Le nucléaire fait l’objet de bien des critiques tous
azimuts. Parmi celles-ci, figure le reproche selon lequel la recherche
qui lui est consacrée réduirait les crédits
affectés au développement des énergies renouvelables.
Un article clair et fort bien documenté, rédigé
récemment par un membre de la SFEN (Société
Française d’Energie Nucléaire), nous paraît
à cet égard particulièrement intéressant
et réaliste. C’est pourquoi nous vous le livrons
ci-dessous, dans sa rédaction intégrale.
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LA
RECHERCHE NUCLEAIRE FREINE -T- ELLE LE DEVELOPPEMENT DES
ENERGIES RENOUVELABLES EN ACCAPARANT LES CREDITS ?
(fiche n° 19)
Le poids du nucléaire en France serait-il responsable de
la lenteur des progrès sur les énergies renouvelables
? C'est ce que proclament certaines associations écologistes,
dénonçant le nucléaire comme un «dévoreur»
de crédits, lesquels, du coup, feraient défaut au
développement des énergies solaire et éolienne.
Rien ne vient étayer cette analyse.
Ce n'est pas faute de recherche que les énergies solaire
et éolienne ne se développent pas davantage. Des
sommes considérables y ont été consacrées,
notamment au Japon et aux Etats Unis, des progrès techniques
importants ont été réalisés aboutissant,
y compris en France, à la mise en place d'équipements
plus performants. Mais force est de constater que le caractère
très dilué et intermittent de ces énergies
les empêche d'assurer une production massive et continue.
Ces limites ne sont pas les conséquences d'un manque de
crédits de recherche. Elles tiennent à des caractéristiques
intrinsèques à ces énergies qui ne facilitent
pas leur exploitation à grande échelle.
En fait, pour se développer, le solaire et l'éolien
n'ont pas tant besoin de programmes de recherche que de mesures
d'incitation économique rendant leur utilisation rentable
pour leurs promoteurs. Cela signifie que ces énergies onéreuses
doivent être subventionnées, notamment sous la forme
d'un rachat de l'électricité qu'elles produisent.
C'est une telle politique qui est mise en oeuvre en France, EDF
étant tenue de racheter à des tarifs préétablis
les kilowattheures produits par ces énergies : le kWh éolien
doit être racheté au tarif très élevé
de 8,3 centimes d'Euro et le kWh solaire à 15,25 centimes
d'Euro ! Ces chiffres sont à rapprocher du coût du
KWh nucléaire, de l'ordre de 3 centimes.
D'autres mesures incitatives, notamment des aides à l'investissement
assurées par l'ADEME, sont mises en place et la France
a engagé, conformément aux recommandations européennes,
un vaste programme d'équipement devant porter de 15% à
21 % en 2010 la part de son électricité assurée
par les énergies renouvelables. Quel que soit le jugement
que l'on puisse porter sur une telle politique, on ne peut nier
qu'elle illustre un effort important de la collectivité
nationale pour favoriser la pénétration des énergies
renouvelables.
Le prétendu obstacle que le nucléaire opposerait
à cette pénétration en confisquant pour son
propre compte l'essentiel des crédits de recherche, est
purement imaginaire.
Les activités de R&D nucléaire sont importantes
en France, et cela est normal pour une énergie qui fournit
plus des trois quarts de l'électricité du pays et
qui permet des exportations se chiffrant à quelques milliards
d'Euro chaque année.
Mais le montant des crédits de R&D nucléaire
reste relativement limité par rapport à l'activité
économique correspondante : la proportion est de l'ordre
de 5%, comparable à la situation dans l’industrie
chimique ou mécanique et bien inférieure à
ce que l'on constate dans l'électronique ou l'aéronautique,
par exemple. De surcroît, cet effort de R&D est pour
une grande part autofinancé par les recettes que génèrent
les activités nucléaires à AREVA, au CEA
et à EDF. L'aide directe de l'Etat prend la forme d'une
subvention annuelle au CEA, l'organisme qui concentre l'essentiel
de la R&D nucléaire en France.
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