L'Énergie pour le futur - L'option nucléaire
Position de l'EPS


La position de l’EPS

La Société Européenne de Physique (EPS) est un organisme indépendant, financé par des sociétés nationales de physique, d’autres organismes et des membres individuels. Elle représente plus de 100.000 physiciens et peut être appelée comme expert dans tous les domaines concernant la physique. Le compte-rendu d’expertise comprend deux parties : l’avis de l’EPS, qui résume ses recommandations, et une partie scientifique et technique. La partie scientifique et technique est essentielle au compte-rendu puisqu’elle contient tous les faits et arguments qui déterminent l’avis de l’EPS.

(i) Objectif du compte rendu d’expertise (préambule) L’utilisation de l’énergie nucléaire pour la production d’électricité est l’objet d’un débat mondial : certains pays augmentent fortement son exploitation, d’autres l’abandonnent progressivement, d’autres encore édictent des lois pour l’interdire. Ce document vise à présenter de façon impartiale la position des pro- et des anti-nucléaires et à informer décideurs et public de faits vérifiables. Il a pour objectif de contribuer à un débat démocratique qui prend en compte aussi bien les faits scientifiques et techniques que l’avis de personnes directement concernées.

(ii) Consommation future d’énergie et production d’électricité (Section 1) L’accroissement de la population mondiale - de 6,5 milliards d’individus actuellement à 8,5 milliards estimés en 2050 - s’accompagnera d’une augmentation de la demande en énergie de 1,7 % par an. Aucune source ne sera en mesure d’assurer les besoins en énergie des générations futures. En Europe, environ un tiers de l’énergie est produit sous forme d’électricité, dont 31 % est fournie par des centrales nucléaires et 14,7 % par des sources d’énergie renouvelable. Bien que la contribution des sources d’énergie renouvelable ait cru significativement depuis le début des années 1990, la demande en électricité ne pourra pas être satisfaite de manière réaliste sans une contribution nucléaire.

(iii) Nécessité d’un cycle de production d’énergie sans émission de C02 (Section 1) L’émission des gaz à effet de serre, dont le dioxyde de carbone est le principal, a amplifié l’effet de serre naturel et conduit à un réchauffement climatique. La principale contribution est due à l’utilisation de combustibles fossiles. Une augmentation supplémentaire de C02 aura des effets décisifs sur la vie sur terre. Il faut un cycle énergétique ayant une émission minimale de CO2 pour combattre tout changement climatique. Les centrales nucléaires produisent de l’électricité sans émission de CO2.

(iv) La production d’énergie nucléaire, aujourd’hui (Section 2) Dans le monde, 435 centrales nucléaires produisent aujourd’hui 16 % de l’électricité. Elles fournissent de l’électricité de manière fiable, tant en période de faible demande qu’en période de pointe. L’accident de Tchernobyl a provoqué de vastes discussions sur la sûreté des centrales nucléaires, et des inquiétudes sérieuses se sont fait jour. La capacité nucléaire de l’Europe augmentera vraisemblablement peu dans le futur proche, alors qu’un important développement est prévu en Chine, aux Indes, au Japon et en République de Corée.

(v) Inquiétudes (Sections 3 et 4) Comme toute source d’énergie, la production d’énergie nucléaire n’est pas exempte de risques. La sûreté des centrales nucléaires, le stockage des déchets, les possibilités de prolifération et les menaces de mouvements extrémistes, sont l’objet de sérieuses inquiétudes. Jusqu’où les risques associés sont-ils acceptables ? C’est une question de jugement qui doit aussi prendre en compte les risques spécifiques aux sources d’énergie alternative. Ce jugement doit être établi, de manière rationnelle, à partir de données techniques, de découvertes scientifiques, de discussions ouvertes basées sur des preuves, et en comparaison avec les risques associés aux autres sources d’énergie.

(vi) La production d’énergie nucléaire dans le futur (Section 5) En réponse au souci de sécurité, on a développé une nouvelle génération de réacteurs (Génération III) caractérisée par des avancées technologiques fondamentales au niveau de la sûreté, une amélioration de la prévention des accidents avec, comme but principal, de confiner tout le matériau radioactif dans la cuve de retenue, dans le cas, par ailleurs extrêmement peu vraisemblable, d’une fusion du cœur, En 2002, un groupe international de travail a présenté les concepts de réacteurs, de génération IV, intrinsèquement sûrs. Ils présentent, de plus, un avantage économique dans la production de l’électricité, génèrent une quantité réduite de déchets à stocker, et rendent la prolifération plus difficile. Quoiqu’un effort de recherche soit encore nécessaire, Un certain nombre de ces réacteurs pourraient être opérationnel dès 2030. Des systèmes pilotés par accélérateur permettent de réaliser la transmutation du plutonium et des actinides mineurs dont la présence constitue actuellement le risque majeur de radioactivité à long terme des réacteurs à fission. Ceux-ci pourraient contribuer largement à la production d’énergie au-delà de 2020. Les réacteurs à fusion produisent de l’énergie sans C02 par fusion de deutérium et tritium. Contrairement aux réacteurs à fission, ils ne produisent pas de déchets à longue durée de vie. Cette option prometteuse pourrait être disponible pour la seconde moitié de ce siècle.

(vii) L’avis de l’EPS (Section 6) Étant donnés les problèmes d’environnement auxquels notre planète est confrontée, nous espérons, pour nous-mêmes et pour les futures générations, qu’on ne renoncera pas à une technologie qui a fait la preuve de sa capacité à délivrer une électricité fiable et sûre, sans émission de C02. L’énergie nucléaire peut et doit apporter une importante contribution à l’ensemble des sources à faible émission de CO2. Cela ne sera possible que si l’accord du public est obtenu, via un débat ouvert et démocratique qui respecte les inquiétudes des citoyens et les informe au travers de faits scientifiques et techniques vérifiables. Depuis que certains pays européens s’opposent à la production d’énergie nucléaire et que peu d’entre eux seulement soutiennent la fusion nucléaire, le nombre d’étudiants dans ce domaine, ainsi que le nombre de personnes compétentes en science nucléaire diminue. Il y a un fort besoin de formation en science nucléaire et de préservation de la connaissance dans ce domaine. Besoin aussi de recherche à long terme, tant en fission qu’en fusion nucléaire, ainsi que sur les méthodes d’incinération, de transmutation et de stockage des déchets. L’Europe a besoin de rester compétitive en matière de développement des réacteurs futurs, indépendamment de toute décision sur leur éventuelle construction en Europe. Ceci est une raison supplémentaire pour investir en R&D dans les réacteurs nucléaires, si l’Europe veut être capable de suivre les programmes des pays en voie de développement rapide engagés dans la construction de centrales nucléaires, comme la Chine et l’Inde, et les aider à assurer leur sécurité, au travers d’une participation active à l’IAEA, par exemple.

Le Comité Exécutif de l’EPS Novembre 2007

Partie Scientifique et Technique - Préambule

La Société Européenne de Physique a la responsabilité de faire connaître sa position dans les domaines où la physique joue un rôle important, et qui sont d’un intérêt général pour la société. L’exposé qui suit sur l’Option Nucléaire et son rôle dans le futur pour la production d’électricité, à grande échelle, en économie durable et sans émission de CO2, est motivé par le fait que la plupart des pays européens fortement développés ne tiennent pas compte de l’option nucléaire dans leur politique énergétique à long terme. Le changement climatique, l’accroissement de la population mondiale, les ressources limitées de notre planète, la très forte croissance économique des pays d’Amérique Latine et d’Asie, et l’aspiration légitime des pays en voie de développement d’atteindre un niveau de vie raisonnable, sont autant de raisons qui rendent inéluctable le recours à des ressources énergétiques durables. Les auteurs de ce rapport sont membres du Comité de Physique Nucléaire (NPB) de l’EPS. Ils travaillent dans le domaine des études nucléaires fondamentales, mais n’ont aucune implication dans l’industrie de l’énergie nucléaire. Ce rapport présente leur perception de la position des “pro“ et des “anti“ énergie nucléaire comme source durable, susceptible de répondre à nos besoins énergétiques à long terme. Nous demandons que l’arrêt des centrales nucléaires qui fonctionnent de manière sûre et efficace soit réexaminé, et que des recherches futures soient menées sur l’option nucléaire, et en particulier sur les réacteurs de IVe génération, qui représentent une avancée significative en matière de sécurité, de recyclage du combustible et d’incinération ou stockage des déchets radioactifs. Nous insistons sur la nécessité de préserver la connaissance dans le domaine nucléaire, par l’enseignement et la recherche dans les Universités et Instituts Européens.

- Hartwig Freiesleben (Président du NPB : Comité de Physique Nucléaire de l’EPS), Université Technique de Dresde, Allemagne
- Ronald C. Johnson, Université du Surrey, Guilford, Grande-Bretagne
- Olaf Scholten, Institut de Physique Nucléaire, Groningen, Pays-Bas
- Andreas Türler, Université Technique, Munich, Allemagne
- Ramon Wyss, Institut Royal de Technologie, Stockholm, Suède


Novembre 2007
 Société Européenne de Physique (The European Physical Society)
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68060 Mulhouse cedex
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