Le
nucléaire produit aujourd’hui plus des trois quarts
de notre électricité. En cas de sortie du nucléaire,
même si l’on parvient à stabiliser, voire à
réduire, la consommation d’électricité,
les énergies renouvelables ne pourront, à horizon
prévisible, contribuer que pour une part minoritaire à
la fourniture des kilowattheures. La France devra donc inévitablement
faire appel à des combustibles fossiles - principalement
du gaz - importés de l’étranger pour assurer
l’essentiel de sa production d’électricité.
Une sortie du nucléaire entraînerait donc, pour le
pays, des conséquences majeures qui peuvent être
ainsi résumées :
• la France perdrait l’indépendance
qu’elle a acquise pour produire son électricité
et deviendrait tributaire, pour sa fourniture en kilowattheures,
du gaz acheté à la Russie, aux pays du Maghreb ou
du Moyen-Orient.
• L’électricité coûterait plus
cher car le prix du gaz – dont le kWh est déjà
sensiblement plus onéreux que le kWh nucléaire ne
pourra que nettement augmenter à l’avenir, avec des
hausses peut-être brutales liées à la raréfaction
des réserves mondiales et aux tensions géopolitiques
en résultant. La France serait exposée en permanence
à ces aléas internationaux alors qu’elle bénéficie
aujourd’hui d’une électricité aux coûts
stables sur le très long terme.
• La France devrait régler chaque année une
facture « gazière » de plusieurs milliards d’Euro,
s’assimilant à une véritable ponction de richesse
nationale. Elle renouerait ainsi avec la situation qui prévalait
jusque dans les années 1970, avant le programme nucléaire,
lorsqu’elle était contrainte d’acheter à
l’étranger l’essentiel des matières premières
nécessaires à la fabrication de son électricité
(alors qu’aujourd’hui 95% des dépenses consacrées
à la production d’électricité nucléaire
demeurent à l’intérieur du pays, alimentant
l’activité économique et l’emploi).
• La France, qui est le premier pays vendeur sur le marché
nucléaire mondial, perdrait le bénéfice de
ses exportations (d’équipements, de produits et services
nucléaires, d’électricité) qui lui rapportent
chaque année environ 5 milliards d’Euro (avec des
milliers d’emplois à la clé). Prétendre
que l’exportation d’éoliennes ou de panneaux
solaires pourrait compenser ce manque à gagner est illusoire.
• Au total, la facture gazière et la perte de recettes
à l’exportation constitueraient un lourd handicap pour
la balance commerciale de la France, dont le nucléaire
est aujourd’hui une des premières sources de bénéfices.
Au lieu d’enregistrer un « positif » de 10 à
15 milliards d’Euro chaque année (exportations + importations
évitées de matières premières électrogènes),
notre balance commerciale enregistrerait un « négatif
» (achat de gaz + pertes de recettes à l’exportation)
de plusieurs milliards d’Euro (évoluant selon le prix
du gaz) par rapport à la situation actuelle. Si les déficits
enregistrés par la balance commerciale française dans
les années 1980 ont été résorbés
et si des excédents ont été dégagés
à partir des années 1990, c’est pour une large
part au nucléaire qu’on le doit. Sortir du nucléaire
serait compromettre cet acquis.
• Sortir du nucléaire, ce serait saborder un secteur
industriel de pointe qui vaut à la France une position de
leader mondial dans un domaine de haute technologie.
Outre la suppression de 100 000 emplois directs et de presque autant
d’emplois induits (dont on doute qu’elle soit compensée
par des créations équivalentes), ce serait la marginalisation
de tout un acquis scientifique et technique, accumulé depuis
des décennies et dont le caractère d’excellence
est mondialement reconnu. Cet acquis résulte en quelque sorte
d’une tradition nationale qui remonte à Henri Becquerel
et à Pierre et Marie Curie. Aujourd’hui plus que jamais,
l’industrie nucléaire est un lieu de convergence et
d’application des technologies les plus avancées (robotique,
électronique, télémanipulation, systèmes
de contrôle-commande, génie chimique contrôles
non destructifs, nouveaux matériaux etc.) dont elle favorise
le développement dans de nombreux autres secteurs industriels.
Sortir du nucléaire serait se priver d’un pôle
de dynamisme qui « tire » le pays vers l’avant
sur la scène mondiale des hautes technologies et qui l’installe
en leader sur le marché de l’énergie.
• Le parc électrique français deviendrait
générateur d’importantes quantités de
gaz à effet de serre (CO2), alors que, grâce
au nucléaire et au complément apporté par l’hydraulique,
il n’en émet pratiquement pas. Ce serait un recul majeur
sur le plan de la préservation de l’environnement et
de la lutte menée au niveau mondial contre le réchauffement
climatique.
.
• Sur un plan géostratégique, faire appel
au gaz pour le brûler dans des centrales électriques
irait à l’encontre de l’impératif de gestion
économe devant s’appliquer à une ressource dont
on annonce la raréfaction. Puiser dans les réserves
de gaz, c’est contribuer à en diminuer la disponibilité
et à en augmenter le prix. Autant de conséquences
pénalisantes pour les pays défavorisés, qui
ne peuvent recourir au nucléaire et qui ont besoin, pour
se développer, des sources d’énergie les plus
accessibles et les moins coûteuses possibles.
CONCLUSION
L’avenir énergétique
de la planète est frappé d’incertitude : l’épuisement
prévisible des combustibles fossiles, la menace de l’effet
de serre en dessinent un tableau préoccupant. Que, dans ces
conditions, la France décide de sortir du nucléaire
et de se priver ainsi d’une source d’énergie
sûre, propre et bon marché, serait, à notre
sens, une erreur, un choix risqué contraire à l’intérêt
national.
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