Foire Aux Questions (FAQ) 2003
J. Peulvé
1. Pourquoi consommer de l'énergie ?
2. Quelle est la place du nucléaire dans la consommation d'énergie ?
3. Atomique ou nucléaire, c'est naturel ?
4. Coûts de l'électricité d'origine nucléaire ?
5. Pourquoi avoir peur du nucléaire ?
6. Comment créer une installation nucléaire de base ?
7. Quel est l'impact du nucléaire sur l'environnement ?
8. A quoi sert le retraitement du combustible nucléaire ?
9. Que faire des déchets de l'industrie nucléaire ?
10. Comment fait-on le démantèlement des installations nucléaires ?
11. Quels ont été les accidents nucléaires ?
12. Quel sont les contrôles contre la prolifération ?
13. Comment est assurée la transparence sur le nucléaire ?
14. Existe-il un "lobby" nucléaire ?
 


1. Pourquoi consommer de l'énergie ?
        
Les courbes de longévité des êtres humains suivent celles de leur consommation d'énergie (dans le temps, comme selon leur répartition géo-économique). La consommation d'énergie détermine l'accès au confort, l'hygiène, les soins médicaux, la production, la conservation et la cuisson des aliments, l'éducation et la formation, etc.

Ce sont les réactions thermonucléaires du soleil qui sont à l'origine des principales sources d'énergie dont nous disposons sur terre : par le chauffage direct du globe terrestre, par le biotope végétal (bois) et animal (avec l'énergie musculaire, dont celle de l'homme), par le charbon, le pétrole et le gaz, par les mouvements climatiques à l'origine de la pluie (l'hydraulique), des vents (l'éolien), etc.

Le nucléaire est un moyen de satisfaire à la demande, justifiée, d'énergie. Si sa découverte, par l'homme, est relativement récente, il existe cependant depuis l'origine des temps ; bien avant que l'homme n'ait découvert le feu, la chute d'eau ou le vent dans les voiles.



2. Quelle est la place du nucléaire dans la consommation d'énergie ?
        
En France, la consommation d'énergie a été multipliée par un facteur dix en cent ans et quinze en 170 ans où elle est passée de 0,3 tep par personne en 1830 à 1,5 tep en 1920 pour atteindre actuellement 4,5 tep1. La consommation d'énergie nucléaire a représenté, en France, 39% de la consommation totale d'énergie en l'an 2000, contre 16% en moyenne dans l'Union Européenne, mais elle a représenté 77,5% de la consommation d'électricité, outre une partie exportée. Le charbon, la plus polluante des énergies fossiles, a représenté 6% de la consommation totale contre une moyenne de 15% dans l'UE ; grâce au nucléaire, la France consomme également relativement moins de gaz (14% de la consommation totale contre 23% en moyenne pour l'UE) et de pétrole (34% contre 40%). Les énergies renouvelables ont représenté 7% de la consommation énergétique.

1 tep = tonne équivalent pétrole, Mtep = million de tonne équivalent pétrole


3. Atomique ou nucléaire, c'est naturel ?
        
Il a fallu attendre la fin du 19ème siècle pour que l'Homme découvre la radioactivité qui est un phénomène de base de la constitution de l'univers, depuis son origine. Moins de cinquante ans après, il en maîtrisait toutes les possibilités énergétiques et élargissait considérablement sa connaissance de la physique fondamentale.

La radioactivité provient de l'instabilité, soit de certains noyaux par excès de nucléons (neutron ou proton d’où le mot nucléaire) ou d'énergie, soit par excès d'électrons (ou également d'énergie) entourant ce noyau ; lesquels noyaux et électrons forment ensemble l'atome (d'où atomique), qui est le constituant de base de la matière. Depuis son origine, l'Homme est soumis à l'irradiation (rayonnement des particules ou de l'énergie excédentaire émise lorsque les atomes se stabilisent) provenant des étoiles, du sol ou de son propre corps. Les applications médicales (radiographie et radiothérapie) doublent cette exposition, alors que les utilisations industrielles ne représentent que moins de 1 % du total des rayonnements reçus par les habitants de la planète.



4. Coûts de l'électricité d'origine nucléaire ?
        
Les différents coûts de production d'électricité sont établis par la direction générale de l'énergie et des matières premières en incluant la marge de bénéfice du producteur, les taxes locales et la contribution au service public d'électricité (CSPE). Ils sont exprimés en centimes d'euro par kilowattheure :
- énergies renouvelables : biomasse 5 à 15, éolien 5 à 13, photovoltaïque 25 à 125, hydraulique 2 à 10, géothermie 2 à 10, énergie marémotrice 8 à 15,
- énergies non renouvelables : nucléaire entre 3,2 et 3,5 c€, charbon 3,7 à 4,0, pétrole et gaz (cycle combiné) 3,3 à 4,3.


5. Pourquoi avoir peur du nucléaire ?        

Horrifiantes ! Les bombes de Nagasaki et Hiroshima ont porté à la connaissance du public l'importance de la découverte de la radioactivité jusqu'alors réservée à quelques scientifiques et experts médicaux. C'est cette terreur qui a donné au Général de Gaulle l'idée de lancer le programme de dissuasion par la bombe atomique. Depuis, tous les responsables politiques français ont maintenu le même argument : le nucléaire constitue la défense ultime contre un agresseur. Pour être efficace cette dissuasion doit être terrifiante et crédible, c'est-à-dire générer la peur. Les essais de Reggan et Mururoa en ont fait la démonstration.

La transposition de cette peur sur les applications civiles du nucléaire est totalement injustifiée, ou alors il faudrait avoir la même peur pour le pétrole à cause des bombes au napalm, etc.



6. Comment créer une installation nucléaire de base ?
        
La réglementation donne le nom d'Installation Nucléaire de Base (INB) aux équipements nucléaires importants. Il faut près de 10 ans pour réaliser une INB telle qu'un réacteur : 5 ans pour obtenir l'Autorisation de Création et 5 ans pour la construction et la mise en service. Chacune des étapes est sanctionnée par un décret publié au journal officiel, après l'étude par la DGSNR des dossiers exigés du futur Exploitant Nucléaire par la loi :

- Rapport Préliminaire de Sûreté, décrivant l'installation ainsi que son mode d'exploitation et comportant une étude d'impact sur l'environnement en fonctionnement normal et en cas d'incident ou d'accident complété par une étude sur la gestion des déchets, démontrant qu'ils sont réduits le plus possible et totalement maîtrisés.
- Règles Générales d'Exploitation et Programme d'Assurance Qualité,
- Plan Particulier d'Intervention et Plan d'Urgence Interne.

Une synthèse de ces dossiers est consultable en Mairie lors de l'Enquête Publique.



7. Quel est l'impact du nucléaire sur l'environnement ?        

Chaque Installation Nucléaire de Base (INB) fait l'objet d'un décret d'Autorisation de Rejets d'effluents gazeux ou liquides, délivrée par la DGSNR, après validation de l'Etude d'Impact fournie par l'Exploitant Nucléaire, garantissant l'absence de conséquences sur l'environnement et le public. Les rejets des Installations, effectivement constatés chaque année, restent bien inférieurs à ces valeurs (quelques %). Pour s'en convaincre, il suffit d'interroger les riverains des installations en exploitation.

Les dégâts les plus graves de l'énergie nucléaire, causés à l'environnement, sont incontestablement produits par les stériles (la terre et les roches qu'il faut dégager pour atteindre les filons) des mines d'extraction de l'uranium (comme pour les mines de charbon ou de fer !). Pour le cycle du combustible et les réacteurs, les conséquences sur l'environnement sont inférieures à 1 % de celles de la radioactivité naturelle.



8. A quoi sert le retraitement du combustible nucléaire ?        

Après une première utilisation en réacteur, le combustible conserve encore près de 97 % de son potentiel énergétique. Les pays riches en uranium (USA) ont pris le parti de stocker les éléments combustibles en l'état, après leur déchargement des réacteurs. Les pays moins bien dotés (France, GB, Japon et bientôt Chine) se sont orientés sur un multi recyclage permettant de multiplier par un facteur 100 la ressource d'énergie disponible et de diminuer considérablement, par un facteur 15, les déchets ultimes et d'en réduire la nocivité potentielle. Malgré l'arrêt regrettable de la filière des surgénérateurs, avec la fermeture de Super-Phénix, la France utilise le plutonium dans les réacteurs à eau légère (REP) sous forme de combustible MOX (Mixed OXydes - d'uranium et de plutonium) qui permet dores et déjà à EDF d'économiser 10 % sur son approvisionnement en uranium naturel. L'expérience de l'usine COGEMA de La Hague, depuis 1976, largement financée par des contrats internationaux, fait la preuve de la maîtrise des procédés, y compris du traitement et du conditionnement des déchets (vitrification) et de l'impact sur l'environnement (diminution d'un facteur 50 des rejets ? et ? entre 1984 et 1998).


9. Que faire des déchets de l'industrie nucléaire ?        

La matière nucléaire primaire provient du sol de la planète, alors il n'est pas choquant, qu'après utilisation partielle, elle y retourne (comme pour les cendres du charbon, sachant que 1 kilogramme d'uranium produit autant d'énergie que 10 tonnes de charbon).

Certes, les déchets ultimes sont plus concentrés et comportent d'autres radionucléides, mais l'industrie nucléaire se conforme strictement aux lois sur la protection de l'environnement et la maîtrise des déchets, en prenant soin de ne pas disperser ses déchets ultimes, de les identifier de façon précise, de les confiner de façon rigoureuse, de les stocker dans des lieux spécifiques et d'en assurer la surveillance. Après traitement, les déchets nucléaires à vie longue représentent 10 grammes par personne et par an, alors que les déchets toxiques de l'industrie classique sont de 100 kilogrammes par personne et par an.
Selon la loi Bataille, votée en 1991, une décision parlementaire sur le mode de gestion des déchets à vie longue doit être prise en 2006, à l'issue d'une période de 15 ans de recherches et d'essais, qui a permis de démontrer que l'industrie nucléaire dispose de tous les moyens techniques pour en assurer le conditionnement et le stockage, sans contrainte ni risque pour les générations futures.



10. Comment fait-on le démantèlement des installations nucléaires ?
        
En fin de vie, actuellement évaluée à 50 ans, les Installations Nucléaires de Base (INB) sont démantelées en application des recommandations de l'Agence Internationale pour l'Energie Atomique (AIEA à Vienne - Autriche) en quatre étapes, faisant chacune l'objet d'un décret et dont les trois dernières sont soumises à une enquête publique. La première est la Mise à l'Arrêt Définitif (MAD) qui, sur décision de l'Exploitant Nucléaire, correspond à la fin irréversible de l'exploitation. Le niveau 1 de démantèlement porte sur la mise sous surveillance de l'installation après évacuation des matières nucléaires et des fluides radioactifs. Le niveau 2 est une mise en sécurité dans l'attente de la décroissance de la radioactivité des structures (cœur) pour réduire les risques lors de leur démantèlement. Le niveau 3, correspondant à l'élimination de toute trace de radioactivité qui ne serait pas d'origine naturelle et au retour des lieux à une utilisation sans aucune limitation.

Des dizaines d'installations françaises ont été démantelées et se trouvent à l'une des quatre étapes, ce qui représente une solide expérience permettant d'assurer que l'industrie nucléaire maîtrise la "fin de vie" de ses installations ; à cet effet, des provisions financières considérables sont constituées par les Exploitants.



11. Quels ont été les accidents nucléaires ?
        
Il y a près de 60 ans que des réacteurs nucléaires fonctionnent. Il y en a actuellement plus de 450 en service dans le monde ayant connu quelques incidents mineurs et seulement un accident grave : Tchernobyl. Hélas ! Trois fois hélas ! Toutefois, cette catastrophe aurait dû être évitée, les experts français avaient prévenus les autorités d'URSS de l'instabilité de ce type de réacteur et l'accident s'est produit lors de mauvaises manipulations effectuées par des opérateurs non qualifiés. L'accident ne met donc pas en cause le principe du recours à l'énergie nucléaire, mais démontre la nécessité de compétence et de sûreté qu'il faut appliquer à des sources d'énergie d'une telle puissance.

Les événements survenant dans les installations nucléaires sont classés par l'échelle INES, qui compte sept niveaux. On relève les événements suivants : 1 classé au niveau 7 à TCHERNOBYL (1986), 1 au niveau 6, explosion d'une cuve en URSS (1957), 2 au niveau 5 à WINDSCALE (1961) et THREE MILE ISLAND (1979 – sans conséquence sur l'environnement et les opérateurs), 3 au niveau 4 dont, en France, le cœur de St Laurent. On parle d'incidents pour les niveaux inférieurs.
Chaque déclaration faite par l'Exploitant Nucléaire est analysée et les moyens de protection sont appliqués à l'ensemble du parc en exploitation, contribuant à améliorer fortement le niveau global de sécurité. Pour plus d'informations voir le site www.asn.gouv.fr. Il faut noter que l'on ne dénombre aucun cas d'irradiation grave parmi le personnel d'exploitation du parc électronucléaire français. Qu'elle source d'énergie peut se vanter du même niveau de sûreté ? A titre de comparaison, sur la même période on déplore sept naufrages de pétroliers sur les côtes françaises ayant causé le décès de 36 marins.



12. Quel sont les contrôles contre la prolifération ?        

Le Traité de Non Prolifération a été signé, depuis 1970, par 182 pays : 5 pays sont officiellement dotés d'armes nucléaires (La France, la GB, les USA, la Russie et l'Ukraine), 4 pays n'ont pas signé le traité et en disposeraient également (l'Inde, le Pakistan, la Corée du Nord et Israël) auxquels il faut ajouter l'Iran qui a tenté de s'en doter. Le Protocole Additionnel de Surveillance a contribué à mettre fin à l'armement nucléaire de plusieurs pays (Afrique du Sud, Mexique, Argentine, Algérie, l'Irak, etc.), 71 pays utilisent l'énergie nucléaire et se soumettent de façon satisfaisante aux contrôles de l'AIEA (déclaration des mouvements de matières nucléaires, inspections et surveillance permanente par détecteurs ou caméras vidéo). Aucun pays ne s'est doté de l'arme nucléaire à partir des centrales électronucléaires (ce qui serait techniquement très difficile), mais toujours à l'aide de réacteurs spécifiques, spécialement développés dans ce but.


13. Comment est assurée la transparence sur le nucléaire ?        

Certes, dans les années 1950, la mode n'était pas pour une communication très "expansive", car il s'agissait de préserver des acquis industriels et militaires majeurs pour la France. Dès les années 1960 des informations ont été diffusées. L'industrie nucléaire, totalement sous le contrôle des pouvoirs publics, démocratiquement élus, est placée entre les mains d'organismes d'Etat (le CEA, EDF, AREVA) et elle a rapidement été encadrée par des textes légaux, publiés au Journal Officiel. C'est ainsi, qu'aujourd'hui, les activités nucléaires font l'objet du GUIDE N° 1420 du JO regroupant en près de mille pages tous les textes sur "La Protection contre les rayonnements ionisants". Deux organismes d'Etat en contrôlent l'application : la Direction Générale de Sûreté Nucléaire et de Radioprotection (DGSNR) dépendant de cinq ministères et l'Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) dépendant de sept ministères (voir les sites Internet asn.gouv.fr et irsn.fr ainsi que les sites minitel MAGNUC et TELERAD). Tous les sites nucléaires peuvent être visités soit directement en se présentant sur l'Installation, soit après en avoir fait la demande préalable (plan vigipirate oblige), soit lors des "Portes ouvertes" régulièrement organisées.

En 1981, des Commissions Locales d'Information (CLI) ont été mises en place pour chaque grand équipement énergétique, regroupant des élus locaux sous l'égide des Conseils Généraux des départements.



14. Existe-il un "lobby" nucléaire ?
        
Cet anglicisme signifiant "groupe de pression" (Petit Robert) n'est certainement pas applicable aux acteurs du nucléaire, mais s'adapte parfaitement à leurs opposants. Le nucléaire, en France, a été lancé par le Général de Gaulle en 1945 et reste encore, de nos jours, sous le contrôle total des instances gouvernementales, démocratiquement élues. Quant aux industriels, leurs capitaux sont majoritairement détenus par l'Etat qui en nomme les dirigeants. La seule pression qui existe est celle de la conscience des acteurs du nucléaire de maîtriser une source d'énergie irremplaçable en assurant l'indépendance énergétique de la France à plus de 50 % (et 77 % pour l'électricité), sur plusieurs siècles en ayant recours à la surgénération, à des coûts faibles et maîtrisés, en assurant la protection de l'environnement (pas de gaz à effet de serre) et en créant des milliers d'emplois sur le territoire national.

Quand aux nucléocrates, je ne connais aucun ministre qui est été nommé du seul fait de venir du nucléaire, ce qui n'est pas le cas des "vérocrates".

*********

Pour télécharger une fiche, cliquer ici

Association des Retraités du groupe CEA, indépendante de l'Etablissement Public de Recherche             haut de page —>>haut de page