1. INTRODUCTION 
A l'origine, un combustible était une substance qui, en se
combinant avec l'oxygène lors d'une réaction chimique,
produisait de la chaleur (feu de bois), la forme la plus classique
de l'énergie. Par similitude, l'URANIUM qui produit de l'énergie
lors de réactions de fission est appelé "combustible
nucléaire".
Partout présent dans la croûte terrestre à l'état
de traces (2 ppm1 ) ou dans l'eau des océans (3 ppb2
), l'uranium peut atteindre des concentrations allant jusqu'à ±1
% dans les roches primaires (granites & schistes) ou tertiaires (calcaires),
qui constituent les gisements miniers répartis sur tous les continents,
dont la pechblende est l'une des formes les plus répandues. Mais
il faut rappeler que la première utilisation de l'uranium a été
la faïence et la céramique où il servait à la
préparation de pigments jaune, orange et vert par extraction d'oxydes
(uraninite, vanadate, carnotite) ou de phosphates (autunite).
Comme pour le charbon ou le pétrole, entre l'extraction et l'utilisation
en combustible dans une centrale thermique, la production d'énergie
par l'uranium est soumise à plusieurs étapes. Ces étapes
industrielles constituent l'amont du cycle du combustible nucléaire
(voir la rubrique sur www.energethique.com) :
- prospection des gisements,
- extraction du minerai,
- concentration en uranium des minerais sur les lieux d'extraction
(le minerai d'origine ne contient généralement que ±1
% d'uranium),
- conversion du concentré d'uranium sous forme d'hexafluorure
(UF6),
- enrichissement de l'UF6 en isotope 235U
pour passer de la concentration naturelle de 0.72 % de 235U/238U
à environ 3 à 4 % (en fonction du type de réacteur
d'utilisation),
- fabrication du combustible par conversion de l'UF6
en pastilles frittées d'UO2 empilées dans les
crayons, lesquels sont regroupés en assemblage.
1 2 parties
par million, 2.10-6 ou encore 2 millionièmes de la masse de matériaux
observés
2 3 parties par billion, 3.10-12
|
|
2. CARACTERISTIQUES DE L'URANIUM 
Sur le plan chimique, l'uranium, élément de numéro
atomique Z = 92 fait partie de la famille des actinides [qui compte
quinze éléments de l'actinium (Z = 89) au lawrencium
(Z = 103)]. C'est l'élément naturel le plus lourd.
Il comprend de nombreux isotopes, dont les plus importants sont
238U (fertile) à 99,27 %, 235U (fissile)
à 0,72 % et 234U à 0,005 %, outre 232U,
233U, 236U, 237U et 239U.
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Caractéristiques des isotopes de l'uranium
| Isotope |
Période
de fission spontannée |
Période
de désintégration (T1/2) |
Désintégrations
mode, énergie en MeV, (%) |
| 232U |
8.1013
an |
68,9
an |
a
5,32 (68,6 %), a 5,26 (31,2
%), g 0,058, |
| 233U |
1,7.1017
an |
1,6.105
an |
a
4,82 (82,7 %), a 4,78 (14,9
%), g 0,097, |
| 234U |
2.1016
an |
2,5.105
an |
a
4,77 (72 %), a 4,72 (23%), |
| 235U |
3,5.1017
an |
7,0.108
an |
a
4,40 (57 %), a 4,38 (18 %),
g 0,19, |
| 236U |
2.1016
an |
2,3.107
an |
4,49 (74 %), a 4,46 (14,9
%), |
| 237U |
|
6,75
jours |
b-
0,52, g 0,06, |
| 238U |
8,2.1015
an |
4,5.109
an |
a
4,20 (77 %), a 4,15 (23 %), |
| 239U |
|
23,5
minutes |
b-
1,29, g 0,075, |
Chaînes de décroissance
| 238U |
|
235U |
|
238U
4,2 MeV
4,5.109a |
|
234U
4,8
2,4.105a |
|
|
|
|
Z
92 |
235U
4,4
7.108 a |
|
|
|
|
| ê |
234Paì
0,5
6,7 h |
ê |
|
|
|
|
91 |
|
231Pa
5,0
3,3.104a |
|
|
|
| 234Thì
0,2
24 j |
|
230Th
4,7
7,5.104a |
|
|
|
|
90 |
231Thì
0,3
25,5 h |
ê |
227Th
6
18,7 j |
|
|
| |
|
ê |
| |
|
|
89 |
|
227Acì
0,04
21,8 a |
ê |
|
|
| |
|
226Ra
4,8
1600a |
|
|
|
|
88 |
|
|
223RA
5,7
11,4 j |
|
|
| |
|
ê |
|
|
|
|
87 |
|
|
ê |
|
|
| |
|
222Rn
5,5
3,8 j |
|
|
|
|
86 |
|
|
219Rn
6,8
3,96 s |
|
|
| |
|
ê |
|
|
|
|
85 |
|
|
ê |
|
|
| |
|
218Po
6
3 mn |
|
214Po
7,7
164 ms |
|
210Po
5,3
138 j |
84 |
|
|
215Po
7,4
1,8 ms |
|
|
| |
|
ê |
214Biì
1,5
19,9mn |
ê |
210Biì
1,2
5 j |
ê |
83 |
|
|
ê |
211Bi
6,6
2,2mn |
|
| |
|
214Pbì
0,7
26,8 mn |
|
210Pbì
0,02
22,3 a |
|
206Pb
Stable |
82 |
|
|
211Pbì
1,4
36,1mn |
ê |
201Pb
Stable |
| |
|
|
|
|
|
|
81 |
|
|
|
207Tlì
1,4
4,8 mn |
|
| 238U = isotope- 4,2 = énergie en MeV- 4,5109
a = période (T1/2)- désintégrations ê = a, ì= b- |
A l'état élémentaire, l'uranium est un métal avec
une masse volumique très élevée : r
= 19,04 kg/dm3 ayant des similitudes avec le chrome et le tungstène, en
contact avec l'eau et l'air il produit des réactions pyrophoriques extrêmement
violentes.
La capacité de fission spontanée de l'235U peut conduire à
des réactions très dangereuses : la criticité, lorsqu'il
est concentré sous une géométrie sphérique avec
un réflecteur d'eau. Les masses critiques conduisant au déclenchement
de la réaction sont de 22,8 kg pour l'235U métal, 11 kg pour 235UO2
et 0,810 pour l'235U en solution aqueuse. |
3. PROSPECTION DE L'URANIUM 
Après avoir rassemblé toutes les données géologiques
et minières existantes, la recherche des gisements exploitables débute
par les techniques d'imagerie radiométrique (détection des
gammas du radon, descendant de l'uranium) soit à pied, en automobile,
par avion, hélicoptère ou même l'imagerie par satellite.
Suite à leur interprétation, les zones identifiées
sont confirmées par des investigations directes faisant appel à
l'ensemble des techniques utilisées en géophysique, qui seront
complétées par l'analyse en laboratoire de prélèvements
obtenus par sondage. Ces opérations durent plusieurs années
et coûtent de l'ordre de 50 M€.
S'ensuit l'étape de délimitation du gisement, d'évaluation
des ressources (confirmées et additionnelles estimées) et
des coûts d'exploitation. Si la décision d'exploiter le gisement
est prise, débute alors une longue démarche administrative
et juridique (permis de recherche, concession, permis de construire et
|
4. EXTRACTION MINIÈRE 
L'Uranium est exploité sur tous les continents (sauf l'Antarctique)
à partir de mines dans une carrière à ciel ouvert ou
d'une galerie souterraine. La Cogema, actuellement devenue une filiale du
groupe industriel nucléaire Areva, a commencé à exploiter
les zones uranifères du Limousin en 1949. Les 28 mines ouvertes dans
le Massif Armoricain, le Massif Central, les Vosges et dans les bassins
d'Aquitaine et de Lodève, peu riches en teneur et en quantité,
ont progressivement été fermées à partir des
années 90 et la dernière, celle de Jouac (Haute-Vienne), a
cessé son activité en 2001. Au total, pour extraire en France
72 000 tonnes d'uranium, Cogema a extrait de l'ordre de 52 millions de tonnes
de minerai. Après exploitation, les excavations sont généralement
comblées par les roches stériles et recouvertes des terres
végétales. Des mines à ciel ouvert peuvent être
inondées et transformées en lacs. L'exploitation en galerie
souterraine fait l'objet de précautions particulières (ventilation)
vis-à-vis des émanations de radon (gaz radioactif issu de
la désintégration de l'uranium).
Le gisement actuellement le plus riche et le plus important en cours
d'exploitation avec environ 30 % de la production mondiale est canadien,
dans la province du Saskatchewan, avec des teneurs de quelques pourcents
et parfois plus de 10 %. Viennent ensuite les mines australiennes et d'Afrique
du Sud et Centrale. La mise en exploitation récente d'un gisement
d'uranium au Kazakhstan par Areva répond à la volonté
du groupe de poursuivre sa stratégie de diversification de ses
sources d'approvisionnement.
|
5. CONCENTRATION DES MINERAIS 
La très faible concentration en uranium des minerais conduit à
les traiter sur le site même de la mine, afin de réduire les
coûts de transport, de laisser les "stériles" sur
leur lieu de production et de fournir un produit marchand : le "yellow-cake".
Après concassage et broyage du minerai, l'uranium en est extrait
par réactions chimiques (acide ou basique) dans une solution aqueuse.
La solution uranifère, avec un taux de récupération
d'uranium supérieur à 90 %, est ensuite traitée par
précipitation ou extraction sur des résines échangeuses
d'ions afin de purifier et de concentrer l'uranium. Ce concentré
est alors précipité sous forme d'uranate qui constitue finalement
le "yellow-cake" (NH4)2U2O7 titrant entre 65 et 70 % en masse
d'uranium métal. Cet aggloméré de poudre, chimiquement
très stable, est alors mis en conteneurs aisément transportables.
|
6. CONVERSION EN UF6 
Les "yellow-cake" produits sur les cinq continents sont
dirigés sur les quelques usines de raffinage et de conversion
existantes dans le monde : Etats-Unis, Grande Bretagne, Russie ainsi
qu'en France dans les usines COMURHEX de Malvési et de Pierrelatte.
L'UF6 a le mérite de se présenter sous forme
solide à une température et une pression ambiantes et
de se gazéifier à température modérée.
Le fluor est un élément naturel mono-isotopique (19F)
ce qui limite à seulement trois molécules différentes
(234UF6, 235UF6 et 238UF6) particulièrement
bien adaptées aux opérations de séparation pour
obtenir l'enrichissement.
Le procédé commence par le raffinage qui comporte la dissolution
du "yellow-cake" par l'acide nitrique, puis l'extraction d'une
solution de nitrate d'uranyle purifié à l'aide d'une solution
de phosphate (tri-butyl-phosphate TBP). Les opérations de conversion
proprement dites suivent les étapes suivantes :
- précipitation de l'uranate par addition d'ammoniac à la
solution purifiée de nitrate d'uranyle,
- filtration à chaud de la solution pour produire de l'oxyde d'uranium
(VI),
- réduction de l'UO3 en UO2 à 1073 K sous l'action de l'hydrogène
produit par le craquage de NH3,
- conversion à chaud de l'UO2 en UF4 par l'attaque à l'acide
fluorhydrique gazeux (HF),
- combustion de l'UF4 en présence de fluor (F2) dans un réacteur
à flamme (2073 K), conduisant à la production de l'UF6.
|
7. ENRICHISSEMENT 
Deux méthodes sont couramment employées industriellement pour
"enrichir" une partie de l'UF6 en 235U (l'isotope fissile) au
détriment de l'autre partie qui sera qualifiée "d'appauvri"
: la diffusion gazeuse et l'ultracentrifugation. Une troisième méthode
a été développée par le CEA, le procédé
SILVA, consistant à ioniser sélectivement les atome d'235U
à l'aide de rayonnement laser, mais n'a pas fait l'objet de réalisation
industrielle.
Les deux méthodes industriellement exploitées ont un pouvoir
séparateur très faible et nécessitent un très
grand nombre d'étapes successives, en cascade, pour obtenir le
taux d'enrichissement désiré : de 3 à 5 % pour les
combustibles électronucléaires et à plus de 90 %
pour les applications militaires en partant de 0,72 % d'235U/U. Les cascades
sont conçues pour optimiser le niveau d'enrichissement (flux entrant,
flux enrichi, flux appauvri) exprimé en Unités de Travail
de Séparation – UTS. Un Réacteur à Eau Pressurisée
(REP) consomme environ 100 000 UTS/an, à raison de 5 UTS/kg d'U
enrichi à 3,7 %. Cette opération se termine par la conversion
de l'UF6 enrichi en poudre d'UO2 par des procédés de précipitation
et d'asséchage.
Les 1.400 étages de diffusion gazeuse montés en série
à l'usine Georges Besse de la société EURODIF, située
à Pierrelatte, ont été mis en service en 1978. Ils
fournissent près du quart des UTS produites annuellement dans le
monde. A terme, la diffusion gazeuse sera remplacée par l'ultracentrifugation
(procédé URENCO), bien moins onéreuse et vorace en
énergie (l'usine de Pierrelatte, à pleine charge, nécessite
trois des quatre réacteurs EDF de 900 Mw de la Centrale du Tricastin).
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8. FABRICATION DU COMBUSTIBLE 
La préparation des combustibles pour réacteurs électrogènes
à eau légère repose sur des techniques de métallurgie
des poudres. Ces poudres sont comprimées dans des presses pour
former de petites pastilles qui sont ensuite frittées à
très faute température (1973 K) sous atmosphère
réductrice (argon/hydrogène). Après rectification
les pastilles d'UO2 se présentent sous forme de
cylindres : h = 15 mm, Ø = 8,2 mm. Elles sont alors empilées
dans des tubes de zircaloy 4, longs de 4 mètres, placés
sous pression d'hélium et forment ainsi les aiguilles combustibles.
Ces aiguilles sont rassemblées dans des assemblages de 17
x 17 selon le standard d'EDF.
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9. RESSOURCES ET MARCHE
Les ressources mondiales d'uranium exploitables à un coût inférieur
à 80 $/kg s'élèvent à environ 2,5 Mt (millions
de tonnes). Ces ressources peuvent être portées à 3,3
Mt pour un coût de 130 $/kg. Alors que les "ressources raisonnablement
accessibles" (RRA) sont évaluées à 6,3 Mt. A titre
de comparaison, à ce jour environ 1,2 millions de tonnes ont été
utilisés, 800 millions de tonnes constituent les stocks et le parc
électronucléaire actuel consomme environ 50.000 t par an.
D'autres gisements moins riches ou plus difficiles à exploiter constituent
d'importantes réserves potentielles. Au-delà, des milliards
de tonnes pourraient être extraites de l'eau des océans.
|
| Ressources mondiales |
| Pays |
% |
La réduction des arsenaux nucléaires stratégiques
libère d'importantes quantités d'U très enrichi,
tandis que l'évolution des technologies des réacteurs
en permet une meilleure utilisation.
Mais surtout deux ressources énormes sont d'ores et déjà
disponibles :
- la technologie des réacteurs à neutrons rapides (Phénix),
- l'utilisation du thorium,
elles portent la disponibilité des ressources d'énergie
nucléaire à plusieurs milliers d'années, c'est-à-dire
bien supérieures au pétrole, au gaz et au charbon réunis,
tout en évitant leurs nuisances pour l'environnement
|
| Australie |
24 |
| Kazakhstan |
17 |
| Canada |
13 |
| Afrique du Sud |
9 |
| Russie |
6 |
| Namibie |
6 |
| USA |
4 |
| Niger |
3 |
| Ouzbékistan |
3 |
***************************** |
|