" ENVIRONNEMENT RADIOACTIF NATUREL ET ARTIFICIEL "
(Fiche
N°1 - mars 2008)
Nous
vivons en permanence dans un bain de rayonnements radioactifs. Ceux-ci
proviennent du soleil, de la galaxie et de la croûte terrestre
et entraînent naturellement une "exposition externe".
L'organisme
absorbe naturellement par les aliments habituels et la respiration des
éléments radioactifs qui restent plus ou moins longtemps
dans le corps et constituent une "exposition interne".
Mais en
plus de cette radioactivité naturelle, nous sommes exposés
à des rayonnements d'origine artificielle qui sont du même
type et ont les mêmes effets que les rayonnements naturels. (utilisations
médicales, rejets industriels, retombées d'essais militaires,...).
Cette radioactivité
est mesurée à l'aide d'unités dont il faut connaître
la signification.
Quel
est le bilan de cette radio-exposition pour chacun de nous ?
| 2.
Qu'est que la radioactivité ? |
|
Dans
la nature, rien n'est figé, il existe une recherche permanente
d'équilibre.
Ainsi,
la radioactivité est la propriété des matières
de revenir vers la stabilité de l'équilibre: les atomes
instables ont tendance à aller vers la stabilité en modifiant
la structure de leur noyau, qui entraîne l'éjection de
particules et l'émission de rayonnements. C'est la désintégration.
Ce retour
à la stabilité s'effectue régulièrement,
plus ou moins rapidement selon le noyau concerné. De nos jours,
la plupart des atomes stables proviennent de la désintégration
d'atomes qui ont été radioactifs au cours des précédents
millénaires. Le monde est actuellement naturellement beaucoup
moins radioactif que lors de l'apparition de la vie.
| 3.
BECQUEREL, GRAY, SIEVERT,.. est-ce vraiment si compliqué? |
|
Tous
les éléments radioactifs n'émettent pas les mêmes
rayonnements, et surtout pas au même rythme car la proportion
d'atomes qui se désintègrent spontanément dans
un laps de temps donné, est spécifique à chacun.
3.1
- On appelle "activité" d'un échantillon donné
de matière, le nombre d'atomes radioactifs qui se désintègrent
chaque seconde. Cette activité s'exprime en Becquerel
(Bq) : une activité de 1 Becquerel correspond à 1 désintégration
par seconde, ce qui est une unité extrêmement petite.
Pour quantifier
les matières radioactives, ceci conduit à utiliser des
nombres comportant beaucoup de zéros peu commodes à utiliser
et difficiles à percevoir. Par exemple un gramme de radium a
une activité de 37 milliards de Becquerels. Si on comptait 100
grammes de viande en nombre d'atomes cela ferait 10 suivi de 25 zéros
(10 puissance 25).
Les ordres
de grandeur de l'activité de différents corps de notre
environnement sont :
|
béton :
|
|
500
Bq / kg |
|
granit :
|
|
1000
Bq / kg |
|
eau de mer :
|
|
10
Bq / kg |
|
pommes de terre :
|
|
150
Bq / kg |
|
lait :
|
|
80
Bq / kg |
3.2
- Un organisme vivant exposé à un rayonnement
peut être endommagé à la suite de la détérioration
d'atomes et de molécules constituant les cellules ; des conséquences
pour la santé peuvent s'ensuivre si la capacité de
l'organisme à reconstituer les cellules atteintes est insuffisante.
C'est ce qui se passe lorsque l'organisme est attaqué par
des virus ou des microbes.
Les effets des rayonnements ionisants dépendent
bien sûr de la radioactivité de la source incriminée
mais surtout, de la dose reçue. Autrement dit, si le kilo
de plomb n'est pas plus lourd que le kilo de plumes, il peut faire
nettement plus mal.
Pour
situer les trois unités de mesure utilisées on peut
les comparer à un enfant jetant des objets sur un camarade:
-
le nombre d'objets envoyés serait le nombre de rayonnements
émis par une source radioactive c'est à dire l'activité
(mesurée en Becquerel). C'est l'exposition.
- le
nombre d'objets reçus par le camarade serait la dose absorbée,
mesurée en Gray (Gy)
-
les blessures laissées sur le corps du camarade sont différentes
selon la nature des objets reçus et la partie du corps atteinte.
C'est le résultat de l'exposition qui est mesuré en
Sievert (Sv).
On voit
donc qu'il est absurde de juger de la gravité
d'un risque radioactif en s'appuyant uniquement sur le nombre de Becquerels.
| 4.
La radio exposition d'origine naturelle |
|
4.1
- L'exposition externe est due:
-
aux rayonnements cosmiques provenant des galaxies
lointaines et du soleil ; leur intensité varie beaucoup avec
l'altitude, elle double approximativement par tranche de 1500 mètres
; elle est de l'ordre de 0,5 mSv (milliSievert) par an au niveau de
la mer. Au cours d'un vol Paris-New York
aller et retour, la dose reçue correspond à celle reçue
pendant un mois et demi au niveau de la mer. L'exposition d'un homme
dans la station MIR est 500 fois supérieure à celle au
niveau de la mer.
-
aux rayonnements telluriques émis par les radionucléides
présents dans l'écorce terrestre. Elle dépend de
la nature des sols et varie donc d'un endroit à l'autre. En France
elle est en moyenne un peu supérieure à la dose cosmique
au niveau de la mer. Dans certains pays, elle est 20 fois plus élevée
(Minas Geraîs au Brésil, Kerala en Inde). Aucune des nombreuses
enquêtes menées dans ces régions n’a mis en évidence
un effet néfaste de cette exposition.
4.2
- L'exposition interne est
due pour 80% à l'inhalation du radon.
Elle est
en moyenne 3 fois plus importante que la dose due à l'irradiation
cosmique au niveau de la mer. Les radionucléides naturels présents
dans tous les aliments se retrouvent dans l'organisme et contribuent
pour 20% à l'exposition interne de l'homme.
Certains se fixent sur un organe, d'autres ne séjournent que
peu de temps.
4.3 - L'exposition
humaine globale naturelle est
la somme des expositions interne et externe. Dans le monde elle est
en moyenne de 2,4 mSv par an par individu.
| 5.
La radio exposition d'origine artificielle |
|
5.1
- En plus des rayonnements ionisants naturels l'homme est
soumis à une exposition d'origine artificielle liée aux
utilisations médicales, militaires et industrielles.
5.2
- L'utilisation médicale est en France en moyenne la
deuxième cause de radio-exposition après la radioactivité
naturelle. Cette utilisation produit quelques déchets dont la
gestion est parfois difficile bien que l'on utilise surtout des produits
à vie très courte.
Une radiographie
pulmonaire délivre une dose de 0,6 mSv, soit le 1/4 de la dose
naturelle reçue en un an. Un scanner cérébral délivre
une dose de l'ordre de 50 mSv, soit 20 fois la dose naturelle reçue
en un an. Un examen par scintigraphie peut entraîner une dose
de 20 mSv.
Certaines
tumeurs cancéreuses sont soignées par radiothérapie.
La dose d'irradiation est alors très élevée mais
dans un volume très limité. Cette méthode soigne
près de la moitié des cancers guéris.
5.3
- Les retombées des essais militaires
ont entraîné une dose d'irradiation annuelle qui a atteint
en 1964 un niveau de l'ordre de 7 % de la radioactivité naturelle.
Elle est actuellement voisine de 1 %.
5.4
- L'industrie utilise de nombreux éléments radioactifs,
le plus souvent sous forme de "sources"
faciles à suivre tout au long de leur vie (radiographie de soudures,
stérilisation, etc..). La dose d'irradiation qui en résulte
concerne essentiellement les travailleurs qui les utilisent.
5.5
- Les centrales nucléaires
représentent la plus importante utilisation de matériaux
radioactifs; elles peuvent paraître inquiétantes mais en
marche normale leur contribution moyenne à la dose d'irradiation
de la population locale ne représente que 1% de la radioactivité
naturelle.
Bien construites
et bien conduites, ce sont des installations sûres ; c'est le
cas de toutes les installations industrielles. Par exemple un conducteur
qui ne respecterait pas les règles de conduite en roulant à
gauche, provoquerait des accidents.
Elles
créent des produits de désintégration (déchets)
et elles nécessitent la récupération du combustible
nucléaire qui n'est utilisé que pour une petite part .
Elles
peuvent aussi être à l'origine d'un accident mais ce risque
est très faible compte tenu des mesures prises, en constante
amélioration.
L'accident de Tchernobyl était dû à la conception
ancienne, à une mauvaise formation du personnel, à la
violation grave et répétée des règles de
sûreté. Un accident du même type survenu dans une
centrale américaine (Three Miles Island) n'a pas eu de conséquences
pour l'environnement grâce à une conception évoluée
prenant en compte le risque d'un accident.
Ces questions font l'objet de fiches particulières.
| 6.
Bilan global de la radio exposition |
|
Le
bilan global de la radio exposition annuelle moyenne d'un individu s'établit
comme suit :
6.1
- Exposition naturelle:
| Origine |
Exposition
|
%
du Global
|
|
radionucléides de l'organisme |
0,23
mSv
|
6,6
%
|
|
rayonnements cosmiques |
0,39
mSv
|
11,2
%
|
|
rayonnements telluriques |
0,46
mSv
|
13,2
%
|
|
radon |
1,30
mSv
|
37,2
%
|
| TOTAL |
2,38
mSv
|
68
%
|
6.2
- Exposition artificielle:
| Origine |
Exposition
|
%
du Global
|
|
applications médicales |
1,1
mSv
|
31,5
%
|
|
rejets de l'industrie et retombées atmosphériques
|
0,01 mSv
|
0,3
%
|
| TOTAL |
1,11
mSv
|
32
%
|
6.3
- Exposition globale : 3,50 mSv
Cette
fiche très sommaire fait mieux comprendre ce qu'est la radioactivité
et comment on la mesure. Elle donne des ordres de grandeur qui permettent
de mieux situer les informations que l'on peut avoir de part et d'autre,
et de les relativiser. Elle permettra de mieux comprendre les fiches
qui suivront.
(Elle
est issue d'un document plus complet élaboré par un groupe
de travail de l'ARCEA/Valduc constitué autour de Gilbert Pescayre
. Il peut être fourni sur demande.)
__________________________________________
Bibliographie
:
Environnement
– Energie - Santé : SFEN ( juin 1997 )
Histoire
d'atomes. A comme Atome : CEA ( septembre 1998 )
Lumière
d'atomes : Revue Générale Nucléaire ( mai 1994
) Numéro hors série
Le nucléaire
civil en France : Revue du syndicat National des Ingénieurs de
l'Industrie et des Mines ( N° 23 - septembre 1996 )
Pharmaciens
et nucléaire - Informations pratiques ( février 1995 )
Rapport
sur l'irradiation médicale des patients ( juillet 1999 )
Bilan global
de la radio exposition selon l'UNSCEAR (United Nations Scientific Comittee
on the Effects of Atomic Radiations)
L'atome
en consultation - CEA ( mai 1999 )
__________________________________________
TABLEAU
DE CORRESPONDANCE
entre anciennes et nouvelles unités
|
1 Curie (Ci) =
|
37
milliards de Becquerels (Bq)
|
|
1 rad =
|
10 milliGray (mGy)
|
|
1
rem =
|
10
milliSievert (mSv)
|