"
LES DECHETS RADIOACTIFS "
ARCEA
/ GASN Fiche N°3 (janvier 2000)
1. REGLEMENTATION
Différentes
lois et de nombreux règlements régissent les activités
des exploitants d'installations nucléaires, notamment en matière
de gestion des déchets, en s'appuyant sur les principes fondamentaux
suivants :
Loi
du 17/07/75 : "Est un déchet tout résidu
d'un processus de production, de transformation ou d'utilisation, toute
substance, matériau, produit ou plus généralement
tout bien meuble abandonné ou que son détenteur destine
à l'abandon."
Loi
du 13/07/92 : "Est ultime un déchet qui n'est plus
susceptible d'être traité dans les conditions techniques
et économiques du moment, notamment par extraction de la part
valorisable ou par réduction de son caractère polluant
ou dangereux."
Des organismes
rattachés aux ministères de l'Industrie, de la Santé
et de l'Environnement sont chargés:
- de l'étude
générale du dossier pour la Direction de la Sûreté
des Installations Nucléaires (DSIN) – (procédure qui demande
de trois à cinq ans),
- de la
gestion des déchets radioactifs ultimes par l'Agence Nationale
de gestion de Déchets Radioactifs (ANDRA) qui définit
des spécifications techniques précises et contrôlées
pour tous les déchets qui entrent sur ses installations de stockage.
2. LES DECHETS DE L'INDUSTRIE NUCLEAIRE
On
définit quatre catégories de déchets radioactifs,
en fonction de la nature et du niveau de la radioactivité :
2.1
Déchets de très faible radioactivité (TFA)
Ce
sont ceux dont la radioactivité est de l'ordre de celle de matériaux
que l'on trouve dans la nature, notamment du granite. Ils sont essentiellement
produits lors de l'extraction du minerai d'uranium ou lors des opérations
de maintenance et de démantèlement des installations.
Ils ne présentent pas de risques particuliers ; toutefois,
par précaution, après inventaire, tri, mesure, traçabilité,
ils seront transférés dans une décharge nationale
dont la réalisation devrait être lancée par l'ANDRA
en 2000.
2.2 Déchets de faible
à moyenne radioactivité à période courte
(FA, MA)
Leur
radioactivité devient significative, mais aura totalement disparu
dans quelques centaines d'années. Ils contiennent des produits
de fission dont les vies les plus longues sont celles du césium
137 et du strontium 90. Leurs périodes (temps au bout duquel
leur radioactivité est divisée par deux) sont de 30 ans.
Il suffit de dix périodes, soit 300 ans (l'âge actuel du
Palais de Versailles !), pour que leur radioactivité devienne
négligeable.
Ces déchets proviennent principalement
des opérations courantes d'exploitation des installations, leur
quantité a décru d'un facteur quatre dans les 15 dernières
années. Ils sont conditionnés dans des conteneurs en béton
ou dans des fûts métalliques.
Ils sont stockés sur les sites
de l'ANDRA (Agence Nationale pour la gestion des Déchets RAdioactifs)
à La Hague et depuis 1992, à Bar sur Aube. Les "colis"
sont soigneusement disposés dans des casemates en béton,
comblées par du béton et recouvertes d'1 mètre
de terre. Un réseau de drainage permettrait de capter toute eau
d'infiltration éventuelle, pour contrôle et traitement
si nécessaire.
2.3
Déchets de faible et moyenne radioactivité à vie
longue
En
beaucoup plus faible quantité que les précédents,
ils renferment des substances radioactives dont la décroissance
est plus lente. Ils proviennent soit de certaines structures des réacteurs,
soit des opérations sur le combustible et son retraitement.
2.4
Déchets de très haute radioactivité (THA)
Ce
sont essentiellement les déchets issus du retraitement des Eléments
Combustibles irradiés (EC)
Ils
comportent les éléments lourds à vie longue: plutonium,
neptunium, américium, curium... Le plutonium 239 a une période
de 24 000 ans. La durée nécessaire pour que ces déchets
reviennent à un niveau de radioactivité de même
ordre que celui de l'uranium naturel utilisé, pour fabriquer
le combustible est d'environ :
-
100 000 ans sans retraitement du combustible usagé,
-
10 000 ans avec retraitement et récupération du plutonium,
-
1 000 ans avec retraitement et récupération du plutonium,
de l'américium et du neptunium.
On
mesure l'intérêt du retraitement et, en particulier, de
l'extraction du plutonium pour produire de l'énergie.
3. LE TRAITEMENT DES DECHETS A VIE LONGUE ET THA
Ces déchets sont en très faible quantité, quelques
centaines de mètres cube actuellement. Ils sont entreposés
sur les installations de production en attente de leur stockage définitif.
Pour ces déchets, la France a mis au point un procédé
de conditionnement et de confinement extrêmement robuste : la
vitrification. A titre d'exemple on a trouvé des verres intacts,
datant de 4 000 ans, dans les tombes des Pharaons d'Egypte.
Les opérations de retraitement sont conçues
pour réduire le plus possible la quantité de déchets
ultimes et les mettre sous une forme aussi stable que possible. L'entreposage
ou le stockage des colis doivent être de longue durée avec
une sûreté optimum : ce sont les thèmes des recherches
conduites dans le cadre de la loi du 30/12/91 relative à l'étude
des déchets radioactifs, dite "loi BATAILLE", du nom du député
Président de la commission d'enquête parlementaire qui
en a rédigé le projet.
Cette
loi organise trois axes de recherches :
-
la récupération et le traitement des produits à
vie très longue afin de les valoriser ou de les transformer en
produits à vie beaucoup plus courte, dont le CEA à la
charge.
-
le stockage en formation géologique profonde. Ces études
menées par l'ANDRA doivent être poursuivies dans des laboratoires
souterrains aménagés à grande profondeur, dans
des roches de natures géologiques différentes. Le 9 décembre
1998, le gouvernement a décidé, conformément à
la "Loi Bataille", d'implanter deux laboratoires souterrains. Les recherches
qui y seront menées permettront au parlement de décider
du choix d'un stockage réversible ou irréversible.
-
l'entreposage de longue durée, dont le CEA a également
la charge, est destiné à permettre d'attendre, sans danger
pour l'environnement, dans des conditions de sûreté et
de coûts acceptables, des décisions ultérieures,
dictées par des raisons sociologiques, techniques ou économiques.
Le résultat de ces études est attendu pour 2006, date
à laquelle un débat parlementaire doit permettre au gouvernement
de prendre une décision.
Un décret du 06/08/99 autorise l'ANDRA à "installer et
exploiter sur le territoire de la commune de Bure (Meuse) un laboratoire
destiné à étudier les formations géologiques
profondes où pourraient être stockés les déchets
radioactifs". On assiste à ce sujet à une désinformation
poussée de la population, notamment par ceux qui réclament
haut et fort "un débat démocratique". Il ne s'agit pas
d'un site de stockage, mais d'un lieu de recherche sur les possibilités
de stockage, en l'occurrence dans une couche argileuse.
4. LES ELEMENTS COMBUSTIBLES (EC)
Lors
de son passage en réacteur, l'uranium ne libère qu'environ
1,5 % de son énergie. Les USA disposant de ressources d'uranium
considérables considèrent les éléments combustibles
irradiés comme des déchets. La France, moins bien lotie,
a, au contraire, pris le parti de valoriser au mieux l'énergie
contenue dans l'uranium et le plutonium. A cet effet, elle a développé
deux filières :
-
les réacteurs à neutrons rapides (Phénix),
-
les éléments combustibles à oxyde mixte de plutonium
et d'uranium (MOX).
Ce
sont ces filières de valorisation des éléments
combustibles irradiés qui justifient l'usine de retraitement
de LA HAGUE.
La
décision d'arrêter Super-Phénix prive la France
d'un outil unique pour développer les études et les essais
sur cette filière, qui permettrait de porter à plusieurs
milliers d'années les réserves énergétiques
du Monde. A titre de comparaison, au rythme de la consommation actuelle
de pétrole, les réserves mondiales prouvées seront
épuisées dans une centaine d'années.
5. DES CHIFFRES QUI PARLENT
En
dix ans, le volume des déchets radioactifs a été
divisé par trois. Aujourd'hui, les masses de déchets par
habitant et par an sont :
-
2 500 kg de déchets domestiques,
-
2 900 kg de déchets industriels dont :
-
70 kg de déchets ultimes très toxiques,
-
1 kg de déchets radioactifs dont :
-
900 grammes de faible et moyenne activité à vie courte,
-
95 grammes de faible et moyenne activité à vie longue,
-
5 grammes de forte radioactivité.
Si l'on compare les 100 g de déchets
radioactifs réels aux 70 kg de déchets industriels hautement
toxiques, on voit que ces derniers sont 700 fois plus importants que
les déchets nucléaires. Ils sont vraiment éternels
(métaux - lourds, DDT..) et beaucoup moins bien conditionnés
et gardés (on en trouve même dans le fond des rivières!).
Ils sont aujourd'hui beaucoup plus dangereux pour l'environnement qu'un
faible volume de déchets nucléaires dûment bétonnés,
vitrifiés, répertoriés, confinés, surveilIés,
dont la radioactivité diminue jusqu'à ce qu'ils redeviennent
inertes.
En
l'an 2000 le volume total cumulé des déchets nucléaires
français vitrifiés est de 3000 m3 environ (volume
d'une piscine olympique). Ceci peut paraître beaucoup, mais c'est
très faible, eu égard à la quantité énorme
d'énergie produite et aux centaines de milliers de mètres
cubes de déchets toxiques qui auraient été rejetés
en fabriquant la même quantité d'électricité
avec du charbon.
Le volume d'un paquet de cigarettes représente celui des déchets
nucléaires vitrifiés de haute activité, correspondant
à 30 années de la vie d'une famille moderne équipée
du tout électrique.
6. LES DECHETS DU CEA
6.1
Les déchets des installations
Qu'elles soient civiles
ou militaires, les installations du CEA (réacteurs de recherche,
laboratoires chauds…) produisent des déchets technologiques radioactifs.
Sous la responsabilité du chef d'INB (Installation Nucléaire
de Base) :
-
ils sont triés et catalogués en nature, en type d'activité
(a, b, g) et en niveau de radioactivité.
Les déchets de faible activité sont conditionnés
en fûts pour être compactés et ainsi en réduire
le volume, ceux de moyenne et forte activité sont bétonnés,
l'épaisseur du béton est fonction du niveau d'activité
;
-
ils sont ensuite expédiés à l'ANDRA pour être
stockés après contrôle et traitements appropriés.
6.2 Les combustibles
irradiés
Les combustibles irradiés
ayant servi aux recherches du CEA sont conditionnés par les INB
productrices et transportés dans les lieux de stockage appropriés
au CEA/Cadarache où ils sont regroupés en vue des retraitements
ultérieurs.
7. LES PETITS PRODUCTEURS DE DECHETS RADIOACTIFS
Les
hôpitaux, des universités, des laboratoires de recherche,
des établissements industriels à vocation non nucléaire
sont utilisateurs de sources radioactives scellées ou non scellées.
La possession et l'utilisation de ces sources sont réglementées
par la législation.
La CIREA (Commission Interministérielle de Radio Eléments
Artificiels) veille à la qualification des utilisateurs et aux
conditions de détention des sources.
Les possesseurs de sources sont responsables du suivi et de la mise
aux déchets des sources usagées, qui doivent être
obligatoirement restituées dans un délai de 5 ans.
8. LE RADIUM
Substance
très précieuse par le passé, le Radium est devenu
un sous-produit sans utilisation. En France, 10 sites répertoriés
sont en cours d'inventaire. Ils concernent 4 types d'activité
aujourd'hui délaissés: les usines d'extraction et de concentration
de Ra, les ateliers de préparation de sels de Ra pour la médecine,
les utilisateurs de peintures luminescentes (ex. : horlogerie), les
fabricants d'objets divers.
9. CONCLUSION
Les
activités humaines engendrent des volumes considérables
de déchets ; les déchets radioactifs n'en sont qu'une
très faible partie : inférieure à 0,2%. Les rayonnements
qu'ils émettent sont naturels (on les trouve dans
la nature). Ils sont très variés en nature et en niveau
de radioactivité.
Les déchets de très haute activité (THA) soulèvent
une inquiétude particulière dans le public, mais ils ne
posent pas de problème insurmontable. Ils peuvent être
confinés, en grande partie recyclés, le reste pouvant
être stocké dans des lieux spécialement aménagés,
tels que le sous-sol déjà naturellement radioactif, à
grande profondeur sous terre, où ces déchets, relativement
peu volumineux, ne gêneront aucune forme de vie. On dispose de
plusieurs décennies pour prendre une décision concernant
leur devenir. En attendant ils peuvent être stockés sans
danger pour l'environnement sur les sites de production.
Bibliographie
:
Conférence
- Débat de M. SUSCILLON du 20/5/99 au CEA/Grenoble.
Fiche
Argumentaire n°7 de SFEN.
Le
Nucléaire, avenir de l'écologie (Chap. 4) Bruno Courby
– AEPN.
Les
Nouvelles du CEA – Août 1999.
Etat
et localisation des déchets radioactifs en France. ANDRA 7ème
édition 1999.
Rapport
Annuel 1998 de la Direction Générale des Déchets
Revue
GN 1997 n°5 "Les déchets TFA".