LE POLONIUM-210
(fiche n° 29)
Plus de 25 isotopes du polonium sont identifiés,
tous radioactifs. Le polonium 210 est un produit de filiation de l’uranium
238, il en existe des traces dans la croûte terrestre à raison de
1 partie par 1015. Il a été extrait pour la première fois
par Marie Curie, d’où son nom de Polonium. Le polonium 210 est un
toxique radiologique après contamination interne. D’infimes quantités,
de l’ordre du microgramme, ont une toxicité aiguë.
Elément lourd, son comportement biologique est proche de celui de terres
rares. Il est absorbable par voie digestive et les principaux organes à
risque sont le foie, les reins, la rate, le tissu hématopoïétique,
les vaisseaux sanguins.
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Le 210Po, de période physique 138,38 jours, est un émetteur
alpha "pur", d’activité spécifique très élevée
(1,66 1014 Bq/g) dont le descendant est le 206Pb, stable.
C’est le dernier élément radioactif de la chaîne de
238U, qui passe par le 222Rn, gazeux. Il est donc présent
en très faibles quantités dans l’environnement (croûte
terrestre) et est fixé sur la phase particulaire de l’air ambiant.
C’est également un des produits de la fumée de tabac. En fonction
des régions du monde, on estime entre 20 et 200 Bq l'apport annuel en 210Po,
la concentration moyenne chez l’adulte est autour de 30-40 Bq. Le 210Po
est rejeté par différentes industries dont celle des engrais et
est utilisé industriellement pour ses propriétés anti-statiques
et dans la fabrication de sources de neutrons. Il est peu mobile dans les sols,
s’adsorbe rapidement sur les sédiments et est très peu remis
en suspension. Les concentrations les plus élevées de la chaîne
alimentaire sont trouvées d’une part dans les espèces animales
marines, et d’autre part dans les régions arctiques.
Les rayonnements alpha du polonium n’entraînent pas d’exposition
externe significative. Les voies prépondérantes d’exposition
au 210Po sont l’inhalation et l’ingestion. Le 210Po
est absorbé par voie digestive, les estimations variant d’environ
10% pour certaines formes inorganiques à 50% ou plus pour le 210Po
incorporé dans la chaîne alimentaire.
Quelle que soit la voie d’entrée et la forme physico-chimique, une
partie significative du 210Po passe dans le sang et se répartit dans les
tissus mous, notamment : foie, rein, tissu hémato-formateur, rate et ganglions,
parois vasculaires. Le 210Po est éliminé par voie digestive
et urinaire selon une période effective d’environ 50 jours.
Les données expérimentales soulignent la toxicité aiguë
et subaiguë du 210Po, la dose entraînant le décès de
la moitié des animaux exposés (DL50) après 20 ou 30 jours
étant atteinte pour des quantités incorporées de l’ordre
de 10 ng/kg. Rapporté à la toxicité chez l’homme, et
compte tenu de la relative bonne incorporation digestive, ceci signifie que des
quantités très faibles, de l’ordre du µg ou de la dizaine
de µg auraient une forte toxicité dans les semaines suivant l’incorporation,
se traduisant par une hypoplasie ou aplasie médullaire avec concomitamment
atteinte hépatique, rénale, vasculaire, ou plus généralement
des tissus mous. Il y a un exemple d’exposition accidentelle de 10 enfants
et adolescents à des quantités comprises entre 0,l2 ng et 2,2 ng
de210Po : des altérations transitoires des fonctions hépatiques
ainsi qu’une diminution du nombre des cellules sanguines ont été
observées dans les mois suivant la contamination. A partir de données
expérimentales, à quantité massique incorporée égale,
le polonium 210 a une toxicité aiguë mille fois supérieure
à celle du plutonium 239.
Expérimentalement, la toxicité subaiguë se traduit par une
atteinte rénale s’accompagnant d’hypertension artérielle,
une cirrhose hépatique.
Il n’y a pas de preuve (« inadequate evidence ») du pouvoir
cancérogène du 210Po chez l'homme, bien que la cancérogénicité
soit attestée expérimentalement (« sufficient evidence»)
(conclusions du CIRC en 2001).
Il existe des traitements chélatants dont l’efficacité expérimentale
a surtout été évaluée après des intoxications
aiguës et la mise en oeuvre rapide du traitement. Différentes molécules
ont été testées, et en France le traitement de référence
est le BAL (dimercaprol = dimercapto-2,3propanol).
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Source : Fiche technique « Le polonium 210 »
29 novembre 2006
www.cea.fr |
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