire la Chine à devenir un état industriel très gourmand
d'énergie. Et malgré ses réserves considérables de charbon, l'utilisation de l'énergie
nucléaire comme source d'énergie électrique est envisagée dans une perspective
à moyen terme. Et c'est en décembre 1991 que la première production d'électricité
d'origine nucléaire est réalisée lors de la mise en service de la tranche de 300
MWe à Qinshan près de Shanghaï, conçue par des ingénieurs chinois et utilisant
de nombreux équipements importés d'Allemagne, du Japon, de France et des Etats-Unis.
Mais dès 1982, la nécessité de transfert de technologie occidentale
a été perçue pour un développement plus rapide de l'énergie nucléaire et deux
tranches REP de 990 MWe sont commandées à Framatome pour la centrale de Daya Bay
et mises en service en 1994. Leurs bons résultats d'exploitation conduisent dès
1997 à la construction de 2 tranches REP à Ling Ao identiques, avec la participation
de Framatome, mais une contribution plus importante de l'industrie chinoise.
L'adoption d'une certaine standardisation pour les REP ne semble
pas empêcher la Chine de continuer à développer seule 2 REP de 600 MWe, avec transfert
de technologie française, à commander 2 "CANDU" de 700 MWe à l'AECL
et à collaborer avec l'industrie russe et l'assistance française pour construire
2 tranches "WWER".
Au début de 2004, 8 tranches d'une puissance totale de 6,3
GWe fonctionnent et 3 tranches d'une puissance de 2,8 GWe sont en construction.
En Juillet 2004, le conseil d'état approuve la construction de 4 nouvelles tranches
d'une puissance de 1000 MWe chacune. Compte tenu de l'évolution rapide de son
développement économique et industriel avec une consommation d'énergie électrique
qui progresse de 8% par an, la Chine décide alors d'accélérer encore son programme
électronucléaire d'ici 2020 et de faire ainsi passer la part du nucléaire de 1,5%
actuellement à 4% avec une puissance de tranches installées de 36 GWe.
Par ailleurs pour les réacteurs nucléaires du futur : depuis
le début 1998, la construction d'un surgénérateur d'une puissance de 25 MWe se
poursuit et au début 2002, un réacteur expérimental haute température refroidi
à l'hélium a été mis en service.
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3.5. L'Afrique
En dehors de l'Afrique du Sud où 2 tranches REP de 900 MWe fournies par Framatome
fonctionnent depuis 1985, aucun autre pays du continent Africain n'est équipé
de centrales nucléaires. Depuis le début des années 1980, l'Algérie, l'Egypte,
le Maroc, la Tunisie prétendent se préparer à un programme d'équipement électro-nucléaire.
Des accords de coopération ont même été établis avec l'Allemagne, la France et
les Etats-Unis et n’ont pas eu de suite à ce jour.
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Seule la Libye dès 1978 signe un contrat avec l'URSS pour la fourniture d'une
tranche d'une puissance de 300 MWe, dont une partie de l'énergie produite doit
servir au dessalement de l'eau de mer. Mais ce contrat demeure sans suite. |
3.6. L'Amérique du Sud
Les ressources
hydrauliques de l'Argentine et du Brésil ainsi que les gisements de pétrole du
Mexique n'ont pas favorisé le développement de l'énergie nucléaire de ces trois
pays qui sont les seuls à exploiter cette énergie en Amérique du Sud. Chacun d'eux
possède 2 tranches importées soit du Canada, des Etats-Unis ou d'Allemagne. Elles
contribuent à quelques % de la production nationale d'énergie électrique.
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3.7. Le Moyen Orient
3.7.1. L'Iran
Après le premier choc pétrolier de 1973, le Shah veut entraîner à grands pas
son pays dans l'ère industrielle et y développer l'utilisation de l'énergie nucléaire,
afin de préserver ses réserves de pétrole. Aussi dès 1974, deux tranches REP d'une
puissance de 960 MWe sont commandées à Framatome et deux autres d'une puissance
de 1000 MWe le sont à KWU, société allemande. Les travaux de construction débutent
dès 1975 et 1976 et en 1977 une répétition de commande de 4 autres REP est faite
à KWU. Mais la révolution de 1979 entraîne l'annulation de toutes ces commandes.
Les constructions les plus avancées sont celles des tranches KWU situées sur le
site de Busher. Et en décembre 1985, les avions irakiens essayent de les endommager
par des tirs de rockets.
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Au cours de la fin des années 1990, une coopération s'instaure avec la Russie
pour reprendre la construction de la première tranche de Busher. Cette coopération
se renforce en 1999, avec la fourniture d'un groupe turboalternateur de 1000 MWe.
L'achèvement de la construction a lieu au cours de l'année 2004. Mais la mise
en service ne pourra se faire qu'après la signature d'un accord avec le gouvernement
iranien exigeant le retour du combustible irradié en Russie.
3.7.2. La Turquie tente depuis 30 ans de se doter d'une centrale nucléaire,
mais plusieurs projets consécutifs ont été abandonnés faute de financement.
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| NB: Les données chiffrées concernant les tranches des
pays cités sont issues de la banque de données PRIS de l'Agence Internationale
de l'Énergie Atomique et diffusées par le Commissariat à l'Énergie Atomique.
(1) tranche nucléaire, "tranche": une "tranche" est constituée
d'un réacteur nucléaire associé à ses échangeurs (faisant chaudière), d'un groupe
turboalternateur, d'un transformateur électrique pour accéder au réseau et, le
cas échéant, d'un réfrigérant. La "tranche" est autonome. Au début de
l'ère nucléaire on confondait le terme de tranche avec celui de centrale. Par
la suite on considère que la centrale est la juxtaposition de plusieurs tranches
sur un même site.
(2) GWe, MWe G : giga (milliard), M : méga (million) de Watts de la puissance
électrique du ou des groupes turboalternateurs de la tranche.
(3) REP : Réacteur à Eau ordinaire Pressurisée (technologie américaine)
WWER : Wodo- Wodinoï Energuetitcheckii Reaktor (Réacteur à Eau ordinaire Pressurisée
technologie russe)
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REB : Réacteur à Eau Bouillante (technologie américaine)
RBMK : Reaktor Bolshoi Moschnosti Kanalnye (réacteur à uranium enrichi-graphite-eau
bouillante russe)
UNGG : Réacteur à Uranium Naturel-Graphite-Gaz (technologie française)
MAGNOX : Réacteur à Uranium Naturel-Graphite-Gaz (technologie
anglaise)
AGR : Advanced Gaz Cooled Reactor (réacteur à uranium enrichi-graphite-gaz,
technologie anglaise)
PHWR : Pressurised Heavy Water Reactor ou CANDU : Canadian Deuterium Uranium
(réacteur à uranium naturel-eau lourde avec fluide caloporteur eau lourde pressurisée,
technologie canadienne)
SURGÉNÉRATEUR : réacteur à neutrons rapides produisant plus de matériau fissile
qu'il n'en consomme et utilisant généralement du sodium comme fluide caloporteur.
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Association
des Retraités du groupe CEA, indépendante de l'Etablissement
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