La
Radioprotection (J. Peulvé)
1. Introduction
La protection des travailleurs et du public contre
les effets néfastes des rayonnements ionisants, appelée couramment
"Radioprotection", recouvre l'ensemble des aspects techniques
et réglementaires mis en œuvre pour assurer leur sécurité.
On peut globalement considérer que la radioactivité
agit sur les cellules des tissus des organismes vivants par la délivrance
d'énergie (voir "En connaître un rayon") sous deux formes
:
· le
choc d'une particule alpha, béta ou d'un neutron avec noyau ou un
électron d'une couche d'un atome (un peu comme le choc entre deux
boules de pétanque),
· l'excitation
électronique par une onde électromagnétique, pouvant arracher ou changer
l'énergie d'un électron des couches périphériques des atomes, agissant
comme le rayonnement infrarouge d'un feu, mais plus pénétrant à travers
l'épiderme, provoquée par un rayon X ou gamma ou par la trajectoire
d'un rayon béta.
Outre la nature du rayonnement, la radioprotection
prend en compte la voie d'atteinte de l'organisme :
· irradiation
par une source externe, il peut s'agir d'exposition brève, exceptionnelle
ou répétitive ou bien encore de longue durée,
· contamination
de l'épiderme,
· contamination
transcutanée par introduction de radioéléments dans une plaie,
· inhalation
de produit radioactif par les voies respiratoires,
· ingestion
en consommant des aliments contenant des composés radioactifs.
Deux autres caractéristiques sont déterminantes
pour évaluer les conséquences d'une exposition :
· nature
du radioélément : selon leur forme chimique, l'iode se fixe sur
la glande thyroïde à l'état de vapeur ou d'iodure alors que le césium
et le tritium diffusent dans tout l'organisme et s'éliminent rapidement
par les voies naturelles (urine),
· l'organe
exposé : la moelle osseuse qui produit les globules blancs est
beaucoup plus radio sensible que l'os lui-même.
Il faut rappeler que l'homme est apparu dans un
univers naturellement beaucoup plus radioactif qu'actuellement
et qui le reste encore aujourd'hui. Le corps humain contient encore
environ 100 Bq/kg de produits radioactifs d'origine naturelle (40K,
14C, 3H, etc.) soit quelques 7 000 Bq pour
un homme de taille moyenne.
Mise au point progressivement au cours du 20ème
siècle, en application d'une discipline librement consentie
par les personnels allant de l'exploitation minière à la recherche
fondamentale en physique théorique en incluant les radiologues, le
diagnostic médical aussi bien que l'énergie électronucléaire, la radioprotection
fixe des règles et des techniques permettant d'assurer la
sécurité et la sûreté des personnes dans les installations
nucléaires et leur environnement.
Précurseurs du PRINCIPE DE PRECAUTION, en
prenant garde de ne pas condamner l'ACTION, les acteurs du
nucléaire ont assumé leurs responsabilités, conscients des
risques, mais également des enjeux. La maîtrise de ces
risques les a conduit, dès le début des années 1920, à s'impliquer
dans les organismes nationaux et internationaux :
· Commission
internationale de Protection Radiologique (CIPR) créée en 1928 par
les Nations Unies,
· Organisation
Mondiale de la Santé (OMS)
· Agence
Internationale de l'Energie Nucléaire (AIEA) siégeant à Vienne Autriche,
· Euratom,
· United Nations Scientific Committee on the Effects of Atomic Radiation
(UNSCEAR),
· Service
Central de Protection Contre les Rayonnements Ionisants (SCPRI devenu
OPRI et actuellement IRSN),
· Commissariat
à l'énergie Atomique (CEA),
· Société
Française de Radioprotection (SFRP),
· etc.
2.
La réglementation
2.1. Les textes
Sous le n° 1 420, les éditions des Journaux Officiels
publient un recueil des textes législatifs et réglementaires (lois,
décrets, Codes, arrêtés et circulaires) concernant la "Protection
contre les rayonnements ionisants". Cet ouvrage d'un millier
de pages regroupe l'ensemble des textes destinés à assurer la protection
des travailleurs et du public, en toute transparence.
En application de la Directive 96/29 du Traité
d'EURATOM, imposant à tous les membres de l'Union Européenne l'application
de la Recommandation de la Commission Internationale de Protection
Radiologique (CIPR 60/90), des décrets de 2002 fixent l'organisation
du contrôle et de l'expertise des Pouvoirs Publics dans le domaine
nucléaire en mettant en place les Organismes suivants :
· La
Commission Supérieure de Sûreté des Installations Nucléaires (CSSIN)
et la Commission Interministérielle des Installations Nucléaires de
Base (CIINB) chargées de fournir au Gouvernement des avis techniques
et réglementaires.
· L'Autorité
de Sûreté Nucléaire (ASN) est composée de la Direction Générale de la Sûreté Nucléaire et de la Radioprotection
(DGSNR), du Bureau de Contrôle des Chaudières Nucléaires (BCCN) et
des huit Divisions des Installations Nucléaires (DIN) des Directions
Régionales de l'Industrie de la Recherche et de l'Environnement (DRIRE). Elle est responsable de la définition
et de la mise en œuvre de la politique de contrôle de la sûreté nucléaire
et de la radioprotection en France, pour protéger les travailleurs,
le public et l'environnement des risques liés aux activités nucléaires
et radiologiques.
· La
Direction Générale de Sûreté Nucléaire et de Radioprotection (DGSNR)
sous l'autorité des Ministères de l'Environnement, de la Santé et
de l'Industrie est en charge du contrôle et de la réglementation de
la sûreté des installations nucléaires civiles ; elle regroupe l'ancienne
Direction de Sûreté des Installations Nucléaires (DSIN), ainsi qu'une
partie de l'ancien Office de Protection contre les Rayonnements Ionisants
(OPRI) et le Bureau des Rayonnements de la Direction Générale de la
Santé (qui dépendaient du seul Ministère de la Santé).
· L'Institut
de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN), sous l'autorité
des Ministères de l'Environnement, de la Santé, de la Recherche, de
la Défense et de l'Industrie, regroupant une partie de l'IPSN (qui
était rattaché au CEA) et l'autre partie de l'OPRI, a pour mission
les activités d'expertise et de recherche en matière de sûreté des
installations nucléaires.
· Les
Directions Régionales de l'Industrie de la Recherche et de l'Environnement
(DRIRE) chargées par la DGSNR des opérations de contrôle sur les installations
locales.
Ces organismes ont la charge de veiller à l'application
du Code du Travail, mais surtout du Code de la Santé Publique ainsi
que de la législation qui repose pour l'essentiel sur trois décrets,
ces textes ayant subi de nombreuses modifications dans le temps :
· le
décret 66-450 du 20 juin 1966 relatif aux principes généraux de protection
contre les rayonnements ionisants, modifié par le décret 88-521 du
18/04/88,
· le
décret 75-306 du 28 avril 1975 relatif à la protection des travailleurs
contre les dangers des rayonnements ionisants dans les Installations
Nucléaires de Base (INB), modifié par le décret 88-662 du 06/05/88,
· le
décret 86-1103 du 2 octobre 1986 relatif à la protection des travailleurs
contre les dangers des rayonnements ionisants (en dehors des INB),
modifié par le décret 88-662 du 06/05/88.
Tous ces textes se fondent sur les principes fondamentaux
de limitation des doses engagées par :
· la
justification des expositions aux rayonnements pour l'obtention d'un
résultat positif avéré,
· l'optimisation
des expositions au niveau le plus bas que l'on puisse raisonnablement
atteindre, compte tenu des facteurs économiques et sociaux – c'est
le principe ALARA des anglo-saxons (As Low As Reasonably Achievable).
Dans le domaine de la radioprotection, la réglementation
distingue trois catégories d'exposition aux rayonnements ionisants
: l'exposition du public, l'exposition médicale subie par les individus
lors de diagnostics ou de traitement médical et l'exposition professionnelle
des travailleurs incluant le corps médical).
2.2. Les installations et les responsabilités
L'Autorité
de sûreté est chargée de la définition et de l'application de la réglementation
aux principales installations nucléaires fixes, dénommées " installations
nucléaires de base " (INB), à l'exception de celles intéressant
la défense nationale, classées secrètes (INBS) qui relèvent, par délégation
du ministre chargé de l'industrie, de la compétence du Haut Commissaire
à l'énergie atomique.
Le
décret n° 63-1228 du 11 décembre 1963 fixe la liste des installations
nucléaires de base (INB) :
· les réacteurs nucléaires,
à l'exception de ceux qui font partie d'un moyen de transport,
· les accélérateurs
de particules,
· les usines de séparation,
de fabrication ou de transformation de substances radioactives, notamment
les usines de fabrication de combustibles nucléaires, de traitement
de combustibles usés ou de conditionnement de déchets radioactifs,
· les installations
destinées au stockage, au dépôt ou à l'utilisation de substances radioactives,
y compris les déchets.
Les
trois derniers types d'installations ne relèvent toutefois de la réglementation
des INB que lorsque la quantité ou l'activité totale des substances
radioactives est supérieure à un seuil fixé, selon le type d'installation
et le radioélément considéré, par arrêté conjoint des ministres chargés
de l'environnement, de l'industrie et de la santé. Au dessous de ce
seuil elles sont alors recensées comme des Installations Classées
pour la Protection de l'Environnement (ICPE) Autorisées ou Déclarées,
selon le niveau de risque qu'elles présentent, si elles n'atteignent
pas une des limites suivantes :
· 5 kilobecquerels (kBq)
pour les radionucléides les plus toxiques (groupe 1),
· 100 kilobecquerels
par kilogramme (kBq/kg) portées à 500 kBq/kg pour les substances radioactives
solides naturelles,
· 1 microsievert par
heure (mSv/h) à 0,1 mètre des appareils
autorisés.
Le droit identifie précisément chaque niveau de
responsabilité de l'encadrement :
· l'Exploitant
Nucléaire, c'est le propriétaire de l'Installation, à ce titre il
assume les responsabilités légales vis-à-vis des tiers et des Pouvoirs
Publics,
· le
Directeur (ou Chef) d'établissement, par délégation de l'Exploitant
Nucléaire il assume les responsabilités de sûreté et de sécurité à
l'intérieur de l'Etablissement et dans son environnement, vis à vis
du public.
· le
Chef d'Installation qui par délégation de l'Exploitant Nucléaire assume
les responsabilités de conduite de l'installation dont il a la charge,
conformément au Rapport de Sûreté et aux Règles Générales d'Exploitation
(RGE) ainsi que la protection des travailleurs,
· la
personne compétente, nommée par le Chef d'installation au vu de sa
qualification, est chargée de la surveillance et des contrôles radiologiques,
· les
opérateurs qui doivent exécuter leurs tâches conformément aux procédures
et assurer leur propre protection ainsi que celle des autres intervenants.
2.3. Qualification
Toute personne appelée à travailler sous rayonnements
doit être informée des risques que comporte ce travail, des précautions
à prendre et de la nécessité de se conformer aux consignes de sécurité
et aux prescriptions médicales. Cette formation est organisée par
l'employeur en liaison avec le Comité d'Hygiène, de Sécurité et des
Conditions de Travail (CHSCT).
La "Personne Compétente" (les techniciens de
radioprotection) doivent avoir suivi avec succès une formation agréée
par la DGSNR.
3.
La dosimétrie
3.1. Introduction
Nous ne reviendrons pas ici sur les effets des
rayonnements, que vous pouvez découvrir à la page "En connaître
un rayon". La traduction de ces effets en radioprotection porte
sur les notions de :
· limite
d'exposition,
· limite
annuelle d'incorporation (LAI),
· limite
dérivée de concentration dans l'air (LDCA),
· catégorie
de travailleurs en fonction des risques d'exposition et des limites
de celles-ci,
· dosimètres
individuels,
· suivi
dosimétrique des travailleurs.
3.2. Limite d'exposition
Le décret n° 88-521 du 18/04/88 fixe les limites
d'exposition dans des conditions normales de travail. Elles s'appliquent
à la somme des expositions internes et externes, sans prendre en compte
les expositions naturelles ou d'origine médicale.
|
Organes
exposés
|
Limites
travailleurs
|
Limites
du public
|
|
Equivalent
de dose en profondeur du corps entier
|
100
mSv en 5 ans avec un maximum de 50 mSv en 12 mois
|
5 mSv /an
|
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Peau
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500 mSv/12 mois
|
-
|
|
Cristallin
|
150 mSv/12 mois
|
-
|
|
Mains,
avant-bras, pieds, chevilles
|
500 mSv/12 mois
|
-
|
Les limites, pour les travailleurs de Cat. A (cf.
3.5.) peuvent éventuellement être doublées lors d'une exposition exceptionnelle
concertée, avec l'accord de l'intéressé, ou dépasser ces limites en
cas d'exposition d'urgence, avec l'accord du médecin du travail.
Les apprentis ou stagiaires, âgés de 16 à 18 ans,
ne peuvent être exposés que pour le besoin de leur formation, dans
la limite du 1/10ème des doses ci-dessus. L'exposition
des femmes en état de procréer est limitée au quart des limites annuelles
sur 3 mois et au 2/10ème en cas de grossesse déclarée.
3.3. Limite annuelle d'Incorporation (LAI)
La Limite Annuelle d'Incorporation (LAI) par inhalation
ou ingestion est, pour un radioélément donné, l'activité incorporée
qui entraîne un équivalent de dose engagé égal à l'une des limites
annuelles réglementaires. La somme des expositions internes et externes
doit donc rester inférieure à 5 mSv/12 mois et 100 mSv/5 ans.
Les valeurs correspondantes sont indiquées à l'annexe
IV du décret n° 66-450 du 20 juin 1966 modifié par les décrets 88-521
du 18/04/88 et 94-604 du 19/07/94, qui prennent en compte le cas fréquent
de mélange de divers radionucléides.
3.4. Limite dérivée de concentration dans
l'air (LDCA)
La Limite Dérivée de Concentration dans l'Air (LDCA)
est la concentration d'un radioélément dans l'air inhalé par un travailleur.
Exprimées en becquerels par mètre cube d'air (Bq/m3), ce
sont les concentrations qui entraînent une incorporation égale à la
LAI pour une exposition durant 2 000 heures par an (ce chiffre est
antérieur à la loi sur les 35 heures). Les mêmes décrets que ci-dessus
définissent les LDCA.
3.5. Catégorie de travailleurs en fonction
des risques d'exposition
En fonction de leur risque d'exposition, les travailleurs
sont classés en deux catégories :
· Cat.
A - Directement Affectés à des Travaux sous Rayonnements (DATR), personnes
dont les conditions de travail sont susceptibles d'entraîner le dépassement
de 3/10ème d'une des limites annuelles d'exposition. Aucune
personne de moins de 18 ans ne peut être classée DATR.
· Cat.
B – Non Directement Affectés à des Travaux sous Rayonnements (NDATR),
personnes dont les conditions habituelles de travail sont telles qu'elles
ne peuvent normalement pas entraîner le dépassement de 3/10ème
d'une des limites annuelles d'exposition.
3.6. Dosimètres individuels
La réglementation prévoit que tout travailleur
intervenant en zone contrôlée doit disposer d'une mesure individuelle
de l'exposition relevée chaque mois en Cat. A et chaque trimestre
en Cat. B. Le plus courant des dosimètres est le film photographique
porté sur la poitrine. Comportant différents écrans il permet de connaître
la dose cumulée à la peau et en profondeur. Le résultat n'est connu
qu'après développement au bout d'un mois. Des films "poignet"
sont également employés.
Pour toute opération présentant un risque d'exposition
externe identifié, les travailleurs disposent :
· soit
d'un stylo dosimètre (équivalent à une chambre d'ionisation) qui peut
être consulté à tout moment et dont les indications sont relevées
régulièrement,
· soit
des détecteurs électroniques à alarme et/ou à affichage digital (MGPI,
Saphymo, etc.),
· ou
encore, en fonction de risques bien identifiés, des pastilles de semi-conducteur
de petite taille, placées à des endroits précis (doigt, front, plante
des pieds, etc.),
· enfin,
la ceinture de criticité est délivrée aux travailleurs dans le cas
de risque d'un tel accident.
Voir illustration
1 ☛
3.7. Suivi medical et dosimétrique des travailleurs
Les agents classés DATR doivent :
· disposer
d'une attestation médicale spécifiant qu'ils ne présentent pas d'inaptitudes,
· faire
l'objet d'une surveillance individuelle des expositions, les données
les concernant doivent être conservées au moins durant 30 ans après
la période d'exposition,
· se
soumettre aux examens médicaux périodiques (typiquement 2 par an),
· se
soumettre à un examen médical exceptionnel suite à une exposition
exceptionnelle et obtenir la confirmation de leur aptitude.
4.
Le classement des locaux
Afin de prévenir toute exposition inutile, la réglementation
(arrêté du 07/07/77) impose la classification des locaux où peuvent
intervenir des travailleurs, en fonction des débits d'équivalent de
dose liés à l'irradiation externe.
|
Type
de zone
|
Débit
d'équivalent de dose
|
Couleur
|
Conditions
d'accès
|
|
Contrôlée
|
100
mSv.h-1
|
ROUGE
|
Zone à risques très importants, accès interdit
sauf accord écrit du Chef d'Etablissement sur avis du Service
de Radioprotection pour un agent DATR ; enregistrement nominatif
et port d'un dosimètre adapté.
|
|
Contrôlée
|
2
mSv.h-1
|
ORANGE
|
Zone à risques importants, l'accès des agents
DATR à ces zones et la durée du séjour sont soumis à l'accord
formel du Service de Radioprotection.
|
|
Contrôlée
|
25 m Sv.h-1
|
JAUNE
|
Durée limitée pour les catégories de travailleurs
A et B.
|
|
Contrôlée
|
7,5
m Sv.h-1
|
VERTE
|
Durée limitée pour cat. B, permanente pour
cat. A, zone de travail normal.
|
|
Surveillée
|
2,5
m SV.h-1
|
BLEUE
|
Accès permanent pour tous les travailleurs
de l'Etablissement.
|
Les voies d'accès aux différentes zones d'un Etablissement
doivent être balisées de façon à ce que les travailleurs soient informés
des risques qu'ils encourent en pénétrant dans les locaux classés.
Voir illustration
2 ☛
La pénétration en zone contrôlée nécessite de la
part du personnel qu'il se soumette à un certain nombre de consignes
de radioprotection définies dans les Règles Fondamentales de Sûreté
(RFS) de l'Etablissement :
· disposer
d'un badge d'accès justifiant de son habilitation d'agent DATR,
· porter
la tenue adéquate en fonction du type de risque,
· porter
le dosimètre individuel correspondant,
· être
chargé d'une tâche précise dans la zone concernée, conformément aux
Règles Générales d'Exploitation (RGE) et aux procédures d'intervention,
· intervenir
en équipe (au moins à deux) et sous le contrôle d'un responsable.
5.
Les protections
5.1. les sources
Les sources à l'origine des expositions des travailleurs
sont très diverses, comprenant, sans vouloir être exhaustif :
· les
générateurs électriques (rayons X, appareils de radiographie ou de
radiologie industrielle),
· substances
radiologiques confinées de façon étanche (sources scellées),
· substances
non confinées (sources non scellées),
· irradiateurs
(accélérateurs de particules ou substances radioactives émettrices
de rayons g - 60Co)
· conteneurs
de substances radioactives pour leur transport ou leur stockage,
· etc.
L'addition de substances radioactives dans la fabrication
des denrées alimentaires, des produits cosmétiques et des produits
à usage domestique ainsi que dans la fabrication des jouets est interdite.
5.2. Les modes de protection
L'organisme de radioprotection assiste l'exploitant
pour définir la protection des travailleurs, la mettre en place, veiller
à sa mise à jour et contrôler son efficacité, elle repose sur :
· La
distance – les substances radioactives émettent leurs rayonnements
dans toutes les directions d'une sphère, dont elles sont le centre.
En conséquence, une surface définie voit le champ de rayonnement qui
l'atteint décroître selon le carré de la distance qui la sépare du
point d'émission.
· La
durée d'exposition – elle est réduite considérablement par
une préparation minutieuse des gestes à accomplir et une parfaite
coordination des intervenants. Un entraînement sur maquette est souvent
pratiqué.
· Les
écrans – ils absorbent tout ou partie des rayonnements : une
feuille de papier stoppe les alpha, une feuille d'aluminium les béta,
les gamma sont réduits de 90 % par 2 à 3 cm de plomb selon leur énergie.
Les substances les plus radioactives sont regroupées au sein de "cellules
chaudes" derrière des murs en plomb et des hublots en verre au
plomb.
· Le
confinement – qu'il s'agisse de pulvérulent (avec risque d'aérosols),
de liquide ou de gaz, la protection repose sur leur confinement statique
(boîte de "conserve" scellée ou enceinte étanche) ou dynamique
(mise en dépression du poste de travail par une ventilation avec filtration).
L'ensemble des locaux est conditionné en dépression par une ventilation
qui maintient les zones exemptes de tout risque et accessibles aux
travailleurs, l'air est évacué par une cheminée après passage sur
des filtres "absolus" et une mesure de contrôle permanente.
· Les
équipements – les postes de travail sont équipés de dispositifs
de protection : télémanipulateurs, système de transfert mécanique,
etc.
· La
protection individuelle – pour pénétrer en zone contrôlée,
les intervenants abandonnent leur vêtements personnels pour revêtir
une tenue de travail ; en fonction de leurs activités, ces tenues
sont adaptées à la nature des risques encourus : tenues d'isolement
ou étanches avec bottes, surbottes, gants (souvent plusieurs paires
selon les risques), combinaison, couvre-tête, masque, scaphandre étanche,
etc.
· La
surveillance – le fonctionnement de l'ensemble de l'installation
est maintenu sous la surveillance des dispositifs de contrôle dont
les informations sont regroupées dans la Salle de Commande. Les agents
de radioprotection effectuent une surveillance directe aux points
sensibles de l'installation.
· L'intervention
– une équipe, particulièrement entraînée, est constamment
prête à intervenir en cas d'incident ou d'accident. Elle comprend,
outre des agents de radioprotection, des pompiers, des sauveteurs,
des agents habilités à effectuer les consignations (électricité, circuits
de contrôle/commande, fluide, ventilation, etc.).
5.3. le balisage
Au-delà du balisage des zones contrôlées et des
locaux à risque, chaque constituant d'un procédé de production mis
en œuvre dans une installation (broyeur, malaxeur, cuve, boîte à gant,
tuyauterie, système de transfert, conteneur, etc.) reçoit un panneau
informant le personnel de la nature physico-chimique et radiologique
des produits contenus ainsi que des risques spécifiques (irradiation,
contamination, explosibilité, inflammabilité, volatilité, etc.). Il
en est de même pour les composants en cours de maintenance (consignation,
sous ou hors tension, vanne ouverte ou fermée, etc.).
5.4.
Traçabilité
Conformément aux Règles Générales d'Exploitation
(RGE) et aux Règles Fondamentales de Sûreté (RFS) chaque intervention,
selon le principe de traçabilité, fait l'objet d'un "bon
de travail" validé par chacun des responsables concernés
de l'Installation. Le résultat de l'intervention est à son tour
enregistré et diffusé aux responsables, avec la mention des
anomalies et des incidents éventuels.
6.
Les contrôles
6.1. Principes
Quelles que soient les précautions prises à la
conception, la réalisation et l'exploitation des installations, un
écart de fonctionnement est toujours possible. Ces dysfonctionnements
peuvent être provoqués par une imprévision, une évolution du procédé,
le défaut ou la panne d'un équipement, mais aussi parfois par la répétition
des gestes, l'habitude ou la routine… c'est le "facteur humain".
L'exploitant prend toutes sortes de précautions pour prévenir ces
dysfonctionnements en mettant en oeuvre de nombreux contrôles : mesures
de température, de débit, de niveaux, etc. la radioprotection vient
compléter ces dispositions.
Selon la réglementation, tout employeur est chargé
de faire procéder régulièrement aux :
· contrôles
des sources et de leurs appareils de protection,
· contrôles
d'ambiance,
· contrôles
des travailleurs exposés.
Les appareils de mesures doivent être en bon état
et être étalonnés régulièrement. Les résultats des contrôles sont
consignés dans les journaux de l'installation et tenus à la disposition
de l'Inspection du Travail, des inspecteurs de l'IRSN et du CHSCT.
Ils peuvent être :
· en
ligne, constamment disponibles et enregistrés à la Salle de Commande,
· ponctuels,
effectués par un agent de radioprotection ou un opérateur,
· différés,
prélèvements envoyés en laboratoire pour analyse,
Dans ces deux derniers cas les résultats sont consignés
sur des fiches d'intervention ou d'analyse.
6.2. Contrôles d'ambiance
· Irradiation
: il s'agit de mesures des X ou des gamma, à l'aide de chambre d'ionisation
ou de scintillateurs de grandes dimensions, destinés à surveiller
les concentrations de radionucléides ou leur mouvements dans les locaux
surveillés, notamment le mouvement des conteneurs.
· Gaz
et aérosols : la surveillance d'une éventuelle contamination de
l'atmosphère (perte d'étanchéité d'une cellule chaude, fuite de tuyauterie,
etc.) est effectuée en ligne à l'aide de chambre à circulation et
de filtre déroulant (Babars) ou bien encore de façon différée par
prélèvement sur filtre fixe ou barbotage dans un liquide approprié
(photo scintillateur).
· Contamination
de surface : elle est contrôlée ponctuellement à l'aide de détecteurs
plans déplacés au-dessus des surfaces suspectes ou à l'aide de frottis
(frottement d'une surface par un tampon de coton) transmis au laboratoire.
6.3. Contrôles de sortie de zône contrôlées
et de site
Chaque agent sortant de zone balisée se contrôle
sur des appareils adaptés au type de risque : mains et pieds en montant
sur une borne ou corps entier en passant sous un portique ou encore
à l'aide d'une sonde manuelle. En cas de détection, le point de contamination
est recherché et isolé (pause d'un adhésif), l'agent quitte sa tenue
d'intervention et se contrôle à nouveau. Si la détection de contamination
persiste, l'agent passe à la douche ou est dirigé vers le service
médical pour y être soigneusement décontaminé.
Tous les objets, outils, appareils de mesure portables,
etc. sont contrôlés de la même façon. A titre préventif, aucun objet,
aucune matière consommable ne doivent être introduits en zone balisée
et tout particulièrement les notices, rechanges, etc. et encore moins
les emballages.
Tous les conteneurs, les emballages ou les fûts
de déchets sont contrôlés avant d'être chargés. Les véhicules de transport
(par rail ou route) le sont à leur tour une fois chargés. Ces contrôles
sont effectués à l'aide de portiques ou de sondes manuelles. Les portes
de sortie du site, pour le personnel et les véhicules, sont équipées
de détecteurs.
6.4. Contrôles de la ventilation
Derrière le contrôle atmosphérique en zone balisée,
la ventilation est surveillée de deux façons : par la mesure de la
radioactivité s'accumulant sur les filtres "absolus" avant
rejet à l'atmosphère et par prélèvement sur filtre déroulant, filtre
fixe et chambre à circulation.
6.5. Contrôles des effluents liquides
Les effluents liquides sont regroupés dans des
cuves et contrôlés par prélèvement avant rejet à l'égout, en rivière
ou en mer. Le débit de rejet est réglé de façon à respecter les limites
fixées dans l'autorisation de rejet dont bénéficie l'installation.
6.6. Contrôles de l'environnement
Après avoir fait l'objet d'une surveillance au
point de rejet (cheminée, exutoire des effluents liquides) les rejets
sont contrôlés dans l'environnement, jusqu'à plusieurs kilomètres
de l'installation :
· surveillance
atmosphérique : des stations de mesure sont réparties autour du
site à surveiller et en particulier sous les vents dominants. Les
contrôles comportent des filtres déroulant dont les résultats peuvent
être transmis par radio à la Salle de Commande du site, des filtres
fixes relevés régulièrement (semaine, mois) des prélèvements d'eau
de pluie dans des bidons sous un pluviomètre. Ce réseau est complété
par des véhicules, équipés de détecteurs et de prélèvements sur filtre,
afin de boucler la zone surveillée et éventuellement de suivre l'impact
d'un panache à partir de la cheminée de rejet.
· surveillance
du réseau hydraulique : une station de mesure en aval du point
de rejet permet d'effectuer des contrôles continus à l'aide d'une
sonde immergée ou d'un dépôt sur filtre déroulant ou fixe, des prélèvements
réguliers sont analysés en laboratoire. Un réseau de piézomètres (forages)
permet d'effectuer des prélèvements dans la nappe phréatique et de
vérifier l'absence d'infiltration d'effluents.
· surveillance
du biotope : des prélèvements dans la faune et la flore ainsi
que de terre, de vase, etc. permettent de vérifier de façon continue
l'absence d'impact radiologique de l'installation sur son environnement.
*************