Présentation de la centrale
La centrale
Phénix est située au nord-est du site de Marcoule les bâtiments
s’alignant le long du Rhône : le bâtiment réacteur (BR) au
centre, le bâtiment des générateurs de vapeur (GV) et l’installation
de production d’électricité au nord, le hall des manutentions
au sud.
Description
du système
Le réacteur est de type intégré, c'est-à-dire que les grands composants du circuit primaire (pompes, échangeurs de chaleur) sont plongés dans la cuve primaire. Le circuit eau-vapeur produit de façon classique de l’électricité à travers une turbine (le palier 250 MWe qui a été choisi était celui de l’époque, pour les centrales thermiques). Entre les deux est inséré un circuit secondaire de sodium non contaminé, de façon à séparer les risques chimiques liés au sodium des risques radioactifs du circuit primaire. La filiation Rapsodie – Phénix – Super Phénix
Les étapes de la construction
de Phénix
Ouverture du chantier : octobre 1968 Premier dépotage de sodium : 28 juillet 1971 Divergence : 31 août 1973 Couplage au réseau: 13 décembre 1973 Mise en service industriel : 14 juillet 1974
Les caractéristiques de Phénix
Puissance nominale : 563 MWth, 250 MWé, soit un rendement thermohydraulique de 44% (REP # 30 %) en raison de la température élevée en sortie du coeur : 560°C Depuis 1993 : puissance limitée à 350 MWth (142 MWe), sur 2 boucles secondaires. Total de Jours Equivalents à Pleine Puissance : 4580 JEPP Durée de production d’électricité : 128 000 h Production électrique brute : 28 TWh Rejets (jusqu’à fin 2002) : 180 TBq Dosimétrie (intégrée sur 35 ans) : 2,3 Sv (le personnel se compose d’environ 280 agents, soit une dose moyenne de 0,23 mSv/a (moins de 1/10è de la dose naturelle en France – voir fiche GASN N° 1).
En spectre rapide, 1) les fissions produisent davantage de neutrons, 2) les neutrons générés par la fission convertissent 238U en 239Pu plus efficacement qu’en spectre thermalisé, 3) les neutrons peuvent transmuter les éléments transuraniens à vie longue en éléments de période courte. Phénix a apporté la démonstration que la surgénération était possible à l’échelle industrielle (taux de 16%), et les essais réalisés à partir de 1992 dans le cadre de la loi sur les déchets nucléaires de 1991 ont permis de valider le concept de réacteurs incinérateurs d’actinides mineurs prévus pour la 4è génération. Les « rapides » visent à multiplier par un facteur 50 à 70 le potentiel énergétique des réserves d’uranium de la planète en brûlant l’uranium-238 contenu à 99,3 % dans l’uranium naturel, ce qui offre à la France une énergie disponible pour plusieurs millénaires (en effet, l’uranium appauvri issu de l’enrichissement est entreposé en emballages à Pierrelatte, après stabilisation sous forme U3O8 à l’usine W). (voir http://www.energethique.com/energie/reacteurs_nucleaires.htm) Pourquoi le sodium ?
(*) REP : réacteur à eau pressurisée, utilisant l’eau comme modérateur de neutrons et comme refroidisseur du cœur.
Un réacteur rapide exige-t-il des pilotes de course ?
Phénix comporte 6 barres de pilotage contenant un absorbant de neutron (carbure de bore enrichi à 48% de 10B) et la chute par gravité d’une seule d’entre elles suffit à arrêter la réaction en chaîne. Un système d’arrêt complémentaire (SAC) a un rôle uniquement de sûreté : articulé et retenu par un électro-aimant contrôlé par géophones, il offre la garantie d’une chute complète même en cas de déformation du cœur suite à un séisme majeur. Qu’est-ce que Phénix nous a appris ?
Ces incidents ont donné lieu à un nombre significatif d’opérations de manutention de gros composants, apportant ainsi la preuve que la conception intégrée n’était pas un obstacle à leur maintenance. 17 échangeurs, 7 pompes et 17 mécanismes de barres ont été lavés et décontaminés pour permettre leur réparation au contact, ce qui démontre la faisabilité de ces opérations même pour des composants souillés de sodium, et ayant fonctionné à haute température. Des ruptures de gaine sont apparues à partir de 1979 quand on a voulu pousser le taux de combustion. Au total, 15 éléments défectueux ont dû être déchargés dont seulement 6 concernant du combustible standard, ce qui témoigne de la qualité de fabrication du combustible sur quelque 230.000 aiguilles irradiées, et justifie le concept de fonctionnement en cœur propre. Ce fait est corroboré par l’expérience de Super Phénix, où aucune rupture de gaine ne s’est produite pendant l’irradiation du cœur, qui comportait à lui seul près de 99.000 aiguilles.
Quatre réactions sodium-eau se sont produites en 1982 et 1983, et une 5ème en 2003, sur les resurchauffeurs des GV. Le mécanisme a été identifié : des entrées d’eau se produisent lors des démarrages, entraînant des fluctuations de température et donc de la fatigue thermomécanique. Les modules ont été changés et la procédure modifiée. Les fuites ont été limitées à des quantités de 1 à 4 kg d’eau, après amélioration du système de détection de l’hydrogène dans le sodium.
Le choix a été fait en 1994 d’étendre la durée de vie de Phénix pour réaliser les essais prévus dans la loi sur les déchets de 1991. Les travaux de mise à niveau de la sûreté du réacteur visèrent essentiellement à garantir la tenue au séisme suivant les normes actuelles : renforcement de tous les bâtiments, création de nouveaux circuits de refroidissement de secours autonomes, mise en place d’un système d’arrêt complémentaire (SAC) spécialement conçu pour parer aux séismes (absorbant de neutron placé dans des porteurs articulés et tenus par un électro-aimant, arrêt d’urgence déclenché par des géophones). Egalement, les principaux risques ont été diminués : réduction des risques d’un grand feu de sodium (cloisonnement des circuits secondaires), tenue des tuyauteries de vapeur (dispositifs anti-fouettement en cas de rupture d’une tuayuterie), limitation des conséquences d’une réaction sodium-eau (renforcement des caissons des générateurs de vapeur).Phénix aurait-il pu continuer à fonctionner ?
Compte tenu qu’un nouveau réacteur de démonstration pour valider les choix de Génération IV (v. fiche GAN N° 22) ne sera pas disponible avant le début des années 2020, l’Europe et la France ne disposeront pas d’outil d’irradiation performant pendant plusieurs années. Ce manque sera partiellement comblé par le futur réacteur Jules Horowitz (RJH – voir fiche GASN N° 34) en cours de construction à Cadarache. Les collaborations se sont fortement renforcées avec les partenaires étrangers : le Japon, mais le réacteur d’essai Joyo est arrêté pour plusieurs années après un sérieux incident sur le bouchon tournant, et le réacteur Monju n’a pas encore reçu l’autorisation de redémarrer ; l’Inde, qui dispose d’une copie de Rapsodie, construit un réacteur de 500 MWe dont la divergence est prévue en 2010 ; la Chine construit un réacteur d’essai de 65 MWth (20 MWe) qui démarrera en 2009. Seule la Russie dispose d’un réacteur en fonctionnement, BN600, et prévoit d’en prolonger la durée de vie de 15 ans, mais il n’est pas adapté à des irradiations expérimentales, pas plus que BN800 qui est prévu de diverger en 2012.
Bibliographie : Jean-François SAUVAGE : Phénix, une histoire de cœur et d’énergie ; édité par CEA Marcoule RGN 2009 N°1 : Le réacteur Phénix, Bilan de 35 ans de fonctionnement ; édité par SFEN |
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