PREAMBULE.
La production nucléaire d’énergie a toujours associé
le Plutonium et l’Uranium.
Dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, l’homme
n’a fait qu’imiter la nature. Contrairement à une
opinion très répandue, le plutonium n’est pas
un élément artificiel créé par des apprentis
sorciers ne se souciant pas des conséquences de leurs actes.
Cet élément a existé naturellement et continue
d’exister depuis le début des temps. Présent partout
dans la croûte terrestre, il est formé par le rayonnement
neutronique ambiant, initié par le rayonnement cosmique venant
du soleil, agissant sur les atomes d’uranium. Du plutonium 239
a été généré également lors
du fonctionnement de réacteurs naturels, il y a deux milliards
d’années. Sa présence dans la pechblende venant
du Canada a été mise en évidence dès 1942,
par SEABORG et PERLMAN, un an après sa synthèse ou ‘’découverte’’.
Néanmoins l’histoire du plutonium a vraiment débuté
avec cette dernière.
Dès 1934, Irène et JOLIOT-CURIE ont démontré
la possibilité de générer des radioéléments
en irradiant par un flux de particules des éléments
stables ou radioactifs. Une recherche intense se développe
alors dans le monde et de nombreuses expérimentations sont
effectuées.
La première génération de l’élément plutonium
est obtenue en décembre 1940. A l’Université de Californie
(Berkeley), SEABORG et ses collaborateurs SEGRE et WAHL obtiennent l’isotope
238 en bombardant une cible constituée d’uranium 235 par des noyaux
d’hydrogène lourd (deutons) accélérés dans un
cyclotron. Cette même équipe, dès l’année suivante,
découvre le plutonium 239 en soumettant une cible d’uranium 238 à
un flux de neutrons et démontre le caractère fissile de cet isotope.
Avec le démarrage du projet Manhattan visant à doter les Etats-Unis
de l’arme nucléaire, le premier microgramme de plutonium, sous forme
d’oxyde solide, est isolé le 20 août 1942 par CUNNINGHAM et
WERNER. .
En France, l’histoire du plutonium commence avec le démarrage
de la pile ZOE en décembre 1948. Onze mois plus tard, presque
jour pour jour, GOLDSMIDT et ses collaborateurs, Pierre REGNAUT, Jean
SAUTERON et André CHESNE réalisent la séparation
du premier milligramme de plutonium dans un élément
combustible de la pile dans le laboratoire du centre du Bouchet. Ce
premier ‘’retraitement’’ est suivi d’une
mise au point industrielle d’un procédé de production
de plutonium, également à des fins militaires, dans
l’usine pilote de Chatillon. L’année 1958 voit
le démarrage de l’usine du centre de production de Marcoule.
Le premier lingot de plutonium est élaboré le 20 février
1959 à partir de combustibles irradiés dans la pile
G1. Enfin, une année plus tard, la première explosion
d’un engin nucléaire (« gerboise bleue »)
est réalisée à REGGANE.
Après ces démonstrations explosives du caractère
énergétique du plutonium, vient, comme pour l’uranium,
l’ère de son utilisation pacifique.
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1. CARACTERISTIQUES DU PLUTONIUM. 
Elément chimique de numéro atomique 94,
le plutonium doit son nom, par analogie avec les éléments qui l’ont
précédé dans la classification périodique, l’uranium
et le neptunium, à la planète Pluton découverte après
Uranus et Neptune et non au dieu des morts de la mythologie.
C’est un métal argenté brillant, de densité
très élevée (19,8). Ses propriétés
physico-chimiques sont complexes et ont fait l’objet d’un
nombre d’études considérable dans le monde.
Il existe des isotopes du plutonium ayant des nombres de masse atomique compris
entre 236 et 244. Le métal peut exister sous six formes cristallines entre
la température ambiante et son point de fusion (640°C). L’élément
plutonium peut présenter en solution cinq états d’oxydation.
La période du Pu 239 est de 24110 ans. Les autres isotopes de masses plus
lourdes ont des périodes beaucoup plus courtes.
Cette grande diversité d’états lui a donné
la réputation d’élément difficile chez
les scientifiques et les ingénieurs qui ont eu à assurer
son élaboration et son utilisation.
Actuellement, pour son emploi civil dans la production d’énergie,
la physique et la chimie de cet élément sont bien connues
et totalement maîtrisées après l’acquis
de plus d’un demi siècle d’expérience scientifique
et technologique. Cependant, des études sont poursuivies sur
l’ensemble des actinides dont le plutonium fait partie. |
2. TOXICITE DU PLUTONIUM. 
Le plutonium apparaît dans l’opinion publique comme
le poison radioactif le plus redouté. Cette réputation
n’est pas fondée sur l’observation de ses effets
toxiques sur l’homme car les faits cliniques sont très
rares. Dans les deux premières décennies de sa production
et de sa mise en œuvre, il a été identifié,
aux Etats-Unis, environ un millier de travailleurs qui étaient
porteurs d’une contamination interne avoisinant ou dépassant
la limite tolérée à l’époque.
Après plus de trente années de suivi médical,
aucune de ces personnes exposées n’a développé
de cancer. En Russie par contre, des observations sur des employés
de la firme Mayak permettent de distinguer d’indiscutables
effets pathologiques liés à une exposition au plutonium.
Le plutonium, depuis plus d’un demi-siècle, a été
l’objet de l’attention des radio-pathologistes dans
le monde entier. Cette sollicitude est justifiée :
• par ses caractéristiques d’élément
peu soluble, retenu longtemps dans le poumon après inhalation
et dans la plupart des tissus après transfert dans le sang.
Il est à noter que son ingestion est mille fois moins dangereuse
que son inhalation.
• par ses caractéristiques radioactives
d’émetteur alpha de longue période physique.
Le plutonium partage cette forte toxicité radioactive avec
le radium et le polonium, éléments naturels qui sont
entre cinq fois et mille fois plus dangereux à masses égales.
La grande prudence qui a résulté tout à la
fois de la connaissance initiale du risque et de la quasi permanence
des études en fait un exemple de maîtrise quasi parfaite
de mise en œuvre d’éléments dangereux que
génèrent les activités humaines (cf. Principe
de Précaution). En particulier, les connaissances disponibles
sur ses modes de transfert et son métabolisme ainsi qu’une
technologie de protection très avancée ont pour conséquence
un nombre très faible d’incidents significatifs dans
le monde, a contrario de ceux dus à la mise en œuvre
du radium.
Les effets de l’exposition au plutonium par ingestion, inhalation
et injection par blessure sont bien appréhendés et
ne révèlent pas les caractéristiques d’un
super toxique comme il est habituellement retenu pour les toxines
biologiques, immédiatement mortelles à des concentrations
des millions de fois plus faibles que celles qui pourraient, pour
le plutonium, provoquer l’apparition tardive d’un cancer
(15 à 45 ans de latence).
La disponibilité de toutes ces connaissances n’a pas
interrompu la poursuite des recherches. C’est ainsi que plusieurs
Directions du CEA publieront dans quelques mois les résultats
d’études actuellement en cours.
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3. PRODUCTION DU PLUTONIUM. 
Les réactions de fission de l’uranium 235 qui se produisent
dans le combustible des réacteurs nucléaires s’accompagnent
de réactions de capture de neutrons par l’uranium 238
contenu également dans ce combustible. Cette capture transforme
cet isotope principalement en plutonium 239, puis en isotopes plus
lourds (240, 241,…)
Dans les réacteurs électrogènes, le plutonium produit est
plus chargé en isotopes lourds pour les taux de combustion et les durées
de séjour du combustible. L’isotope 239 demeure cependant le plus
abondant.
Le plutonium qui se forme dans les combustibles est partiellement
consommé par fission lors de son séjour dans le réacteur
et de ce fait compense partiellement la disparition des atomes d’uranium
235. Cette fission du plutonium contribue pour un tiers à la
production d’énergie libérée par un combustible.
Pour être plus précis, une tonne de combustible neuf
contient environ 30 kilogrammes d’uranium 235 et 970 kilogrammes
d’uranium 238. Lors de son séjour en réacteur
dans les conditions d’exploitation actuelles, 20 kilogrammes
de plutonium sont formés dont 10 kilogrammes détruits
par fission donnant 10 kilogrammes de produits de fission, 20 kilogrammes
d’uranium 235 subissent la fission en générant
20 kilogrammes de produits de fission. Au terme de ce premier cycle
de production d’énergie, il demeure donc dans une tonne
de combustible usé 10 kilogrammes d’uranium 235, 950
kilogrammes d’uranium 238 et 10 kilogrammes de plutonium. Le
potentiel énergétique de ce plutonium est considérable.
En effet, sa fission peut libérer une énergie de 220
millions de kWh et donc générer 70 millions de kWh d’électricité.
Le fonctionnement des réacteurs du parc électronucléaire
français génère environ 10 tonnes de plutonium
chaque année. Contenu dans les combustibles usés stockés
dans les piscines des centrales nucléaires ou de l’usine
de la Hague en attente de retraitement, le plutonium est la propriété
de EDF qui en assure la gestion. Le stock existant en France est de
l’ordre de 150 tonnes essentiellement contenu dans les combustibles
en cours d’utilisation ou usés stockés en piscine.
Le stock mondial se situe autour de 1200 tonnes.
Cet important potentiel énergétique n’a évidemment
que la valeur que peut lui donner la maîtrise de sa libération.
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4. UTILISATION ACTUELLE DU PLUTONIUM

Très tôt, les responsables français de l’énergie
atomique prévoient d’utiliser pour la production nucléaire
d’électricité le potentiel d’énergie
que représente le plutonium formé dans le combustible
des réacteurs électrogènes utilisés (filière
graphite-gaz puis filière à eau sous pression).
La fission du plutonium peut être obtenue par des neutrons,
qu’ils soient lents (réacteurs électrogènes
actuels et E.P.R.) ou qu’ils soient rapides (Phénix ou
Superphénix). L’intérêt de la mise en œuvre
de neutrons rapides (tels qu’ils sont émis dans la fission)
repose sur le fait que, dans cette option, les rendements de fission
des différents isotopes du plutonium sont assez voisins. La
fission par des neutrons ralentis (neutrons thermiques) privilégie
les isotopes de masse impaire (239Pu, 241Pu,
243Pu) et la formation d’isotopes plus lourds de
cet élément. En toute logique scientifique industrielle
les nombreuses études et recherches en neutronique aboutissent
en 1967 au démarrage sur le centre de Cadarache d’un
réacteur pilote de faisabilité refroidi au sodium liquide,
dénommé Rapsodie (de rapide et sodium), sans vocation
électrogène et de puissance thermique 40 MW. Parallèlement,
un atelier-pilote, AT1, est construit sur le centre de la Hague pour
démontrer la faisabilité du retraitement industriel
du combustible usé des réacteurs rapides jusqu’à
des taux de combustion très élevés.
En 1974, un réacteur pilote industriel à vocation électrogène
et surgénératrice, de puissance électrique 250
MW, Phénix, diverge à son tour sur le centre de Marcoule.
Enfin, après plus de vingt ans d’expérience préindustrielle,
une tête de série industrielle, Superphénix, débute
son fonctionnement sur le site de Creys-Malville. Outre sa vocation
de consommation et de valorisation du plutonium, cette filière
de réacteurs à neutrons rapides (RNR) présente
également l’avantage de permettre l’utilisation
de l’uranium 238 non fissile par sa transformation en plutonium,
destiné à être à son tour consommé
en réacteur (d’où le nom de surgénérateur
donné à ce type de réacteur). Cette possibilité
est modulable et permet de maîtriser le bilan du plutonium.
Enfin, en vocation secondaire mais non négligeable, il est
possible de transformer (incinérer) des éléments
parmi les plus radiotoxiques présents dans les déchets,
en éléments à vie courte. A ce stade du développement,
il est envisagé le projet d’un parc de plusieurs réacteurs
rapides associés à des installations de retraitement
et de fabrication de combustibles.
Mais des difficultés technologiques affectant le fonctionnement
de Superphénix, une croissance de la demande en énergie
plus faible que celle prévue dans les années 1970, la
chute du cours de l’uranium conduisent à différer
le développement de cette filière et à privilégier
la capacité des installations pour la destruction des déchets.
Enfin, en 1997, une décision visant à donner satisfaction
au lobby des opposants à l’énergie nucléaire,
conduit à l’arrêt et au démantèlement
de Superphénix, transformant des difficultés en renoncement.
Ce renoncement a forcément eu un impact sur la crédibilité
française dans ce domaine d’avenir. Les études
sur la destruction des déchets sont reportées sur le
réacteur Phénix, maintenu en survie.
Dès 1985, EDF prend la décision de recycler dans une
partie de ses réacteurs producteurs d’électricité,
du plutonium extrait dans les usines de retraitement sous forme d’un
combustible mixte composé d’oxyde d’uranium appauvri
et d’oxyde de plutonium, dénommé MOX. Le plutonium
fissile remplace l’uranium 235.
Un combustible MOX peut contenir jusqu’à 7% de plutonium
et donc 93% d’uranium appauvri. Au déchargement du réacteur,
la teneur en plutonium d’un combustible MOX usé n’est
plus que de 4,5 %, La consommation en plutonium d’un assemblage
MOX compense la production en plutonium de deux assemblages combustibles
standards à l’uranium.
Il est à noter que ce type de combustible est utilisé
dans des réacteurs en Belgique et en Allemagne depuis près
de quarante ans, d’abord à titre expérimental
puis progressivement de façon industrielle.
Actuellement, environ 1000 tonnes de combustible uranium et 100 tonnes
de combustible MOX sont déchargées chaque année
en France du parc de réacteurs à eau sous pression.
Après un séjour dans les piscines de réacteurs,
les assemblages sont transportés à l’usine de
retraitement de la Hague. Chaque année également, 850
tonnes de combustibles sont retraitées, produisant environ
8,5 tonnes de plutonium séparé, destiné à
être recyclé sous forme de MOX.
Les actions de recherche et développement en cours visent essentiellement
: • à obtenir des combustibles
MOX présentant un niveau énergétique équivalent
aux assemblages combustibles uranium actuel
• à obtenir une teneur en plutonium maximale dans le
mélange d’oxydes.
L’objectif final est d’atteindre la parité, c’est-à-dire
l’égalité entre les flux de plutonium produit
et séparé et le flux de plutonium consommé.
Il faut signaler qu’un réacteur du type EPR peut être
chargé totalement en combustible MOX.
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5. MAITRISE DES RISQUES. 
Les dangers associés à la mise en œuvre du plutonium
sont bien connus. Leur maîtrise passe essentiellement par le
confinement de l’élément. Les techniques utilisées
n’ont rien d’exceptionnel. Elles ont été
développées depuis plus de cinquante années comme
celles auxquelles il a été fait appel pour le confinement
des substances biologiques dangereuses (toxines – virus) ou
inversement pour la protection de produits ou matériels sensibles
(salles blanches - atmosphères stériles ou chimiquement
neutres).
Le risque de rassemblement de quantités de plutonium pouvant
conduire à une réaction de fission incontrôlée
(criticité) est maîtrisé par une comptabilité
stricte limitant les masses et par la géométrie (forme,
capacité) et la nature des équipements.
Pour les transits hors des installations et entre des établissements,
ces mesures de prévention sont maintenues par, tout d’abord,
l’usage de conteneurs spéciaux (FS 47, FS 65-1300, TN
GEMINI) adaptés aux diverses formes sous lesquelles se trouve
le plutonium. Ces matériels répondent tout à
la fois aux nécessités de protection radiologique et
de protection physique (contre toute agression) dans le cadre des
règlements de transports des matières dangereuses et
des matières nucléaires. De plus, la protection des
véhicules utilisés est fondée sur le concept
de défense en profondeur, multipliant le nombre de barrières
vis-à-vis de toutes agressions. Il est peut-être utile
de rappeler que le déroulement d’un transport de matières
nucléaires demeure sous surveillance permanente. Les dispositifs
techniques, les modes opératoires et l’exécution
des transports font l’objet de très fréquentes
inspections auxquelles s’ajoute la vigilance des organisations
opposées à l’industrie nucléaire. A l’abri
de toute banalisation, les transferts entre les sites industriels
nécessitent annuellement, en France, environ deux cents transports
de ce type.
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6. CONCLUSION. 
Le plutonium formé actuellement lors de la production d’électricité
par le parc nucléaire a une valeur énergétique
certaine et démontrée. Sa gestion actuelle par l’électricien
national permet une maîtrise des stocks en conservant toutes
les options ouvertes pour l’avenir. Cependant il est évident
que le développement durable de la production d’énergie
par fission nucléaire passe par la mise en œuvre de réacteurs
à neutrons rapides permettant tout à la fois la valorisation
énergétique du plutonium, la destruction de certains
déchets et surtout l’utilisation optimale des ressources
mondiales en uranium. Sur les six options étudiées pour
la génération IV, la moitié concerne des réacteurs
à neutrons rapides.
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