MUNITIONS
A L'URANIUM APPAUVRI (fiche n° 6)
1.
L'URANIUM
1.1 L'Uranium naturel
L'uranium
naturel (238U) est parmi les plus lourds métaux
dans la nature avec 92 protons. Sous forme métallique il
a l'aspect du plomb, il est pyrophorique lorsqu'il est finement
divisé (capable de s'enflammer spontanément dans
certaines circonstances). Il se compose essentiellement de l'isotope
238 à 99,27 % (voir tableau en annexe), qui a une période
de 4,5 milliards d'années, d'uranium 235 à 0,72
% et d'uranium 234 à 0,006 %. Sa concentration dans la
croûte terrestre est en moyenne de 2 à 3 milligramme
ou millième de gramme par kilogramme (mg/kg) mais peut
atteindre 10 mg/kg dans les granites, elle est de 3,3 micro gramme
ou millionième de gramme par litre (mg/litre) d'eau de
mer et peut atteindre 50 µg/l dans les eaux minérales
du Massif Central.
L'uranium
naturel (Unat) ne provoque pas d'irradiation externe ; au contact
de l'épiderme son effet radiologique est arrêté
par celui-ci. L'isotope 235 de l'uranium est recherché
pour sa forte propriété fissile utilisée,
notamment, pour le combustible des centrales nucléaires.
1.2 L'Uranium appauvri
Afin
d'accroître sa réactivité, on procède
à l'enrichissement de l'Uranium naturel en isotope 235.
Le procédé consiste à augmenter la proportion
d'235U (< 4 % pour les combustibles REP ). En France,
cet enrichissement se fait par diffusion gazeuse à l'usine
BESSE d'EURODIF au Tricastin. L'uranium dont on a extrait près
des deux tiers de 235U est un sous-produit appelé
uranium appauvri (UA) (0,2 % d'235U et 99,75 % d'238U).
Une
nouvelle source d'uranium appauvri est apparue comme sous produit
du ré-enrichissement de l'Uranium de Retraitement (UR),
provenant des combustibles après une première utilisation
en réacteur. Cet Uranium de Retraitement Appauvri (URA)
est caractérisé par la présence d'232U et
236U ainsi que de traces infinitésimales d'autres actinides,
éléments de la même famille chimique que l'uranium,
et de quelques produits de fission (PF) (entre 10-11 soit 0,01
partie par milliard (ppb) et 10-7 g soit 0,1 partie par million
(ppm) par g d 'URA).
1.3 Caractéristiques de l'uranium appauvri
Bien que d'une radioactivité plus faible, l'uranium appauvri
a les mêmes caractéristiques que l'uranium naturel.
Il sert en radioprotection, car du fait de sa forte densité,
il arrête les rayons gamma de façon encore plus efficace
que le plomb (il a également servi comme lest de quille
de bateau à voile). Sous forme d'oxyde (UO2),
en mélange avec l'oxyde de plutonium, il sert à
la fabrication du combustible mixte d'oxyde d'uranium et de plutonium
(MOX : UO2, PuO2).
L'uranium appauvri produit en France a une activité spécifique
de 20 000 à 40 000 Bq/g, c'est-à-dire environ la
moitié de la radioactivité de l'uranium naturel,
alors que les traces d'impuretés (plutonium, américium,
plomb, etc.) présente une activité propre de 10-4
Bq/g (1Bq pour 10 kg) d'URA, donc négligeable. A titre
de comparaison la radioactivité totale du corps humain
est en moyenne de 100 Bq/kg.
Les Etats Unis (et l'ex-URSS) traitant l'UNat et l'UR alternativement
dans les mêmes installations d'enrichissement, avec des
conduites variées du procédé, disposent d'uranium
appauvri pouvant avoir des caractéristiques intermédiaires
entre celles de l'UA et celles de l'URA.
1.4 L'uranium appauvri (UA ou URA) dans les armes ?
L'UA sous forme métallique étant plus de 2 fois
plus dense que l'acier et près de 1,7 fois plus dense que
le plomb, son utilisation permet de miniaturiser des obus perforants
(antichars), et donc de diminuer la résistance à
l'air et d'augmenter la vitesse du projectile. De plus, les propriétés
pyrophoriques de l'uranium permettent l'accroissement de l'effet
perforant de l'obus (flèche) par fusion du blindage lors
de l'impact et provoquent également un effet incendiaire
à l'intérieur des engins blindés.
La France ne produit pas d'UA métallique et en a importé
1 000 t (SICN ) pour produire quelques 60 000 obus. Plusieurs
centaines de tirs d'essai ont été effectués
au Centre militaire de GRAMAT dans un bâtiment en béton
classé Installation Nucléaire de Base. La France
n'a tiré aucun obus à l'UA lors des guerres du Golfe
et des Balkans.
2. LES EFFETS
2.1
Toxicité chimique de l'Uranium Appauvri
L'uranium
est un élément chimique classé en toxicologie
classique parmi les métaux lourds comme le plomb ou le
mercure. Dispersé finement dans la nature, il se transforme
en composés chimiques complexes, plus ou moins solubles
dans les milieux biologiques liquides constituant des organismes
vivants. Quel que soit l'isotope considéré, les
risques toxicologiques chimiques restent identiques.
Par
ingestion (aliments ou eaux de boisson), 98 % des composés
solubles de l'uranium et 99.8 % des composés insolubles
sont éliminés par voie urinaire ou avec les selles.
Dans un environnement normal, l'organisme humain reçoit
quotidiennement un apport de 2 mg d'uranium [2] et en conserve
un stock permanent d'environ 90 mg (dont " 60 mg dans le
squelette).
Par
inhalation, le transfert à l'organisme est plus rapide
et plus important. Mais il est à noter que, compte tenu
des mécanismes biologiques d'épuration, il a été
démontré expérimentalement qu'une concentration
de 150 mg par mètre cube d'air respiré [3] ne produit
aucun effet détectable.
La
toxicité chimique de l'uranium, qui prévaut sur
la toxicité radiologique, a conduit la réglementation
française à fixer des limites de masse ingérée
ou inhalée de composés chimiques d'uranium à,
respectivement, 150 mg et 2,5 mg par jour quelle que soit la composition
isotopique de l'élément.
2.2
Toxicité radiologique de l'Uranium Appauvri
En
considérant le risque associé aux caractéristiques
radioactives de l'uranium appauvri (très faible radioactivité
spécifique du fait de sa très longue période),
les recommandations internationales, reprises dans la législation
française ont été établies sur les
constatations suivantes :

-
en cas d'ingestion, il apparaît que la consommation répartie
tout au long d'une année de 12,5 g de composés solubles
ou de 50 g de composés insolubles n'a pas d'effet radiologique
;

-
pour l'inhalation, l'hypothèse très pessimiste que
toutes les particules d'uranium, plus petites que 5 microns de
diamètre restent de façon permanente, pour toute
la vie, incorporées dans le poumon, conduit à retenir
les valeurs très prudentes de limite annuelle inhalée
de 1,2 mg d'uranium appauvri pour le public et 23,8 mg pour les
travailleurs.
2.3
La toxicité globale de l'uranium appauvri
C'est
la toxicité chimique qui a l'effet le plus immédiat.
Une pathologie rénale est diagnostiquée pour un
seuil d'environ 1 mg d'uranium fixé dans cet organe. Pour
des valeurs légèrement inférieures, il a
été mis expérimentalement en évidence
qu'une toxicité neuro-musculaire peut apparaître
avec un certain délais, sans que se soit manifesté
la toxicité rénale.
La
toxicité radiologique de l'uranium ne pourrait se manifester
que pour des quantités incorporées très importantes
et dans tous les cas très postérieurement à
la toxicité physico-chimique. L'uranium n'est pas considéré
comme un cancérogène par le CIRC et l'EPA .
La
toxicité globale de l'uranium est très bien connue
expérimentalement, depuis presque un siècle chez
les mineurs, et depuis cinquante années chez les travailleurs
du cycle du combustible. A la suite de plusieurs études
épidémiologiques sur ces personnels, aucun excès
de cancer et de leucémie n'a été mis en évidence
par rapport au reste de la population.
Quelle
que soit la voie d'atteinte : orale ou respiratoire, et la forme
chimique de l'uranium : soluble ou insoluble, l'analyse des urines
fournit un contrôle aisé et fiable ; le taux normal
est de 0,3 mg d'U par litre d'urine. Il est donc aisé de
contrôler les personnes qui auraient pu être exposées
et d'évaluer les conséquences éventuelles.

3. LA GUERRE DU GOLFE
Lors
de la guerre du Golfe des obus flèches à l'uranium
appauvri, tirés par l'aviation américaine ont atteint
par erreur des blindés américains. Le commandant
de marine James Helmkamp [3] a estimé "
que
les armes avec de l'UA ont entraîné la destruction
de 14 tanks Abrahams et de 15 engins blindés Bradley
"
faisant 35 morts et 72 blessés en Irak et au Koweït.
Les
premières études poussées ont porté
particulièrement sur ces victimes et sur des soldats américains,
canadiens et français exposés à des contaminations
par inhalation et/ou par ingestion sur les champs de tir. La détection
à faible niveau d'uranium urinaire, sans qu'il y ait de
blessures, a confirmé des expositions ponctuelles chez
certains d'entre eux. Aucun effet toxique n'a été
relevé.
L'intérêt
s'est focalisé sur les contaminations par blessure ou plaie
et notamment les poly-criblés par des éclats inférieurs
à 1 mm (difficiles à éliminer chirurgicalement).
50 soldats ont été recensés et 36 ont pu
être suivis. Suite à un phénomène de
dissolution lente, on a d'abord constaté l'augmentation
dans le temps des excrétions urinaires, puis leur décroissance.
Aucune pathologie rénale ou radio induite n'a été
associée. Parmi ces poly-criblés, 5 cas ont présenté
des modifications des tests cognitifs (diminution de la mémoire
et de logique), sans pathologie.
Il
semblerait que le "syndrome du Golfe" soit de type neuro-musculaire
avec perte de mémoire, fatigue, fièvre, irritabilité
et douleurs articulaires, mais pour aucun des plaignants il n'y
a d'éléments permettant d'associer ce syndrome à
une exposition à l'UA.

4.
LA GUERRE DES BALKANS
Bien
que quelque 30 000 obus aient été tirés au
Kosovo et 10 000 en Bosnie, aucune étude générale
sur les expositions à la dispersion d'uranium appauvri
n'est disponible pour les populations et les militaires. Pour
une présence permanente de 3 000 militaires en Bosnie et
5 000 au Kosovo ce sont 83 000 français qui ont séjourné
dans les Balkans entre 1992 et 2000 [4].
Les cas de leucémies et de lymphomes (cancer des ganglions)
diagnostiqués chez les soldats italiens (6 cas), français
(6), belges et anglais ne présentent aucun lien avec une
exposition éventuelle à l'uranium appauvri. L'examen
épidémiologique effectué sur le groupe des
intervenants sur le théâtre des opérations
a même mis en évidence un nombre plus faible de cancers
que celui normalement (statistiquement) attendu dans la population
européenne. Cela s'explique facilement par le fait qu'il
s'agit d'une sélection d'hommes jeunes et en bonne santé.

5.
CONCLUSION
Les
armes comportant de l'uranium appauvri sont surtout dangereuses
par leur effet pyrophorique et le dégagement de fumées
toxiques qu'elles génèrent après leur impact.
Seules les personnes présentes et les soldats en opération
sont exposés à la toxicité chimique de l'UA,
atteignant le rein, liée au caractère de métal
lourd qu'est l'uranium appauvri, comme pour le mercure et d'autres
métaux. Une toxicité radiologique, spécifique
aux poumons, reste dans tous les cas négligeable. Les délais
d'incubation des cancers, depuis la date d'intervention au Kosovo,
rendent tout à fait improbable toute causalité liée
à l'UA. Les études sur la radiothérapie démontrent
que le délai de latence des leucémies radio-induites
est de 5 à 7 ans et ceci pour des expositions très
supérieures à celles estimées sur le théâtre
des opérations.
Force
est de constater que la contamination à l'UA n'a pas eu
d'effets mesurables en ce qui concerne les vétérans
exposés durant les guerres du Golfe persique et des Balkans
car la dose aiguë pouvant entraîner des effets toxiques
chimiques mesurables sur les reins ou la conduction nerveuse de
ces sujets n'a jamais été atteinte.
Il
serait extrêmement regrettable que la responsabilité
des cancers et autres maladies soit recherchée exclusivement
dans l'utilisation de l'uranium appauvri, en sous-estimant ou
en ignorant les effets sans doute combinés : des explosifs
et autres composants des obus, des gaz de combats, des incendies
des usines chimiques (ou de pesticides) qui ont été
bombardées, des dégagements des puits de pétrole
en feu, de la destruction des sites secrets (bactériologiques
ou chimiques), des prises d'antidote aux produits chimiques, de
la vaccination contre ces armes secrètes des militaires
US ou tout simplement du stress que comporte tout acte guerrier.
On risquerait en effet de passer à côté des
véritables causes, au seul détriment des malades.
Il
faut chercher en dehors de l'UA l'origine des "syndromes
du Golfe ou des Balkans", sans oublier les aspects sociologiques
ou médiatiques.
6. REFERENCES
[1]
H. de Choudens & G. Troesch. Introduction à la radioprotection.
Sté Française de Radioprotection - 1985
[2]
Anne Flüry-Hérard. Effets sanitaires de l'Uranium
appauvri. CEA - Janvier 2001
[3]
Dr. A. Behar. Association des Médecins Français
pour la Prévention de la Guerre Nucléaire
extrait de Médecine et Guerre nucléaire volume 4
n° 4 (1999) Mis en ligne sur le site Web d'Yves Renaud
[4]
Dr T de Revel. Hôpital Percy - Hématologue des Armées,
22/02/01
ANNEXE - Caractéristiques
de l'uranium
L'uranium
est présent dans la croûte terrestre depuis la création
du monde, il a été découvert en 1789 dans la pechblende
par M.H. Klaproth. Mais c'est seulement en 1896 que H. Becquerel découvre
sa radioactivité. Sous forme métallique, il a une densité
voisine de 19 ; il fond aux environs de 1130 °C, sa tension de vapeur
à 1430 °C est voisine de 10-4 mm Hg [1] et sa température
d'ébullition est de 3 850 °C.
|
Isotope
|
Proportion
|
Période
|
Activité
massique
|
Emetteur
|
Energie
|
|
|
%
|
ans
|
Bq/g
|
%
|
|
MeV
|
|
Unat
|
|
|
|
|
|
|
238
|
99,27
|
4,5.109
|
12.103
|
49
|
a
|
4.2
|
|
235
|
0,72
|
0,7.109
|
80.103
|
2
|
a
+ g
|
4,3
& 0,2
|
|
234
|
0,006
|
0,25.106
|
227.106
|
49
|
a
|
4,8
|
|
U
R*
|
|
|
|
|
|
|
232
|
|
70
|
8.1011
|
|
a
|
|
|
236
|
|
23,4.106
|
2,4.106
|
|
a
|
|
*
isotopes supplémentaires par rapport à l'Unat
Voies
d'atteinte.
Il
y a trois voies d'atteinte possible pour l'homme (et les êtres
vivants) : inhalation de particules, ingestion orale, passage transcutané.
Les pathologies engendrées sont principalement d'origine chimique
masquant totalement les effets radiologiques. Les organes sensibles
sont les reins, les os, le foie, les gonades selon la forme soluble
ou non du composé chimique.
UOx insoluble NU (nitrate d'uranyle) soluble.
poumons
particules > 10 mm
particules < 10 mm
voie digestive particules <1 mm sang
ganglions, cerveau os, foie reins
80 à 90 % éliminé en 1 semaine gonades
selles + urines