1. POURQUOI S’INTERESSER AUX
FAIBLES DOSES ?
L’effet des rayonnements ionisants
sur les cellules vivantes est reconnu depuis le début du
20ème siècle. La corrélation entre les effets
observés et la dose reçue est actuellement bien établie
lorsqu’il s’agit des doses les plus élevées
(voir fiche N° 1) mais il n’en n’est pas de même
en ce qui concerne les faibles doses.
La connaissance des effets des faibles doses
est cependant très importante car c’est essentiellement
sur elle que s’appuie la réglementation pour imposer
les limites acceptables pour la population et les travailleurs.
Si elle est trop restrictive, elle créera une entrave inutile
à l’usage industriel et médical de la radioactivité
; si elle est trop laxiste, elle pourrait permettre des dommages
sanitaires qui auraient pu être évités. Y a-t-il
oui ou non un seuil au-dessous duquel les effets de la radioactivité
ne sont pas décelables ?
D’un point de vue médical et
biologique, la réponse à cette question apparaît
d’autant plus complexe qu’il existe une irradiation
naturelle de nature et de niveau variable selon les régions
avec des doses variant d’un facteur 1 à 100 ; par ailleurs
les pathologies pouvant être radio-induites aux faibles doses,
cancers notamment, ne sont pas spécifiques des rayonnements
ionisants et leur fréquence spontanée est élevée
(incidence de plus de 30 % dans les pays développés).
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2. DEFINITIONS ET CONVENTIONS
L’homme vit depuis l’origine
des temps dans un bain de rayonnements. Rayonnements venus de l’espace
(cosmiques) et rayonnements émis par son milieu de vie, la
terre (telluriques). Cette référence naturelle permet
de mieux juger de l’importance des valeurs annoncées
dans diverses communications et publications. Cette dose naturelle
d’irradiation est de 2,5 millièmes de Sievert 1
par an en moyenne en France. Elle peut varier d’un facteur
deux suivant le lieu dans notre pays et atteindre jusqu’à
cinquante fois cette valeur dans certaines régions du monde.
De plus, il faut noter que le corps humain
contient plusieurs éléments naturels dont la radioactivité
totale, de l’ordre d’une dizaine de milliers de becquerels 2
, est responsable d’une dose interne de 0,25 millième
de Sievert par an 3 .
Il faut également préciser
ce que l’on entend par « Faible Dose ». Ce sont
les doses en dessous desquelles il n’y a pas de différence
de fréquence des cancers entre les groupes exposés
et les groupes témoins non exposés. Ces données
sont issues de l’épidémiologie complétée
par des résultats expérimentaux. Sur ce fondement
scientifique, le Comité des Nations Unis sur les Sources
et Effets des Radiations Atomiques (UNCEAR) ainsi que l’Académie
des Sciences des Etats-Unis ont conclu que le domaine des ‘’faibles
doses‘’ correspondait à des doses inférieures
à 100 à 200 mSv reçues dans un temps court.
Dans le domaine professionnel comme dans celui des populations pouvant
être exposées aux rejets d’installations nucléaires,
les doses et les débits de dose sont bien plus faibles. Dans
ce texte, on appelle ‘’faibles doses‘’ des
doses voisines de celle de l’irradiation naturelle annuelle.
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1 la dose efficace
– plus couramment appelée la dose- reçue par un
organisme vivant est exprimée en Sievert, unité qui
tient à la fois compte de la quantité et de la nature
du rayonnement (alpha, bêta, gamma, neutron) et de la radiosensibilité
des tissus irradiés. On utilise fréquemment ses sous-multiples
: le millième de Sievert ou milliSievert (mSv) et même
le millionième de Sievert ou microSievert (µSv)
2 La radioactivité se mesure en Becquerel. Cette
unité, très petite, correspond à la désintégration
d’un atome radioactif par seconde . Elle s’exprime en
général en becquerel par kilogramme (Bq/kg) ou en becquerel
par litre (Bq/l).
3 Georges CHARPAK, prix Nobel de Physique, a proposé
d’utiliser comme référence cette quantité
d’irradiation naturelle, pratiquement la même chez tous
les individus dans le monde, sous le nom de DARI (Dose Annuelle due
aux Rayonnements Internes) qui aurait l’avantage indéniable
d’être une référence universelle de taille
humaine, facile à utiliser et à comprendre. Elle s’exprime
couramment en kilobecquerel ou en mégabecquerel.
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3. EFFETS DES RAYONNEMENTS
3.1 TYPES D’EFFETS
Schématiquement, on observe deux
types d’effets :
• les effets
certains (dits déterministes). Ils apparaissent sur un individu
dès que la dose reçue dépasse un seuil. Les
seuils varient suivant l’effet. Au-delà du seuil, la
gravité croît avec la dose reçue.
• les effets
aléatoires (dits stochastiques).Ce sont les cancers et effets
héréditaires. Cependant il n’a pas été
mis en évidence dans l’espèce humaine des effets
héréditaires même dans les populations irradiées
dans lesquelles un excès de cancers a été observé.
En pratique, l’étude des effets stochastiques s’est
donc focalisée sur le risque cancer. Ces effets sont appelés
stochastiques car rien ne permet de savoir quel individu sera atteint
dans une population irradiée. Par ailleurs, bien souvent,
rien ne distingue sur le plan clinique les cancers induits par les
rayonnements de cancers d’autres origines (dont la fréquence
naturelle est élevée). Enfin il s’agit de pathologies
dont la fréquence d’apparition après irradiation
est modeste : 5% d’excès de décès par
cancer dans une population formée d’individus ayant
reçu une dose de 1 Sievert (à débit de dose
faible) .Il s’agit d’effets à long terme dont
la fréquence croît avec la dose. On ne peut les observer
que statistiquement sur des groupes très importants de population.
Le domaine des faibles doses est celui des
effets aléatoires.
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3.2 ACTIONS SUR LA CELLULE
Les rayonnements interagissent simultanément
avec toutes les structures de la cellule en créant des ionisations.
Dans une cellule, la plupart des structures existent en de très
nombreuses copies et l’altération d’une ou plusieurs
de ces structures a peu de chance de perturber le fonctionnement
cellulaire. Il en est tout autrement si l’irradiation touche
l’A.D.N., support du patrimoine génétique. En
effet, l’A.D.N. est une molécule unique qui a deux
fonctions essentielles : d’une part sa duplication ’’à
l’identique’’ permet la transmission sans modification
du patrimoine génétique aux cellules lors de la multiplication
cellulaire, d’autre part la lecture de gênes inscrits
dans l’A.D.N. permet la fabrication de toutes les protéines
et enzymes qui permettent le fonctionnement cellulaire. La cible
fragile de la cellule est l’ADN qui est constitué de
deux brins identiques enroulés. Le rayonnement peut casser
un simple brin ou un double brin.
Dans une cellule normale placée dans
une ambiance naturelle, du fait de son environnement métabolique,
on peut constater chaque jour près de 90.000 cassures sur
l’un des deux brins de l’ADN, et une dizaine de cassures
sur les deux brins à la fois.
Ces lésions seraient incompatibles
avec la vie de la cellule si elles n’étaient réparées
par un puissant système cellulaire de réparation de
l’ADN.
Il a été montré que
1 Sievert délivré en un temps très court (effet
maximum) cause environ 1.000 cassures simple brin et une quarantaine
double brin.
Aux faibles débits de dose, le stock
enzymatique des cellules suffit pour réparer les lésions.
Aux forts débits de dose, le système est moins efficace.
A l’extrême, une cellule trop lésée subit
l’apoptose ou mort programmée de la cellule et l’élimination
de la cellule.
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3.3 ORDRES DE GRANDEURS
Les appareils disponibles et couramment
utilisés sont capables de mesurer des niveaux d’irradiation
très largement inférieurs au niveau naturel. Cela
conduit souvent à confondre seuil de mesure avec niveau de
risque.
ll n’y a pas d’observation d’effet
clinique à court terme pour une irradiation instantanée
inférieure à 0,5 Sievert (irradiation globale aiguë).
L’irradiation médicale en France
délivre en moyenne une dose de l’ordre de 1,25 milliSievert.
L’utilisation industrielle de la radioactivité
entraîne pour la population une exposition d’environ
0,01 à 0,05 milliSievert par an. Pour mémoire, la
limite de dose annuelle pour le public résultant des expositions
autres que naturelles ou médicales est de 1 mSv.
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4. L’AVIS DES EXPERTS
Deux niveaux d’expertise interviennent
dans le domaine de l’évaluation des effets des rayonnements
ionisants et dans celui de la mise en œuvre de la protection
contre ces effets : les instances internationales et les organismes
nationaux.
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4.1 LES INSTANCES INTERNATIONALES.
L’instance de référence
est la Commission Internationale de Protection contre les Rayonnements
(ICRP ou CIPR) depuis sa création en 1928 par des spécialistes
en radiologie. Par ses recommandations, cet organisme indépendant
(O.N.G) oriente toutes les législations internationales et
nationales. Pour les besoins de la gestion de la radioprotection,
elle a préconisé une relation linéaire sans
seuil entre la dose et l’effet, extrapolée à
partir du suivi des populations irradiées à débit
de dose élevé comme à Hiroshima et Nagasaki.
Cette position est conservative, a parfois été mise
en œuvre sans discernement et fait l’objet de débats
plus sociétaux que scientifiques.
La tendance actuelle est une révision
prenant en compte l’expérience des cinquante années
de mise en œuvre de l’énergie nucléaire.
Cela se traduit en particulier par la proposition de gérer
les contraintes au niveau des sources. La dernière proposition,
projet de futures recommandations 2005, ne prévoit pas de
modifier les limites de dose.
L’Agence Internationale de l’Energie
Atomique (AIEA ou IAAE) et le Comité Scientifique des Nations
Unies pour l’Etude des Effets des Rayonnements Ionisants (UNSCEAR)
sont des organismes intergouvernementaux qui concourent à
l’étude et l’évaluation des effets des
radiations. Abel GONZALES, Directeur à l’AIEA., a proposé
de classer l’intérêt d’une intervention
destinée à limiter les effets d’une irradiation
en trois niveaux. Au-dessous de 10 mSv, l’intervention est
généralement inutile.
L’Agence de l’Energie Nucléaire
de l’Organisation de Coopération et de Développement
Economique (AEN-OCDE) et son Comité de Protection contre
les Radiations et de Santé Publique (CPRRSP ou CRPPH) interviennent
par des prises de positions. Ce comité interagit avec la
CIPR et a souligné la nécessité de clarifier
les différents niveaux de référence et limites
proposées par la CIPR.
La Communauté Européenne a
transposé en l’année 2000, dans une Directive,
les recommandations de la CIPR de l’année 1990 qui
préconisent un abaissement des limites de dose à 1
mSv en moyenne par an pour les membres du public et à 100
mSv en moyenne sur 5 ans sans dépasser 50 mSv par an pour
les travailleurs exposés.
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4.2 LES ORGANISMES NATIONAUX
En France, les experts s’expriment
au sein de l’Académie des Sciences, de l’Académie
de Médecine et de l’Institut de Radioprotection et
de Sûreté Nucléaire (IRSN) et du Commissariat
à l’Energie Atomique. Les résultats interprétables
par les experts scientifiques ou institutionnels sont issus :
(1) de l’étude des mécanismes
des effets des rayonnements tant à fortes qu’à
faibles doses sur des effets biologiques précoces ou des
cancers
(2) d’études expérimentales
permettant de comparer sur des souches de fonds génétiques
variés les effets tardifs à différents débits
de dose et types de rayonnements
(3) et enfin d’études épidémiologiques
très délicates à interpréter aux faibles
doses. Pour atteindre des certitudes raisonnables, il faudrait disposer
de populations considérables. Pour apprécier cette
importance il faut indiquer, par exemple, qu’une enquête
devrait suivre 2 millions de personnes pendant plusieurs dizaines
d’années pour mettre en évidence de façon
certaine un effet éventuel d’une dose de 100 mSv.
La position des experts scientifiques français,
d’une manière générale, souligne la nécessité
d’une clarification sur l’interprétation de l’extrapolation
vers les faibles doses des effets constatés aux doses élevées.
L’extrapolation linéaire sans seuil répond à
un besoin de gestion de la radioprotection. Ce n’est, en aucun
cas, la démonstration d’un excès de cancer dès
que les doses et débits de doses atteignent le niveau de
celles et de ceux de l’environnement naturel. Il faut également
souligner la complexité des relations entre effets biologiques
précoces et apparition de pathologie tardive comme les cancers.
Si certains effets biologiques précoces répondent
bien à une relation linéaire sans seuil, au moins
pour certains types de rayonnements, ceci ne signifie en aucun cas
qu’une extrapolation est possible pour en déduire un
risque de cancer correspondant. Les experts scientifiques professent
également que ce n’est que par les résultats
des recherches en cours sur le mécanisme d’induction
et de développement des cancers que la validité des
hypothèses très prudentes
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5. FAUT-IL DIMINUER LES DOSES ?
En vertu du principe de précaution
(voir fiche N°11) et du principe ”ALARA” (voir fiche
N°1), il faut toujours tendre à diminuer les doses reçues
par les individus mais il faut considérer le problème
dans son ensemble.
La dose effective reçue par la population
résulte du cumul de la radioactivité naturelle, des
traitements médicaux, de l’utilisation médicale,
des suites (très localisées) des accidents nucléaires
et des retombées des essais nucléaires militaires.
Il faut donc agir sur tous les paramètres.
• Pour la
radioactivité naturelle, une action est en cours pour réduire
les émanations de radon dans les habitations en accroissant
les taux de renouvellement de l’air par la ventilation et
en améliorant l’étanchéité vis
à vis du sol.
• L’utilisation
à des fins thérapeutiques fait l’objet en permanence
de progrès techniques considérables qui conduisent
à une réduction des doses, tant pour les opérateurs
que pour les patients.
• La sûreté
des installations nucléaires fait des progrès continus
par l’exploitation des retours d’expérience encadrée
par les Autorités de Sûreté et de Radioprotection
dont l’importance ne cesse de grandir à travers des
inspections quasi permanentes et les prescriptions qui en découlent.
• Les rejets
sont en diminution constante en volume et en radioactivité
; les procédés de traitements sont de plus en plus
performants ; les transports sont très réglementés
et surveillés.
• Les essais
militaires sont arrêtés.
Mais pour autant faut-il abaisser les limites
réglementaires sans fonder cette décision sur des
justifications scientifiques ?
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6. CONCLUSION 
Les faibles doses s’inscrivent
dans un domaine où la possibilité d’un effet
nocif peut être compensée par celle d’un effet
bénéfique comme le prouvent à la fois l’expérience
passée et les observations et recherches actuelles.
Cependant le législateur, s’appuyant
sur le Principe de Précaution, cède facilement à
la tentation de durcir une réglementation et d’abaisser
des limites dont la sévérité ne repose déjà
plus sur un fondement scientifique. Cette tendance qui suit plus
les progrès des techniques industrielles, l’accroissement
de la sensibilité des mesures et un climat irrationnel d’inquiétude
que la mise en évidence de risques, peut conduire à
des effets pervers.
Il est certain que dans ce domaine l’application
d’un principe de précaution est légitime. Mais
elle ne doit pas conduire à des contraintes économiques
sans commune mesure avec un risque potentiel qui fait l’objet
d’une surveillance et de recherches permanentes. |
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