En
connaître un rayon ! (J.
Peulvé)
1.
Sommaire
2. Résumé
La
radioactivité se mesure en becquerel, 1 Bq = 1 désintégration/seconde.
Elle produit
principalement les rayons : alpha (a), béta (b-), neutrons (h) et gamma (g) qui
délivrent de l'énergie à la matière appelée "dose absorbée"
dont l'unité de mesure est le gray qui est égal à 1 joule par
kg de matière (1 Gy = 1 J.kg-1 ou 1 J/kg).
Pour
tenir compte des effets biologiques sur les êtres vivants, les instances
internationales ont défini "l'équivalent de dose" exprimée
en sievert (pour les a, b- et g,
1 Sv = 1 Gy).
Selon la
durée et le niveau d'exposition qu'elles auront subi, les cellules des
tissus vivants peuvent se réparer totalement, disparaître
ou se réparer partiellement. Ce sont ces cellules modifiées qui
pourrait être, très exceptionnellement, à l'origine d'un cancer au bout
de plusieurs années.
La
radioactivité naturelle est à l'origine d'une exposition, pour tous
les êtres humains, supérieure à 2,4 mSv/an au niveau de la mer,
c'est la vie !

3. Rappel
sur la radioactivité
En
se désintégrant, le noyau d'un isotope radioactif, crée un nouvel isotope
(238U -> 234Th) plus léger et éjecte le surplus
de masse et/ou d'énergie, c'est le phénomène de transformation spontanée
d'un nucléide avec émission de rayonnements ionisants. Le nombre
de désintégration par seconde définit la radioactivité de cet élément.
Elle se mesure en becquerel (symbole Bq) avec la définition suivante
: 1 Bq = 1 désintégration par seconde.
Un
gramme (1 g) de radium équivaut à 3,7.1010 Bq, c'est l'ancienne
unité de radioactivité : le Curie (Ci).
Pour
la radioactivité spécifique, on parlera de Bq par kg de matière, 1
Bq/m3 d'air ou 1 Bq/m3 d'eau, s'il se produit
une désintégration par seconde dans
ce kg de matière, ce m3 d'air ou ce m3 d'eau.

4. Les
rayons
Les
émissions provenant du noyau qui se désintègre spontanément ou dans
le phénomène de fission constituent les rayons ionisants. Ces rayons
sont émis aléatoirement dans toutes les directions d'un volume sphérique
entourant l'atome, sous les différentes formes suivantes :
4.1.
particules élémentaires ou émissions corpusculaires :

·
proton (noyau de l'atome d'hydrogène) : il représente
l'unité de masse atomique (UMA) soit 1,7.10-24 gramme et
possède une charge électrique positive de 1,6.10-19 coulomb,

·
h (neutron) masse = 1 UMA sans charge électrique,

·
a (alpha) constitué de deux protons et deux neutrons
(c'est le noyau de l'hélium),

·
b (béta) c'est l'électron, de masse = 1/1840ème de
la masse du proton et charge électrique négative de 1,6.10-19
coulomb ;
4.2. rayonnements
électromagnétiques
Ce
sont les photons, caractérisés par leur longueur d'onde :

·
c (X) pour une énergie de 100.000 électronvolts
(100 keV) sa longueur d'onde est de 12,4.10-12 mètre,

·
g (gamma) avec une énergie de 1 million d'électronvolts (1 MeV)
pour une longueur d'onde de 1,24.10-12 mètre.

5. L'action
des rayons
5.1. L'ionisation
Les
rayonnements en pénétrant dans la matière transfèrent assez d'énergie
aux électrons pour les arracher de leur atome. Les atomes ainsi privés
d'un ou plusieurs de leurs électrons sont chargés positivement, alors
que ceux qui accueillent les électrons libérés se charges négativement.
Ces atomes chargés positivement ou négativement sont appelés "ions",
ils entraînent une modification des liaisons chimiques et peuvent devenir
radioactifs (émetteurs g) à leur tour.
5.2. Alpha
(a)
Ils
sont émis par la désintégration de noyaux de numéro atomique généralement
supérieur à 90. Du fait de leur masse et de leur charge, ils sont fortement
ionisants mais ne parcourent que quelques centimètres dans l'air, une
feuille de papier les arrête. Ils sont stoppés dès les premiers microns
lorsqu'ils pénètrent dans les tissus vivants mais ils auront alors libéré
toute leur énergie, comprise entre 2 et 9 MeV.
Les
principaux risques sont donc une contamination cutanée, mais surtout
une contamination interne, entraînant la destruction des tissus au contact
des substances contaminées par des émetteurs a.
5.3. Béta
(b)
L'électron
qui les compose dispose d'une énergie variant entre 0 et 2 MeV. Les
b- parcourent quelques mètres dans l'air, une feuille d'aluminium les arrête.
Ils pénètrent de quelques microns à quelques centaines de microns dans
les tissus vivants. Ils agissent en perturbant les couches d'électrons
entourant les noyaux (excitation) ou en arrachant des électrons des
couches périphériques (ionisation) et déstabilisent les atomes et les
molécules.

5.4. Neutrons
(h)
Dépourvus
de charge électrique mais avec une masse et une énergie d'émission importantes,
ils ont un parcours rectiligne à travers la matière, qui n'est modifié
que lorsqu'ils entrent en collision avec un noyau ou un électron (comme
des boules de pétanque). En fonction de leur énergie initiale, ils peuvent
parcourir plusieurs dizaines de mètres dans l'air.

5.5. Gamma
(g) et c (X)
Les
ondes électromagnétiques, ou photons, parcourent plusieurs centaines
de mètres dans l'air et pénètrent profondément les tissus vivants, mais
en n'y perdant que peu d'énergie. Il faut plusieurs dizaines de centimètres
de béton ou de plomb pour les arrêter complètement. Comme pour les neutrons,
ils agissent par collision avec les noyaux ou les électrons des couches
périphériques des atomes.

6. Les
mesures d'exposition aux rayonnements
6.1. Unité
de dose absorbée et débit de dose
L'exposition
aux rayonnements ionisants se caractérise finalement par la quantité d'énergie
absorbée par la matière exposée.
L'unité
de "dose absorbée" qui définit l'énergie transférée à la matière
irradiée par le rayonnement incident est le gray (Gy). Il est égal à une
énergie absorbée de 1 joule par kg de matière soit : 1 Gy = 1 J.kg-1 (1 J/kg)
6.2. Unité
d'équivalent de dose
Les
niveaux d'exposition des personnes du public et des travailleurs aux
rayonnements ionisants, précisés dans les documents réglementaires,
sont définis comme le produit de la dose absorbée multipliée par un
facteur de qualité. Ils sont exprimés en sievert.
La
dose en sievert, ou "équivalent de dose", s'obtient à partir
de la dose absorbée par les relations suivantes (DSv = DGy x Q).

·
pour les rayonnements X,b,g, Q = 1 : dose en sievert = dose en
gray (DSv = DGy),

·
pour les neutrons, Q = 10 : dose en sievert = 10 fois la dose en gray
(DSv = 10 DGy),

·
pour les rayonnements a,
Q = 20 : dose en sievert = 20 fois la dose en gray (DSv = 20 DGy).
Ces
facteurs 10 et 20 sont préconisés par la Commission internationale de
protection radiologique - UNESCO (CIPR) qui considère que les neutrons
et les rayonnements a
produisent le même effet biologique, avec des doses absorbées respectivement
10 et 20 fois plus faibles, que les rayonnements X,b,g.
6.3. Détection
des rayonnements ionisants
Les
appareils de mesure modernes sont capables de détecter les rayonnements
émis par un seul atome radioactif. Aucun rayon ne peut leur échapper
(pour peu qu'ils soient placés sur leur parcours, mais ils peuvent aisément
atteindre des dimensions couvrant la totalité de la silhouette humaine).
Sachant
se protéger par la distance avec le point d'émission, en s'abritant
derrière des écrans de plomb ou de béton et détecter la moindre source
de rayonnement, il est donc aisé de se protéger
des rayonnements dans des circonstances normales.

7. Effets
biologiques des rayonnements
Nous
avons vu que les rayonnements nucléaires auxquels sont soumis les êtres
vivants provoquent au sein des composants des cellules (molécules regroupant
plusieurs atomes) qui constituent les différents organes, soit :

·
une excitation des électrons des couches périphériques des
atomes produisant une élévation de température,

·
une ionisation par éjection d'électrons.
C'est cette
ionisation qui provoque les effets les plus importants en entraînant
:

·
la formation de radicaux libres et création d'un potentiel
oxydant,

·
la modification des membranes cellulaires,

·
la modification de l'ADN.
Il
s'agit d'interactions physicochimiques identiques à celles provoquées
par des agressions physiques (chocs violents, élévation de température,
déshydratation) ou chimiques (absorption de substances nocives).
Chaque
cellule répare en permanence de telles modifications (que l'on estime
à 10 000 par heure pour l'ADN qui détient le code génétique de reproduction
des cellules). Selon le niveau d'exposition et sa durée on constate
différentes réactions de la cellule :

·
Réparation complète, la cellule récupère la totalité de ses caractéristiques antérieures.

·
Nécrose de la cellule, lorsque les dégâts sont importants. Si
le nombre de cellules nécrosées reste limité, l'organisme les élimine
et les remplace, au-delà une lésion apparaît (identique à une brûlure)
qu'il est possible de soigner avec les moyens médicaux traditionnels.

·
Réparation incomplète, qui permet la survie de la cellule avec
un "handicap". Si elle n'est pas capable de se reproduire,
la cellule sera éliminée à terme, sinon elle peut produire une tumeur.
Les
cellules d'une tumeur proviennent de la reproduction d'une de ces cellules
à "handicap". Les tumeurs peuvent être éliminées par le système
de défense immunitaire de l'organisme. Dans le cas contraire, la prolifération
de cellules qui n'obéissent pas au code de reproduction normalement
contrôlé par l'organisme, peuvent proliférer anarchiquement et, à l'issue
d'une période de plusieurs années, conduire au développement d'un cancer.
Mais notre
corps dispose encore d'un moyen de défense : nos cellules contiennent
deux jeux de chromosomes homologues et donc de deux jeux de chaque gène.
Un cancer ne pourra se développer que si ces deux jeux ont subi la même
"mutation" ce qui, naturellement, réduit considérablement
la probabilité d'apparition d'un cancer.

8. Niveau
d'exposition de la population française
8.1. Rayonnement
cosmique
Tous
les corps à la surface du globe terrestre sont soumis aux rayons provenant
de la voûte céleste, et principalement du soleil, appelés "rayons
cosmiques". Ils sont beaucoup plus importants en altitude qu'au
niveau de la mer car l'atmosphère les absorbe en partie. Par réaction
avec l'azote de l'air ils produisent du carbone 14, isotope radioactif
ayant une vie moyenne de 5.730 ans. Ils produisent du tritium et du
béryllium, radioactifs également.
8.2. Rayonnement
tellurique
Il
faut ajouter les rayonnements provenant des produits radioactifs contenus
dans les sols et les matériaux de construction qu'ils "contaminent",
d’une manière très variable suivant les régions, depuis l'origine de
la terre. On y trouve le potassium 40, qui à une vie moyenne de 1.3
milliard d'années. Mais on y trouve également la lignée des isotopes
de l'uranium, du thorium et du radium (dont les descendants gazeux :l
es radons et les thorons).
8.3. Exposition
interne d'origine naturelle
Suite
à l'absorption des radionucléides de l'atmosphère et du sol, tous les
êtres vivants (animaux et végétaux) sont donc en permanence "naturellement"
contaminés par ces produits radioactifs. Au total le corps humain contient
plus de 100 Bq par kilogramme, dont le potassium 40, composant incontournable
de tout corps vivant, le carbone 14 et le tritium. Cela totalise plus
de 8 000 Bq pour un homme adulte normal (ce qui est également vrai pour
les antinucléaires !!!).
8.4. Expositions
provoquées par les activités humaines
La
principale source d'exposition des français, due aux activités humaines,
provient des radiographies médicales et dentaires et les examens
de médecine nucléaire. Peut-on s'en plaindre ? L'équivalent
de dose est en moyenne de 1 mSv/an.
Les
activités industrielles nucléaires (électronucléaire, Tchernobyl, etc.)
délivrent un équivalent de dose 50 fois inférieur avec 0,002 mSv/an.

9. Bibliographie

Annexe
1 : Echelle des expositions aux rayonnements
|
Échelle
(a)
|
Origine
des expositions aux rayonnements
|
|
mSv/an
|
|
|
1000
|
(soit
1 Sv/an) : Limite d'exposition des travailleurs sur 5 ans (e)
|
|
500
|
|
|
200
|
|
|
100
|
|
|
50
|
Dose
annuelle exceptionnelle tolérée pour les travailleurs (C)
|
|
20
|
30
= Irradiation naturelle élevée (d)
20 = Limite annuelle d’exposition des travailleurs (e)
|
|
10
|
Radon
en région granitique
|
|
5
|
|
|
2
|
2,4
= Total d'origine naturelle (moyenne en France)
|
|
1
|
1,3
= Radon (moyenne en France) 1 = Limite d’exposition du
public (f),
dose des agents CEA exposés : < 1 mSv/an (g)
|
|
0,5
|
0,5
= Rayonnement tellurique (sol + murs, moyenne en France)
0,4 = Rayonnement cosmique (au niveau de la mer)
|
|
0,2
|
0,3
=Total dû aux activités humaines
0,2 = Irradiation corporelle interne (hors radon)
|
|
0,1
|
Equivalent
d’une radiographie pulmonaire
|
|
0,05
|
Équivalent
de 2 heures d’avion
|
|
0,02
|
0.017
Essais des armes dans l'atmosphère
|
|
0,01
|
|
|
0,005
|
|
|
0,002
|
Apport
au public de l'industrie nucléaire
|
|
0,001
|
|
(a) Echelle pseudo logarithmique
(b)
la probabilité et la gravité des effets augmentent avec la dose
et le débit de dose
(c)
limite annuelle exceptionnelle, selon recommandations de la CIPR
60/66
(d)
KERALA en Inde & GUARAPARI au Brésil
(e)
moyenne annuelle sur cinq ans (CIPR 60/66, total = 1 Sv/5ans)
(f)
selon recommandations de la CIPR 60/66
(g)
dose moyenne annuelle sur 5 ans reçue par les agents effectivement
exposés